{"id":313,"date":"2018-06-07T18:10:52","date_gmt":"2018-06-07T16:10:52","guid":{"rendered":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/?p=313"},"modified":"2021-04-19T15:15:32","modified_gmt":"2021-04-19T13:15:32","slug":"ager","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/ager\/","title":{"rendered":"Ager"},"content":{"rendered":"<p><font size=\"1\"><em>N\u2019importe quoi est une friche o\u00f9 le secret germe.<\/em> Caligaris<\/font><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans nos d\u00e9ambulations, un jour, mon h\u00f4te me conduit \u00e0 la voie romaine qui laisse appara\u00eetre une partie de son dos, au c\u0153ur de la for\u00eat, sur le plateau.<\/p>\n<p>Ruine de routes forment un dense chevelu, para\u00eet-il, afin d\u2019\u00e9chapper aux brigands ou aux f\u00e8res, elles sont nombreuses dans nos contr\u00e9es, plus ou moins rep\u00e9r\u00e9es et cartographi\u00e9es, plus ou moins antiques, d\u2019ailleurs, l\u00e0 aussi on s\u2019en raconte des histoires (voir tous les ponts not\u00e9s comme plus ou moins romains, quand ils sont romans, voire plus tardifs encore).<\/p>\n<p>J\u2019aime ce lieu, enfoui dans la for\u00eat, comme englouti par le paysage, aval\u00e9, raval\u00e9. Ou m\u00eame, si l\u2019on veut, comme une cicatrice qui se r\u00e9sorbe. Toujours les trou\u00e9es, les tailles, les terrassements, les d\u00e9capages sont, petit-\u00e0-petit, \u00e9galis\u00e9s par le retour de la for\u00eat. La for\u00eat cro\u00eet, mange tout sur son passage.<\/p>\n<p>Ce \u00e0 quoi sert la pelouse, puis les arbustes en sentinelles, \u00e9glantier, prunellier : tirer, peu \u00e0 peu, patiemment, \u00e0 elle la for\u00eat.<\/p>\n<p>Aussi les routes sont-elles fragiles, \u00e9ph\u00e9m\u00e8res ; les d\u00e9frichements des \u00ab\u00a0mauvaises herbes\u00a0\u00bb pour en planter d&rsquo;autres, jug\u00e9s moins mauvaises, que l\u2019on a soustraites \u00e0 leur monde, sont-ils \u00e9ph\u00e9m\u00e8res ; les prairies que l\u2019on amende ou que l\u2019on fauche ou que l\u2019on fait brouter, avec tous nos outils et nos animaux que l\u2019on a soustraits \u00e0 leur monde, et au monde du vivant par la m\u00eame occasion, sont-ils tous, tous, tous, \u00e9ph\u00e9m\u00e8res.<\/p>\n<p>L\u2019agriculture est la domestication de la saison, mais la maison est \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Elle est toujours vou\u00e9e \u00e0 la ruine, \u00e0 l\u2019envahissement par les ronces, les lianes diverses, puis deux arbustes, puis la for\u00eat.<\/p>\n<p>On le voit, avec mon h\u00f4te, dans nos d\u00e9ambulations. Non loin du Cr\u00eat Pourri, on voit une maison comme \u00e7a, une belle maison solide, de pierre, envahie, perfor\u00e9e, \u00e9boul\u00e9e, par la v\u00e9g\u00e9tation qui appelle la for\u00eat.<\/p>\n<p>On le voit d\u2019ailleurs partout. Je le vois dans tous les pays que je traverse pour le plaisir ou le travail. Les terrasses des oliveraies ligures sont mang\u00e9es par les fr\u00eanes \u00e0 fleur et les charmes houblon ; les murs de sout\u00e8nements, comme les murets de s\u00e9parations, sur l\u2019Aubrac ou dans les C\u00e9vennes, sont charg\u00e9es de douce-am\u00e8re et de ch\u00e8vrefeuilles, et bient\u00f4t les ch\u00eanes blancs auront recouvert tout \u00e7a ; les terrasses de Comps et Vesc, chez moi, ont disparu sous la v\u00e9g\u00e9tation. Et m\u00eame sur les anciens parkings au sud de Vitry, d\u00e9j\u00e0 les mousses grignotent avec les lichens, les pr\u00eales percent l\u2019asphalte et un \u00e9glantier, un prunellier, fait office d\u2019\u00e9claireur, et bient\u00f4t de vigie.<\/p>\n<p>Les ruines sont nombreuses, dans les Alpes, les r\u00e9gions montagneuses en g\u00e9n\u00e9ral, plus que partout ailleurs, ou aux abords des villes.<\/p>\n<p><center>\u273b<\/center><\/p>\n<p>Entre-deux villes, qu\u2019y a-t-il ? Tout ce qui ne tient pas dans une ville, ou tout ce qu\u2019on ne veut pas y voir tenir \u2014 et tout ce qui ne veut pas tenir en elle. Et tout cela ce sont les cimeti\u00e8res, les usines, les zones, les quartiers populaires, les quartiers r\u00e9sidentiels, les banlieues, les zones artisanales et commerciales, d\u2019une part, agglutin\u00e9s \u00e0 elle et de plus en plus l\u00e2chement, et d\u2019autre part toutes les installations agricoles : infrastructures, chemins divers, agrosyst\u00e8mes.<br \/>\nLes champs. Partout l\u2019uniforme : mod\u00e8le openfiels, champagne, les plaines favorisent cette r\u00e9p\u00e9tition du m\u00eame.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai pass\u00e9 un long temps dans le Centre ; rien n&rsquo;\u00e9tait plus fa\u00e7onn\u00e9, jardin\u00e9, que les \u00e9tangs de Brenne, les bl\u00e9s de Beauce ; et pourtant, <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/noms-de-pays\/\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">je m&rsquo;en suis expliqu\u00e9<\/a>, un je ne sais quoi de majestueux&#8230; Et m\u00eame la surprise : dans le Cotentin les champs de poireaux et de carottes, \u00e0 proximit\u00e9 des mar\u00e9es&#8230; en Bretagne, les choux multicolores, ou l&rsquo;agneau sur le polder&#8230; en Calabre les oignons rouges, non loin des \u00e9cueils&#8230; en vall\u00e9e du Rh\u00f4ne sud les ails, en Provence la lavande, dans le G\u00e2tinais le chanvre&#8230; sans parler des li\u00e8ges, \u00e9corc\u00e9s r\u00e9guli\u00e8rement, dans les Maures et les Landes&#8230; il y a des champs pour toutes les terres et tous les climats. Bien souvent, le plus souvent, il y a les prairies : on ne cultive pas de fruits ou l\u00e9gumes, on fait pousser du fourrage. Des gramin\u00e9es, pour le foin, des l\u00e9gumineuses (tr\u00e8fles, luzernes) qui enrichissent le sol en azote. Alors on fauche. Ou bien on p\u00e2ture, et ces espaces sont d\u00e9volus au b\u00e9tail. En montagne, dans toutes les Alpes, le Jura, et les Pyr\u00e9n\u00e9es, dans le Cantal de la Plan\u00e8ze, les prairies dominent. Parfois elles sont \u201chumides\u201d et ce sont les narcisses, les bistortes, les renoncules que l\u2019on voit. Dans le Jura, les gentianes jaunes disputent l\u2019espace aux v\u00e9ratres, on ne sait laquelle des deux esp\u00e8ces cherchent \u00e0 se confondre en l\u2019autre.<\/p>\n<p>Une autre culture est celle du bois, comme en Aveyron, dans le L\u00e9v\u00e9zou, ou dans le Haut-Jura : les \u00e9pic\u00e9as, les Douglas, parfois les sapins, parfois les pins, forment des alignements qui rendent tristes : rien ou pratiquement rien ne pousse sous leurs aiguilles. Sur le plateau de Langres, je parcours d\u2019immenses for\u00eats g\u00e9r\u00e9es par l\u2019office national \u00e0 la recherche des marais intraforestiers. Les carrefours sont balis\u00e9s, les baliveaux sont marqu\u00e9s, les parcelles num\u00e9rot\u00e9es, les layons entretenus. Seules les loches orange p\u00e9tant m\u2019accompagnent, \u00e0 leur rythme.<\/p>\n<p>Affouages et taillis sous futaie ont embobin\u00e9 la for\u00eat. A Rambouillet et Fontainebleau, dans le Parisi, les for\u00eats sont scl\u00e9ros\u00e9es ainsi, poumons verts certes, mais piquet\u00e9s de morbe.<\/p>\n<p>En M\u00e9diterran\u00e9e, les oliviers ou les petites ch\u00eanaies, supports pour la truffe, partout en Tricastin. Les fruitiers, aussi, cerisiers dont on ne ramasse plus les fruits, abricotiers dans les Baronnies, p\u00eaches et pommes et poires et autres petits fruits br\u00fbl\u00e9s de pesticides dans la vall\u00e9e du Rh\u00f4ne. Une for\u00eat  plant\u00e9e singuli\u00e8re : la vigne, rarement absente des pays. En Sicile, en Calabre, en Gr\u00e8ce, dans le Maghreb, les caroubiers, les pistachiers, les figuiers de Barbarie forment des champs singuliers. Dans l&rsquo;anciene monde des Deux-Siciles, les agrumes dominent aussi volontiers ; dans le pays de Bova, au pied de l&rsquo;Aspromonte, o\u00f9 l&rsquo;on parle greki, on abonde en bergamote. <\/p>\n<p>Et puis les alignements de saules et de peupliers, dans les plaines alluviales, forment aussi des boisements importants.<\/p>\n<p>Le bocage, qui tente de concilier l\u2019arbre et l\u2019herbe, est soumis \u00e0 l\u2019\u00e8re moderne des machines pesantes et du remembrement. Avec Dominique Mansion, j&rsquo;apprends le bocage du Perche, la plesse et la tresse, si fragile et si proche du champ industriel&#8230; Dans le Cantal, un vieux avec son chien nous dit que les prairies ne sont plus humides comme avant : pour permettre le passage de moissonneuses-batteuses-lieuses toujours plus lourdes, il a fallu drainer au maximum.<\/p>\n<p>En Ari\u00e8ge, dans le Gers, en Costi\u00e8re, en Languedoc, dans la vall\u00e9e du Rh\u00f4ne, en Is\u00e8re, dans les plaines d\u2019Orl\u00e9ans \u00e0 Angers, le ma\u00efs, le tournesol, le colza, avides d\u2019eau, s\u2019adaptent tant bien que mal \u00e0 des climats qui ne sont les leurs.<\/p>\n<p>Le riz de Camargue, le riz du P\u00f4, s\u2019accommodent \u00e0 l\u2019Europe, finalement bien peu de nos patrimoines sont strictement ouest-europ\u00e9ens. Les patates, les tomates, le basilic, les courgettes et aubergines, les \u00e9pices, la plupart des herbes \u00e0 moisson, la plupart des fruits, rien de tout cela n&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 au N\u00e9olithique&#8230; Mais on sait aussi que le figuier est d\u00e9j\u00e0 go\u00fbt\u00e9 et, malgr\u00e9 sa complexe reproduction, il est favoris\u00e9 (on l&rsquo;a donc comprise, on l&rsquo;a donc observ\u00e9e). L&rsquo;olive suit bient\u00f4t, puis le bl\u00e9 et la vigne.<\/p>\n<p>Les moissons seraient la langue agricole, si les \u00e9peautres n\u2019avaient pas tout c\u00e9d\u00e9 aux triticals. Par chance, des recoins de Salento, de Toscane, la Dr\u00f4me, le Tarn, le Lot, les endroits recul\u00e9s, la Sardaigne, la Corse, ont leurs vari\u00e9t\u00e9s jalouses.<\/p>\n<p>Toutes ces cultures ne sont pas la nature : elles en sont la domestication. Ces v\u00e9g\u00e9tations d\u2019origine anthropique n\u2019entrent pas dans le catalogue des milieux naturels, ou alors sous une unique r\u00e9f\u00e9rence : cultures, parfois d\u00e9clin\u00e9es en cultures herbac\u00e9es et cultures de plantes ligneuses.<\/p>\n<p>Elles concernent le naturaliste d\u00e8s lors qu\u2019une vie adventice a la possibilit\u00e9 de s\u2019installer : ce sont alors des plantes de friches, des v\u00e9g\u00e9tations nitrophiles, souvent h\u00e9liophiles et pionni\u00e8res, qui s\u2019installent, avec leurs cort\u00e8ges d\u2019insectes pollinisateurs, de petits mammif\u00e8res et de rapaces : la cha\u00eene, perturb\u00e9e, n\u2019est pas toujours rompue. Parmi ces <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips10'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips10'>Habitats<\/span><\/span> secondaires, les \u201cpelouses\u201d que forment les plantes dites \u201cmessicoles\u201d \u2014 les plantes annuelles des moissons, qui op\u00e8rent leur cycle avant la fauche, sont en grand danger. Sur une centaine d\u2019esp\u00e8ce, presque toutes sont en r\u00e9gression et certaines m\u00eame en voie de disparition. Le coquelicot, qui frappent tant l\u2019imaginaire, ne va pas bien ; le bleuet, embl\u00e8me fran\u00e7ais para\u00eet-il, va mal ; les jours de la nielle des bl\u00e9s, ce bel \u0153illet dont les graines sont toxiques, et qui pour cela a \u00e9t\u00e9 \u00e9radiqu\u00e9, sont compt\u00e9s. La cha\u00eene, parfois, se rompt tout \u00e0 fait. Les turg\u00e9nies, les cam\u00e9lines, les neslies sont devenues presque invisibles. Quand on voit un adonis on tombe. Un jouet du vent on pleure.<\/p>\n<p>Enfin, les plantes des \u00e9carts, des zones rud\u00e9rales, des chantiers et des travaux, des friches, des ronds-points, des villages, des terrains de sport, des bords de route, sont aussi nombreuses que vari\u00e9es ; elles forment des communaut\u00e9s importantes o\u00f9 dominent les carottes sauvages, les picrides et les cr\u00e9pides, de nombreux chardons, des ails, des mol\u00e8nes. Elles sont belles, vigoureuses, color\u00e9es : les friches plaisent. Elles font flor\u00e8s dans ces entredeux.<\/p>\n<p><center>\u273b<\/center><\/p>\n<p>Si l\u2019on excepte ainsi toutes les zones inaccessibles (les cr\u00eates, les falaises et les dalles, les \u00e9boulis et les rocailles, les grottes, les eaux profondes), les for\u00eats sauvages (en progression sur le territoire national \u00e0 cause de la fin de l\u2019agriculture extensive \u2014 encore que ce soit un sauvage convalescent), les hautes-montagnes, les rivi\u00e8res (presque toutes malades), et tous les secteurs aseptis\u00e9s (routes, parkings, habitations, villages et villes etc.), tout le reste de l\u2019espace entre deux villes est occup\u00e9 par l\u2019agrosyst\u00e8me.<\/p>\n<p>Il est rare de trouver des paysages entiers qui ne soient pas fa\u00e7onn\u00e9s par l\u2019agriculture. L\u2019entre-deux, cette friche g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e (d\u2019un point de vue <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>\u00e9cologique<\/span>), est un gigantesque champ : la campagne. La campagne, c\u2019est le mot pour dire une ville diff\u00e9rente : les champs.<\/p>\n<p><center>\u273b<\/center><\/p>\n<p>Vivre \u00e0 la campagne, vivre entour\u00e9 de champs. Certes la nature sauvage n\u2019est jamais loin, mais elle est comme mise \u00e0 distance par notre propre regard, notre propre d\u00e9sir de regroupements : les hameaux, les villages, tr\u00e8s souvent (la plupart du temps en fait) ne r\u00e9pondent que partiellement \u00e0 ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui notre d\u00e9sir ou notre besoin de <em>naturalit\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p>Le fait d\u2019inventer un mot comme <em>naturalit\u00e9<\/em> en dit long sur notre \u00e9loignement du sauvage.<\/p>\n<p>Je ne pr\u00e9tends pas \u00e0 une quelconque sociologie, qui n\u2019est ni mon travail, ni mon \u00e9ventuel savoir-faire. Je retrace l\u2019exp\u00e9rience personnelle, donc subjective, donc fictionnelle, qui est celle de vivre \u201c\u00e0 la campagne\u201d.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui je vis en ville, la plupart du temps. Dans les deux cas il y a des qualit\u00e9s, et des d\u00e9fauts. C\u2019est tout ce que je dis : si on pr\u00e9tend d\u00e9busquer un \u00e9den intouch\u00e9 dans une campagne occidentale, on se m\u00e9prend compl\u00e8tement. Sauf peut-\u00eatre en haute-montagne, mais qui vit encore au-del\u00e0 des cols alpins ?<\/p>\n<p><center>\u273b<\/center><\/p>\n<p>Comme un signe, ma voiture rend l\u2019\u00e2me dans le Jura, dans ces terres eldoradesques. Le garagiste est formel : si vous roulez encore dix kilom\u00e8tres, la bo\u00eete casse, le moteur s\u2019arr\u00eate, le volant se bloque, et dans les lacets et \u00e9pingles pour Cinqu\u00e9tral, c\u2019est le pr\u00e9cipice. Si vous repartez, vous mourrez. C\u2019est ainsi que je n\u2019ai plus de voiture.<\/p>\n<p>Sans voiture \u00e0 la campagne, c\u2019est aussi la mort. Nos campagnes sont malades \u2014 entre autres \u2014 car nos mouvements y sont devenus compl\u00e8tement schizophr\u00e8nes. Nous sommes des urbains \u00e0 la campagne. Nous recherchons les r\u00e9seaux, nous voulons le confort des villes, sur un coup de t\u00eate nous prenons la voiture, et pour travailler, vivre, se rencontrer, avoir des loisirs, c\u2019est la voiture aussi : la double peine.<\/p>\n<p>Mais il y a les paysages, le silence, le calme, l\u2019absence (relative) de pollution. Ou bien nous sommes agriculteurs, ou fils d\u2019agriculteurs, et la sentence n\u2019est pas tout \u00e0 fait le m\u00eame&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em><strong>Une page de d\u00e9chets<\/strong><\/em><br \/>\nLes capsules de canette, les canettes, en verre, en fer blanc, les morceaux de verre, les bouteilles de verres, bris\u00e9es, pas bris\u00e9es, les bouteilles en plastique, pleines, vides, pleines de leur liquide ou d&rsquo;un autre, les emballages de bombons, de barres chocolat\u00e9es, de chips, les emballages de n\u2019importe quoi, les cartons, les emballages en alu pour toutes sortes de choses, les m\u00e9gots, les pr\u00e9servatifs usag\u00e9s, les gravats, les restes de chantiers, les parpaings, les briques, les bidons de peinture, le placopl\u00e2tre\u00a9, le siporex\u00a9, les d\u00e9chets verts, les tontes de pelouses, les branches de thuyas, de tro\u00e8nes, de cypr\u00e8s bleus, les fils, les fils de nylon de p\u00eache, les fils \u00e9pais de plastique des tondeuses diverses, les c\u00e2bles \u00e9lectriques, les fils de fers des cl\u00f4tures, les fils des nappes \u00e9lectriques, les fils synth\u00e9tiques, les tissus, les b\u00e2ches et couvertures, les v\u00eatements, les v\u00eatements d\u00e9pareill\u00e9s (gant, chaussettes, chaussures, lunette), les accessoires, les jouets, les outils bris\u00e9s, les plantations avort\u00e9es, les petits troncs secs, parfois avec leur pot de plastique noir ou brun, parfois les racines \u00e0 l\u2019air, mais toujours la petite \u00e9tiquette de plastique avec le nom latin oubli\u00e9, les sacs de restaurations rapide, les emballages en polystyr\u00e8ne de restauration rapide, les flocons de polystyr\u00e8ne, les papiers \u00e0 bulles, les poubelles noires enti\u00e8res, les \u00e9clats des accidents, les \u00e9clats de phares de plastiques, les morceaux de pare-chocs, les r\u00e9troviseurs, les pneus, les roues, les pots d\u2019\u00e9chappement rouill\u00e9s, les bas de caisse, les t\u00f4les, des t\u00f4les ondul\u00e9es, les toits d\u2019\u00e9ternite, de fibrociment, les toits ondul\u00e9s transparents de pvc, les  tuyaux de pvc cass\u00e9, les goulottes, les gaines des diff\u00e9rents r\u00e9seaux, \u00e9lectricit\u00e9, gaz, eaux potables, eaux us\u00e9es, les filets de protection des gaines, les sacs en plastique, les sacs de cong\u00e9lation, les sacs d\u2019enseignes mondialis\u00e9es, les appareils usag\u00e9s, le mat\u00e9riel informatique abandonn\u00e9, les c\u00e2bles, les transformateurs, les prises, les piles, les piles-boutons, les cartouches d\u2019encre, les emballages des cartouches d\u2019ancre les ampoule usag\u00e9es, les bandes magn\u00e9tiques embrouill\u00e9es entortill\u00e9es entre tout cela, les ampoules bris\u00e9es, les bocaux, les c\u00e9ramiques, les couverts d\u00e9pari\u00e9s, les meubles d\u00e9t\u00e9rior\u00e9s, les \u00e9tag\u00e8res de contre-plaqu\u00e9, les fauteuils aux ressorts cass\u00e9s, les sommiers d\u00e9fonc\u00e9s, les meubles m\u00e9connaissables, tas de bois refendus, les pots cass\u00e9s, les cadres d\u00e9chauss\u00e9s, les vieux magazines de papier glac\u00e9, les vieux livres humides, les tas et les tas de vieux journaux, les prospectus, les d\u00e9clarations et les attestation p\u00e9rim\u00e9es, les enveloppes vides du courrier, les factures et les relev\u00e9s de comptes, les cartes postales du pass\u00e9, et parfois m\u00eame les lettres d\u2019amour, tout ce qu\u2019on trouve, tout ce qu\u2019on trouve quand on marche beaucoup dans la \u201cnature\u201d, et dans toute la nature, de haut en bas, du sec au mouill\u00e9, de l&rsquo;acide au calcaire, du nord au sud et retour&#8230; et que celle-ci peine de plus en plus \u00e0 engloutir&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips10','Synonyme partiel de biochore*, biome*, bio\u00e8ce*, bioc\u00e8ne*, biotope*, grand habitat*, milieu* | Terme vernaculaire qui ne permet pas toujours la pr\u00e9cision, mais qui est extr\u00eamement pratique et parlant : l\\'habitat est le milieu de vie, la portion d\\'espace o\u00f9 se d\u00e9veloppe la vie, sous quelque forme que ce soit. Si l\\'on parle de population*, on pr\u00e9f\u00e8rera le terme de territoire ; si on parle de c\u00e9nose*, celui de biome* ou bio\u00e8ce*.'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips10','Synonyme partiel de biochore*, biome*, bio\u00e8ce*, bioc\u00e8ne*, biotope*, grand habitat*, milieu* | Terme vernaculaire qui ne permet pas toujours la pr\u00e9cision, mais qui est extr\u00eamement pratique et parlant : l\\'habitat est le milieu de vie, la portion d\\'espace o\u00f9 se d\u00e9veloppe la vie, sous quelque forme que ce soit. Si l\\'on parle de population*, on pr\u00e9f\u00e8rera le terme de territoire ; si on parle de c\u00e9nose*, celui de biome* ou bio\u00e8ce*.'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips10','Synonyme partiel de biochore*, biome*, bio\u00e8ce*, bioc\u00e8ne*, biotope*, grand habitat*, milieu* | Terme vernaculaire qui ne permet pas toujours la pr\u00e9cision, mais qui est extr\u00eamement pratique et parlant : l\\'habitat est le milieu de vie, la portion d\\'espace o\u00f9 se d\u00e9veloppe la vie, sous quelque forme que ce soit. Si l\\'on parle de population*, on pr\u00e9f\u00e8rera le terme de territoire ; si on parle de c\u00e9nose*, celui de biome* ou bio\u00e8ce*.'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips12','Synonyme partiel de biochore, bio\u00e8ce, bioc\u00e8ne, biotope, grand habitat, habitat | Terme polys\u00e9mique | Terme vernaculaire courant qui a deux acceptions non synonymes ; d\\'une part il est synonyme d\\'habitat*, et d\u00e9signe un milieu de vie ; d\\'autre part, \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur d\\'int\u00e9gration (par le biais d\\'un saut quantique, qui fait passer du domaine de la biosph\u00e8re \u00e0 celui de la noosph\u00e8re), et dans la perspective de la m\u00e9diologie sensu Watsuji & Berque, le milieu est un concept philosphique, ontologique, d\u00e9signant l\\'espace de relation entre l\\'homme et la nature : le lieu de leur rencontre (par les sens, la connaissance, l\\'exp\u00e9rience, etc.).'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips12','Synonyme partiel de biochore, bio\u00e8ce, bioc\u00e8ne, biotope, grand habitat, habitat | Terme polys\u00e9mique | Terme vernaculaire courant qui a deux acceptions non synonymes ; d\\'une part il est synonyme d\\'habitat*, et d\u00e9signe un milieu de vie ; d\\'autre part, \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur d\\'int\u00e9gration (par le biais d\\'un saut quantique, qui fait passer du domaine de la biosph\u00e8re \u00e0 celui de la noosph\u00e8re), et dans la perspective de la m\u00e9diologie sensu Watsuji & Berque, le milieu est un concept philosphique, ontologique, d\u00e9signant l\\'espace de relation entre l\\'homme et la nature : le lieu de leur rencontre (par les sens, la connaissance, l\\'exp\u00e9rience, etc.).'); <\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u2019importe quoi est une friche o\u00f9 le secret germe. 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