{"id":65,"date":"2022-12-07T15:59:39","date_gmt":"2022-12-07T14:59:39","guid":{"rendered":"https:\/\/amboilati.org\/poudrerie\/?p=65"},"modified":"2022-12-22T22:32:34","modified_gmt":"2022-12-22T21:32:34","slug":"la-palude-benoit-vincent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amboilati.org\/poudrerie\/la-palude-benoit-vincent\/","title":{"rendered":"La palude | Beno\u00eet Vincent"},"content":{"rendered":"<p><font face=\"Merriweather\" size=\"3pt\"><\/p>\n<p><onLes oiseaux qui s\u2019envolent, tu sais ce que je veux dire\u2026 dans le ciel, le soleil crois\u00e9 de nuages, tu sais ce que je veux dire\u2026 les roseaux qui penchent sous les arbres, tu le sais, tu le sais.\nLes poissons dans la mer, les escargots sur les murs\u2026 la rivi\u00e8re qui va, qui vient, tu sais\u2026 les fleurs qui nous disent adieu, baisers, promesses, tu sais\u2026\n\nLes bruissements, les parfums, les traces \u00e9ph\u00e9m\u00e8res d\u2019une respiration\u2026\n\nLibellules, papillons, fourmis, tu sais ce que je veux dire, tu sais de quoi je parle, tu le sais. Et je sais que tu le sais.\n\nUne aube toute neuve. Un nouveau jour. Une nouvelle vie. Chaque fois, \u00e7a recommence.\n\nTu le sais.\n\n<em>It\u2019s a new dawn\u2026<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Silence, humain\u00a0!<\/strong><br \/>\nAlors pas un mot. Reste coi, ferme-la. Ferme-la bien. Pas un mot, pas un foutu mot, pas un foutu nom pour d\u00e9signer les choses, les \u00eatres, les esprits ici. Ici et ailleurs, et d\u2019ici, d\u2019ailleurs.<\/p>\n<blockquote><p>La beaut\u00e9 fait le vide \u2500 elle le cr\u00e9e \u2500 comme si cet aspect que prend toute chose qui en est baign\u00e9e venait d\u2019un lointain n\u00e9ant et devait y retourner, laissant la cendre de sa face en h\u00e9ritage \u00e0 la condition terrestre, \u00e0 cet \u00eatre qui participe \u00e0 la beaut\u00e9 [\u2026] dont, par une esp\u00e8ce de don, elle [\u2026] laisse quelquefois la trace\u00a0: cendre ou poussi\u00e8re. Au lieu du n\u00e9ant, un vide qualitatif, pur et marqu\u00e9 \u00e0 la fois, l\u2019ombre du visage de la beaut\u00e9 lorsqu\u2019elle se retire. (Zambrano)<\/p><\/blockquote>\n<p>Tu chemines, apr\u00e8s avoir bien rassembl\u00e9 tes affaires, bien pr\u00e9par\u00e9 ton parcours, envisag\u00e9 une issue, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9figur\u00e9 la rencontre, d\u00e9jou\u00e9 la surprise, mais tu chemines, et peu \u00e0 peu, petit \u00e0 petit, tes pens\u00e9es deviennent plus blanches, lumineuses, tranchantes comme la lave, la lame enflamm\u00e9e qui d\u00e9chire la mati\u00e8re sans souffrir. D\u00e9j\u00e0 ton esprit t\u2019\u00e9chappe, comme chass\u00e9 par quelque chose d\u2019autre, que tu ne sais pas nommer, dont ne t\u2019arrive aucune id\u00e9e, et que tu n\u2019as jamais v\u00e9cu.<\/p>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 se conjuguent, \u00e0 la sortie d\u2019un fourr\u00e9, d\u2019une garrigue, ou au milieu des peupliers, \u00e0 la sortie d\u2019une pl\u00e9nitude comme d\u2019une maison, d\u2019une chambre, ou de n\u2019importe quoi qui enferme, m\u00eame avec sollicitude, m\u00eame en hospitalit\u00e9\u2026 l\u00e0, au d\u00e9bouch\u00e9 sur la pure expression du dehors, o\u00f9 se conjuguent l\u2019eau et la pierre, et o\u00f9 s\u2019articulent la plante et la b\u00eate, et fourmillent les microbes avec les atomes, et tout cela passe par l\u2019oubli de toi-m\u00eame\u2026 tout cela passe par l\u2019abandon du souci, de tes soucis, de ton souci, du souci de toi.<\/p>\n<p>Vois cette eau, visiteur\u00a0! Cette eau claire, limpide, d\u00e9bordante d\u2019oxyg\u00e8ne, cette eau qui chante\u00a0: elle a disparu\u00a0! En t\u00e9moignent les pneumatophores, ces organes du cypr\u00e8s chauve venu qu\u00e9rir l\u2019air n\u00e9cessaire \u00e0 leur respiration.<\/p>\n<p>Vois, visiteur, vois ces \u00eatres \u00e9tranges, menhirs de bois, b\u00e9tiles h\u00e9b\u00e9t\u00e9s, ahuris de jaillir tout en lenteur et rigidit\u00e9 des modestes profondeurs du gour, comme des apprentis Homme-chose, Cr\u00e9ature du marais stagiaires.<\/p>\n<p>Nous sommes dans le royaume de la n\u00e9gociation et, pour accomplir la m\u00e9tamorphose, il convient de se laisser envahir de cet esprit flotteur, de l\u2019irr\u00e9solu ent\u00eatement de la c\u00e9nose.<br \/>\nIl s\u2019agit de traiter avec elle, avec eux, ces porteurs du souffle, ces pistons imm\u00e9moriaux, ces ambassadeurs du g\u00e9nie local.<br \/>\nArpenteur\u00a0? Cartographe\u00a0? Pour la n\u00e9gociation, plus utile serait un guide des roseaux, un chamane des c\u00e9noses, un Yoda sous acide, un m\u00e9decin n\u00e9gociant&#8230;<\/p>\n<p><em>It\u2019s a new dawn, it\u2019s a new day\u2026<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/amboilati.org\/poudrerie\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/DSC01803-1.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" \/><br \/>\n<font size=\"1\">Photo \u00a9 Beno\u00eet Vincent 2022<\/font><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Abandonne-toi, visiteur<\/strong><br \/>\nSoudain, de l\u2019abandon de cette poreuse identit\u00e9, s\u2019ouvre un espace, un dehors d\u2019une force, d\u2019une puissance sans \u00e9gal, et qu\u2019on pourrait appeler simplement beaut\u00e9.<\/p>\n<p>Comme dans la for\u00eat on pourrait dire que surgit la clairi\u00e8re ou le marais, dans le plein un aper\u00e7u du vide, dans le bruit tout soudain une plage de silence, dans la ville cette petite oasis de non-ville.<\/p>\n<p>Que cet espace accueille ta m\u00e9tamorphose, ton \u00eatre sans adresse, que ton corps m\u00eame devienne alors l\u2019adresse m\u00eame, que de cette entreprise de d\u00e9coffrage, d\u2019excavation, d\u2019arrachement, d\u2019\u00e9tr\u00e9page, naisse une forme nouvelle, dont le dedans n\u2019est plus le souci, et dont l\u2019aura soit pr\u00e9cis\u00e9ment le dehors\u00a0!<\/p>\n<p>(En somme et entre parenth\u00e8se, cherche \u00e0 faire de ce que tu crois \u00eatre \u00e0 la fois une empreinte et une matrice.)<\/p>\n<p>N\u00e9gocier\u00a0: partager soi et le monde, la mer et la terre\u00a0: un \u00eelot, la palude. Entre l\u2019eau et le sable\u00a0: fluente, la palude. Entre le sal\u00e9 et l\u2019insipide\u00a0: saum\u00e2tre, la palude. Entre les morts et les vivants\u00a0: fantomatique palude. Entre le v\u00e9g\u00e9tal et l\u2019animal\u00a0: hybride palude. Entre les aliens et les humains\u00a0: la palude. Entre les bras ouvriers et les chefs coiff\u00e9s\u00a0: la palude. Entre les mondines pli\u00e9es en deux les pieds dans l\u2019eau de la rizi\u00e8re, et les colons scrutateurs, cocktail \u00e0 la main sur les pontons\u00a0: la palude.<\/p>\n<p>La palude exag\u00e8re, la palude exotise. La palude hors de toi. La palude en toi. La palude incertaine, la palude \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, la palude intermittente.<\/p>\n<blockquote><p>Je comprends maintenant ce qu\u2019on m\u2019a dit, qu\u2019il est impossible de dessiner une carte de la palude\u00a0; si apr\u00e8s avoir scrut\u00e9 le ciel, je baisse les yeux, je vois un marais qui me semble compl\u00e8tement nouveau, incompr\u00e9hensible, \u00e9tranger. [\u2026] Ainsi donc, fraternel aux insectes, \u00e0 ce grouillement pieux, \u00e0 ces serpents tacites, et \u00e0 ces reptiles pratiquement liquides, \u00e0 cette eau d\u2019escargot, argent\u00e9e et morte, \u00e0 cette \u00e9tendue corrompue et vitale, royaume sans monarque, moi donc, mon marais, en toi je p\u00e9n\u00e9trerai, et mon destin sera ce qu\u2019il peut, car je ne suis pas diff\u00e9rent de ces minuscules \u00e9ph\u00e9m\u00e8res qui font de cet espace admirable et hideux \u00e0 la fois un cimeti\u00e8re et un nid, une conclusion qui ouvre le futur. (Managanelli)<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Exit<\/strong><br \/>\nComment sortir de la palude\u00a0?<\/p>\n<p>Comment sortir de cette n\u00e9gociation, avec l\u2019instable\u00a0? Par le r\u00eave, peut-\u00eatre\u00a0?<br \/>\nNous sortons du d\u00e9sastre par l\u2019esp\u00e9rance qu\u2019au-del\u00e0 des afflictions diverses, des affections et des nombreux d\u00e9couragements, un jour prochain, naisse le sentiment d\u2019une connivence. Que cette connivence traverse comme un souffle, une \u00e9nergie, une promesse que l\u2019on se fait en secret dans la nuit, et qu\u2019entre les diff\u00e9rents \u00e9clats du monde qui peine \u00e0 travailler et jouer ensemble, toute cette diversit\u00e9 des maisons et toute cette vari\u00e9t\u00e9 de leurs occupants. Que s\u2019installe enfin la sensation d\u2019une entente,, fr\u00eale et fragile comme la palude, base flottante o\u00f9 d\u2019avoir laiss\u00e9 ma peau, comme dans une effroyable guerre, un massacre, une machinerie d\u00e9chirante, un charnier, une usine \u00e0 broyer les \u00e2mes, une m\u00e9canique qui d\u00e9chiqu\u00e8te les corps et la pens\u00e9e, j\u2019ai acquis la confiance de l\u2019autre, la confiance d\u2019une alliance, dans la multitude inqui\u00e8te, l\u2019affirmation d\u2019une communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Et moi, au centre de ce d\u00e9cha\u00eenement, je me sens remplir une fonction qui d\u00e9passe de tr\u00e8s haut ma personne, servir d\u2019instrument au destin.<br \/>\n<\/font><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p><font size=\"1\" align=\"right\">\u00a9 Beno\u00eet Vincent<\/font><\/p>\n<p><\/font><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,6],"tags":[],"class_list":["post-65","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cartographie-des-habites","category-texte"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/amboilati.org\/poudrerie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/amboilati.org\/poudrerie\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/amboilati.org\/poudrerie\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amboilati.org\/poudrerie\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amboilati.org\/poudrerie\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=65"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/amboilati.org\/poudrerie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":164,"href":"https:\/\/amboilati.org\/poudrerie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65\/revisions\/164"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/amboilati.org\/poudrerie\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=65"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/amboilati.org\/poudrerie\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=65"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/amboilati.org\/poudrerie\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=65"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}