{"id":312,"date":"2018-06-06T20:13:41","date_gmt":"2018-06-06T18:13:41","guid":{"rendered":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/?p=312"},"modified":"2021-04-19T15:15:38","modified_gmt":"2021-04-19T13:15:38","slug":"silva","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/silva\/","title":{"rendered":"Silva"},"content":{"rendered":"<h3>Depuis le jura du monde<\/h3>\n<p>Le Jura : dans mon esprit plein de repr\u00e9sentations erron\u00e9es et de certitudes vacillantes (comme tout un chacun), le Jura \u2014 avant d\u2019y mettre les pieds, c\u2019est le massif montagneux, perc\u00e9s de profondes vall\u00e9es, formant de ripides falaises, et couverte d\u2019une \u00e9paisse for\u00eat de conif\u00e8res ; ce paysage arctique abrite des peuplades taiseuses, des animaux mythiques tels que le lynx ou le loup, des <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips10'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips10'>Habitats<\/span><\/span> d\u2019autres mondes, combes \u00e0 neige ou tourbi\u00e8res&#8230;<\/p>\n<p>Une br\u00e8ve parent\u00e8le m\u2019avait jadis port\u00e9 sur les routes du Jura, mais tellement rapide que je n\u2019avais pas eu le temps de r\u00e9ellement peaufiner mes clich\u00e9s.<\/p>\n<p>D\u2019abord la neige et le froid : qu\u2019on le veuille ou non, ces donn\u00e9es sont fondamentales pour percevoir le dehors.<\/p>\n<p>Avant toute esth\u00e9tique, c\u2019est-\u00e0-dire avant toute forme, c\u2019est-\u00e0-dire avant la vie, c\u2019est-\u00e0-dire avant la roche, il y a le climat. Le climat fa\u00e7onne tout le reste. On recherche la moyenne. On \u00e9vite les extr\u00eames. Le Jura, lui, c\u00f4toie les extr\u00eames. Climat continental et montagnard : \u00e9t\u00e9s chauds, hivers froids. C\u2019est une donn\u00e9e. Je me procurais des cale\u00e7ons longs.<\/p>\n<p><center>\u273b<\/center><\/p>\n<p>Le monde brut, celui des \u00e8res g\u00e9ologique, celui qui est fait d\u2019atomes aveugles, a livr\u00e9 son verdict : forme sculpt\u00e9e par l\u2019eau, forme friable, forme cicatris\u00e9e des heurts et des violences (et du grand raffut, aussi sans doute \u2014 on l\u2019oublie trop souvent : le son ne se fossilise pas \u2014 pas avant la musique).<\/p>\n<p>Il est l\u2019os, ou le socle : \u00e0 pr\u00e9sent les formes de vie peuvent s\u2019installer.<\/p>\n<p>La plan\u00e8te est un morceau de roche perdu dans l\u2019univers infini sans chaleur ni lumi\u00e8re, et tourne et vire dans un silence mortel. Cette roche est tant\u00f4t lucidement inerte, tant\u00f4t vivement fr\u00e9n\u00e9tique ; tant\u00f4t l\u2019enfer des laves et des irruptions, tant\u00f4t le ramdam des plaques qui se bousculent, se d\u00e9chirent, se chevauchent, tant\u00f4t le calme froid des p\u00f4les, ou des d\u00e9serts des oc\u00e9ans.<\/p>\n<p>Elle est un savon qui se consume en tournant.<\/p>\n<p>Hasard absolument absurde, \u00e9tat de fait rigoureusement impossible \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, cette masse dure et obstin\u00e9e est le berceau de la vie.<\/p>\n<p>Oh de la vie modeste, imperceptible, de la vie \u00e0 peine vivante tout d\u2019abord ; des cha\u00eenes d\u2019atomes un peu plus sucr\u00e9s, presque anim\u00e9s, amin\u00e9s, trois fois rien&#8230; mais ce trois fois rien se maintient ; mieux, il se d\u00e9place, il s\u2019affirme et, peu \u00e0 peu, jour apr\u00e8s jour, tout \u00e0 coup, durant des millions et des millions d\u2019ann\u00e9es, la vie envahit tous les espaces, elle se d\u00e9veloppe en milliards de formes aux couleurs, aux mouvements, aux musiques inou\u00efes, l\u2019arbre de la vie se ramifie sans cesse, et c\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 de rares exceptions pr\u00e8s sur la terre, cette exception dans l\u2019univers, la vie exception de l\u2019exception est venue v\u00eatir partout toutes les roches inertes, aveugles, abruties.<\/p>\n<p>C\u2019est un voile fin qui entoure la pierre, dans les airs comme dans les eaux, r\u00e9sille \u00e9paisse de quelques centaines de m\u00e8tres, c\u2019est-\u00e0-dire rien \u00e0 l\u2019\u00e9chelle universelle.<\/p>\n<p>C\u2019est un voile dynamique : qui na\u00eet vit et meurt, qui respire et mange, qui se reproduit, qui parfois (rarement) se d\u00e9place, qui parfois (souvent) entre en relation. C\u2019est un voile r\u00e9ticulaire, qui se d\u00e9veloppe en ramifications, depuis les arch\u00e9es et bact\u00e9ries, en v\u00e9g\u00e9taux, en champignons, en animaux. C&rsquo;est un voile sensible, aussi, qui s\u2019obstine \u00e0 porter cette vie, qu\u2019il parvient \u00e0 reproduire, qu\u2019il incarne et repr\u00e9sente, chaque jour un jour de plus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Extraits du prodrome portatif personnel<\/h3>\n<blockquote><p>\u00ab Parmi les multiples mani\u00e8res d\u2019aborder le territoire, celle qui consiste \u00e0 en saisir les grands habitats constitutifs vous apprendra bien des choses sur ce que vous aurez \u00e0 g\u00e9rer des caract\u00e8res de vos interlocuteurs, et de la soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019alors avec eux vous formerez&#8230; \u00bb (Anonyme,<em> Manuel de perception, d\u2019appr\u00e9hension et d\u2019appropriation du territoire \u00e0 destination des curieux, des sages, des \u00e9diles, et des po\u00e8tes mat\u00e9rialistes<\/em>, chapitre ii.2.1)<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p>\u00ab Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de conna\u00eetre les th\u00e9or\u00e8mes et m\u00e9thodes de la bioc\u00e9nologie et de la symbioc\u00e9nologie (m\u00eame si cela aide) : le simple sens commun permet la d\u00e9limitation en habitats, ces territoires d\u2019un niveau inf\u00e9rieur d\u2019int\u00e9gration. \u00bb (<em>id<\/em>., ii.2.3)<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>On peut partir de l\u2019eau (le littoral, la rivi\u00e8re ou le lac), ou de la roche (la grotte, la falaise, la dalle), c\u2019est selon. Le plein d\u2019eau ou son absence. Et ainsi visiter des espaces particulier, qui seraient comme des pi\u00e8ces fonctionnelles dans une maison plus vaste (<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>\u00e9cologie<\/span>, science de la maison).<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9 ce n\u2019est pas un itin\u00e9raire balis\u00e9, ni rectiligne. Ce ne sont pas vraiment des cercles concentriques, m\u00eame si l&rsquo;image est commode, car ceux-ci se m\u00ealent, se m\u00e9langent, et le chemin devient alors pelote&#8230; c\u2019est \u00e7a : la terre est une pelote de relations organiques\/inorganiques, une pelote de rencontres, fortuites et n\u00e9cessaires. Une spirale, en v\u00e9rit\u00e9. La suite de Fibonacci faite univers.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em><strong>Mer et littoral<\/strong><\/em><br \/>\nComme <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/humus\/\">on a pu comprendre<\/a>, mon enfance a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par la mer, en l&rsquo;occurrence une mer plate et lagunaire, enserr\u00e9e, peu sensible aux grands courants, l&rsquo;Adriatique. Enfant, depuis la Haute-Provence o\u00f9 nous \u00e9tions, on allait aussi souvent aux Saintes-Maries-de-la-Mer, c&rsquo;\u00e9tait une ambiance tout autre. Mais bien s\u00fbr, c&rsquo;est la sobri\u00e9t\u00e9, la lumi\u00e8re, l\u2019\u00e2pret\u00e9 de la M\u00e9diterran\u00e9e qui fait r\u00e9f\u00e9rence, qui forme le catalogue des formes, des couleurs et des mouvements de la mer ; on a tout dit de la M\u00e9diterran\u00e9e, ce que je retiens avant tout c&rsquo;est qu&rsquo;elle fascine aussi par ses fuites, ses d\u00e9tails, ses recoins. Ce n&rsquo;est pas la majest\u00e9 ou la toute-puissance de la violence ; cela reste un pays de <em>connoisseurs<\/em>, dont les filets sont pr\u00e9cis tout autant que mill\u00e9naires, les racines en voyage et les paysages feuillet\u00e9s pour la patience. C&rsquo;est aussi un pays d&rsquo;\u00eeles et d&rsquo;\u00eelots infinis, et puis les milles flores et faunes, dedans comme dehors, qui se fondent dans toutes les teintes des roches. La multitude, celle qui requiert l&rsquo;attention pour le d\u00e9tail. L&rsquo;infini, pas ici non, &#038; jamais d&rsquo;ennui dans la lassitude.<\/p>\n<p>Plus tard je d\u00e9couvre l&rsquo;oc\u00e9an, mais c&rsquo;est une autre \u00e9chelle, \u00e9videmment ; que je ne saurais d\u00e9crire, n&rsquo;ayant pas avec lui de langue commune.<\/p>\n<p>A Cancale, je d\u00e9couvre le pouvoir hypnotique de la mar\u00e9e. Plus g\u00e9n\u00e9ralement en Bretagne, c&rsquo;est le littoral qui me marque plus que l&rsquo;eau en soi. Occasion des saisons, m\u00eame celles de la vie. La complexion m&rsquo;attire \u00e0 la nostalgie et la m\u00e9lancolie : la M\u00e9diterran\u00e9e est toujours une occasion perdue, elle ne d\u00e9\u00e7oit jamais dans l&rsquo;habitude. \u00ab\u00a0La mer, la mer, la mer, toujours recommenc\u00e9e&#8230;3<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>L&rsquo;eau court<\/em><\/strong><br \/>\nJe suis le fils de la rivi\u00e8re. C&rsquo;est \u00e0 la rivi\u00e8re que je suis venu au monde, et j&rsquo;en sais tous les secrets ; je parles des rivi\u00e8res que je connais bien s\u00fbr, elles sont \u00ab\u00a0de r\u00e9gime m\u00e9diterran\u00e9en\u00a0\u00bb, torrentielles, ravageuses, serpent qui dort. Et calcaires, avec \u00e7a, celles des galets ronds et blancs, celles des vasques min\u00e9rales et des cascades acrobatiques. Leur peuple, je l&rsquo;ai fait mien : n\u00e8pes, phryganes, dytiques, libellules, mais aussi les larves de taon, les planaires minuscules, les vairons, les serpents, les castors ; mais encore les annuelles qui profitent de la gr\u00e8ve, tout le savoir-faire plastique des saules drap\u00e9s (<em>eleagnos<\/em>), et chez moi les bouquets de pavots jaunes qui s\u00e8ment le doute chez le maire \u00e0 la jambe de bois ; ce pont submersible est-il un passage \u00e0 niveau ?<\/p>\n<p>Je ne vois pas d&rsquo;autre rivi\u00e8re, et lorsque j&rsquo;allai en Loire, je ne trouv\u00e9 qu&rsquo;une vaste arnaque sauvage comme un cheval. Je n&rsquo;ai jamais compris l&rsquo;eau si abondante dans le nord ; nous c&rsquo;\u00e9tait le Rh\u00f4ne, la Dr\u00f4me, l&rsquo;Ard\u00e8che (un genre de paradis souill\u00e9 par des cons), et tout le reste s&rsquo;\u00e9vanouissait, disparaissait inexorablement sous les soleils estivaux. Les petits b\u00eates ventre \u00e0 l&rsquo;air.<\/p>\n<p>(Oui il y a le fleuve, c&rsquo;est encore une \u00e9chelle de paysage ; riverain du Rh\u00f4ne, comment l&rsquo;ignorer ?)<\/p>\n<p><center>\u273b<\/center><\/p>\n<p>Tu ne trouveras pas d\u2019eau plus claire et anim\u00e9e.<\/p>\n<p>Il est ce pays de montagnes (aucun massif montagneux n\u2019est indemne de l\u2019eau qui l\u2019a form\u00e9, fa\u00e7onn\u00e9 entre son unique main modeleuse) o\u00f9 les eaux sont riantes et nombreuses et limpides. Comme des nu\u00e9es d\u2019enfants. L\u2019aube du monde.<\/p>\n<p>Et les eaux sont pures, les plus pures et les plus froides possibles. Elles abritent de nombreux \u00eatres, mille esp\u00e8ces de porte-bois, mille esp\u00e8ces de poissons, mille esp\u00e8ces d\u2019ondines.<\/p>\n<p>Je cherche une eau vraie, l\u2019eau souvent n\u2019existe plus, les rivi\u00e8res sont l\u2019ombre d\u2019elles-m\u00eames. ici non. Elles sont vraies.<\/p>\n<p>Je suis all\u00e9 chercher les eaux, puis les ai long\u00e9es. Je les ai vues, je les ai bues.<\/p>\n<p>L\u2019eau n\u2019est plus une m\u00e9moire, elle est l\u2019eau, l\u2019eau nouvelle, juv\u00e9nile, la vie m\u00eame.<\/p>\n<p>Les rivi\u00e8res ici coulent \u2014 et l\u00e0 encore la diff\u00e9rence avec mon pays est flagrante : chez moi les rivi\u00e8res ne coulent pas, ou plut\u00f4t ne coulent plus (la majeur partie de l\u2019ann\u00e9e) ; elles sont souvenir de courant, empreinte de rivi\u00e8re. Pas rivi\u00e8re elle m\u00eame.<\/p>\n<p>Ici elles coulent, s\u2019\u00e9tendent langoureusement au sein de gours giboyeux, elles s\u2019\u00e9crevissent, et puis elle jaillissent et m\u00eame tombent, se brisent en d\u00e9valant les pentes rocailleuses, pour parfois aussi plonger \u00e0 pic en elle-m\u00eame. Mouvement aux arabesques d\u2019argent.<\/p>\n<p>Je suis en vrac, c\u2019est la rivi\u00e8re, vraquier d\u2019\u00e2me, vraquier d\u2019eau. Puis je suis alangui, \u00e9tale, c\u2019est la rivi\u00e8re, \u00e9tal d\u2019\u00e2me, \u00e9tal d\u2019eau.<\/p>\n<p>(Parfois, les eaux sont contraintes, pas seulement par la roche, mais par la main de l\u2019eau : ponts, passerelles, coursives, tuyaux de fonte, barrages, moulins, etc. forment son quotidien. Mais l\u2019eau va, et continue d\u2019aller. Ces accidents sur son passage, pour nous des \u00e9v\u00e8nements, pour elle \u00e0 peine une distraction. Son quotidien est \u00e9ternel.)<\/p>\n<p>Le poisson, lui remonte l\u2019eau. L\u2019eau remonte le poisson. le poisson indique le but, le futur, la succession. Comme le dit Paolo Cognetti, \u00ab toutes les choses, pour un poisson de rivi\u00e8re, viennent de l\u2019amont : insectes, branches, feuilles, n\u2019importe quoi. C\u2019est pour cela qu\u2019il regarde vers le haut, dans l\u2019attente de ce qui doit arriver. Si l\u2019endroit o\u00f9 tu t\u2019immerges dans une rivi\u00e8re est le pr\u00e9sent, je pensai, alors le pass\u00e9 est l\u2019eau qui t\u2019a d\u00e9pass\u00e9, celle qui va vers le bas, l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a plus rien pour toi, tandis que le futur est l\u2019eau qui descend depuis le haut, portant les dangers et les surprises. Le pass\u00e9 c\u2019est aval. Le futur, l\u2019 amont. \u00bb<\/p>\n<p><center>\u273b<\/center><\/p>\n<p>D&rsquo;au courant, parfaitement s\u00e9ductrice, j&rsquo;en ai connu toutefois sous la forme des rias, des fjords bretons. Ces bras de mer renvers\u00e9s que forment les abers ont troubl\u00e9 mon catalogue&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em><strong>L&rsquo;eau qui ne court pas<\/strong><\/em><br \/>\nComme l&rsquo;a troubl\u00e9 la d\u00e9couverte des pi\u00e8ces, des <em>masses<\/em> d&rsquo;eau, comme dit aujourd&rsquo;hui le technicien ; je ne connaissais pas l&rsquo;\u00e9tang, le lac, ce n&rsquo;est pas de chez nous. Je n&rsquo;ai pas de souvenir de lac, sauf quelques incursions en Is\u00e8re boueuse peut-\u00eatre, en Savoie, mais je ne suis pas strictement alpin.<\/p>\n<p><center>\u273b<\/center><\/p>\n<p>Pas de nymph\u00e9as, pas de n\u00e9nuphars, chez moi.Peut-\u00eatre parce que le lac c\u2019est la m\u00e9moire m\u00eame ? Peut-\u00eatre parce que le lac c\u2019est le pr\u00e9sent m\u00eame : cette masse qui ne passe pas, ce volume qui attend et qui cesse. Ce non mouvement.<\/p>\n<p>Le lac c\u2019est la m\u00e9moire. <\/p>\n<p>Le lac ne s\u2019oublie pas.<\/p>\n<p>Les berges des lacs sont comme les berges des rivi\u00e8res, et puis tout soudain, non. Marcher sur l\u2019ourlet du lac, c\u2019est s\u2019enfoncer. La vase. Les algues.<br \/>\nLes lacs profonds sont myst\u00e9rieux. Ils rec\u00e8lent dans leurs entrailles leurs tr\u00e9fonds des villages avec leurs \u00e9glises et leurs clochers ; il abritent des cr\u00e9atures fantastiques (ils partagent cela avec les rivi\u00e8res), et celles-ci sont gigantesques, pr\u00e9historiques. Leurs eaux froides conservent les aliments, comme les cadavres.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas vu de lacs : j\u2019ai vu un monde du pass\u00e9.<\/p>\n<p>Les gens aiment les lacs, qui leur apportent une sensation de fra\u00eecheur et une sensation d\u2019apaisement ; aussi les autorit\u00e9s ont-elles barbel\u00e9 les rives d\u2019une multitude d\u2019\u00e9l\u00e9ments de mobiliers g\u00e9n\u00e9ralement mal adapt\u00e9s \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du dehors.<\/p>\n<p>Le sentiment romantique de solitude, d\u2019apaisement, et de communion avec les \u00e9l\u00e9ments en ressort durement \u00e9prouv\u00e9 ; l\u00e0 o\u00f9 s\u2019installe le loisir, s\u2019installe le d\u00e9chet, et le lac se fragmente alors au contact humain.<\/p>\n<p><center>\u273b<\/center><\/p>\n<p>J&rsquo;ai connu tard vu les \u00e9tangs, la Dombe, la Brenne, puis les \u00e9tangs de Champagne humide, les centaines de petits \u00e9tangs d&rsquo;Epernay \u00e0 Bar-sur-Aube, d&rsquo;Ardenne et d&rsquo;Argonne, et leur seigneur : le Der.<\/p>\n<p>On le vidangeait, d&rsquo;ailleurs, comme une fois tous les dix ans. Alors c&rsquo;est une grande \u00e9tendue, comme rarement on souhaite en voir, et j&rsquo;allais sur l&rsquo;\u00eele \u00e0 pied. Les grues passaient. Les coquilles crissaient, les grosses moules d&rsquo;eau douce abandonn\u00e9es \u00e0 leur sort, les grosses limn\u00e9es.<\/p>\n<p>Certes, cela restait un lac ; mais ses \u00e9tendues inhumaines, les triangles des \u00e9chassiers, l&rsquo;occasion, et la saison (le gel \u00e9tait maintenant l\u00e0 chaque matin) lui conf\u00e9rait des airs marins (casino et aviron en prime) et dans ses soixante m\u00e8tres d&rsquo;absence d&rsquo;eau, comme aupr\u00e8s des villages noy\u00e9s, quelque chose d&rsquo;antique, d&rsquo;inexorablement souverain, <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>La tourbi\u00e8re et les marais-bas<\/em><\/strong><br \/>\nJ\u2019entendrais volontiers une chanson de Neil Young, en arrivant \u00e0 Nanchez. Le paysage et le nom de cette vall\u00e9e litt\u00e9ralement d\u00e9paysent.<\/p>\n<p>Une grande ouverture entre des monts, ce qu\u2019ils appellent ici une combe, empreinte du passage d\u2019un glacier, et dont les marnes et argiles obturent et comblent les fonds (la combe comble, la combe comble, la combe comble).<\/p>\n<p>Sur un rebord des hameaux ont pouss\u00e9, et une cluse noue l\u2019\u00e9tendue. Au fond, un petit chemin de bois nous fait passer dans les r\u00e9gions de la tourbi\u00e8re : les prairies de fauche, les prairies humides, le ruisseau, puis les pessi\u00e8res, les pin\u00e8des \u00e0 crochet, les saulaies naines, la tourbi\u00e8re m\u00eame. L\u2019esth\u00e9tique des lieux est englobante : comme dans un rituel indien, ou une chanson de Neil Young, tu es tout de suite int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 l\u2019ensemble, tu ne peux pas te sentir exclu. Peut-\u00eatre est-ce l\u2019habitude, mu\u00e9e en \u00e9nergie, pulsion ou ondes, de lutter contre le froid l\u2019altitude ou l\u2019eau, et voil\u00e0 une nouvelle testimoniance de la maison.<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019esth\u00e9tique des lieux est englobante \u00bb : cette phrase n\u2019est pas belle, ne devrait pas \u00eatre \u00e9crite. Le paysage t\u2019accueille, voil\u00e0 ce que \u00e7a veut dire. Et si je peine \u00e0 d\u00e9crire bien ces atmosph\u00e8res et ces paysages, c\u2019est parce que les mots, dans leur binarit\u00e9, ne peuvent rendre compte de ce qui secoue le temps depuis des mill\u00e9naires.<\/p>\n<p>Dix mille hivers et dix mille \u00e9t\u00e9s pour fa\u00e7onner ces chevelures. Nous qui les visitons aujourd\u2019hui, qu\u2019est-ce qu\u2019on peut bien en comprendre ?<\/p>\n<p>Mes h\u00f4tes m\u2019am\u00e8nent vers d\u2019autres tourbi\u00e8res, \u00e0 Valfin. Celles-ci trempent dans une mer de prairies de fauches humides. Toute cette nouvelle combe est fantastique, d\u00e9gag\u00e9e, \u00e9gale. C\u2019est difficile \u00e0 dire comme \u00e0 croire, mais c\u2019est exactement comme si nous \u00e9tions en Islande, au Canada, en Sib\u00e9rie. La tourbi\u00e8re est une portion d\u2019\u2019arctique, du bor\u00e9al. Une perc\u00e9e du nord. C\u2019est ce qui la rend magique.<\/p>\n<p>(A pr\u00e9sent, les hommes les ont d\u00e9laiss\u00e9es \u2014 pour leur tourbe \u2014 et les regardent comme des curiosit\u00e9s, ce qui les prot\u00e8ge.)<\/p>\n<p>Les tourbi\u00e8res sont indiff\u00e9rentes \u00e0 l\u2019agir du temps. Elles stagnent, c\u2019est toute leur force.<\/p>\n<p>En Tournieux, une tourbi\u00e8re encore plus caste et coinc\u00e9e contre la roche foresti\u00e8re et les \u00e9chos qui y cognent, je restai longtemps, narcisse m\u00e9ticuleux, \u00e0 observer les tremblants. Aucun pied n\u2019y est possible, aussi la nature s\u2019autorise ces dentelles d\u00e9licates de fleurs flottantes, format liquide de prairie, d\u00e9licate et intouchable peau de l\u2019eau. M\u00e9nyanthes et comarets, les deux \u00e9toiles de l\u2019eau comme banni\u00e8re, le trifeuille (le tr\u00e8fle) et la quintefeuille d\u2019eau, venaient confronter en \u00e9l\u00e9gance la robuste et fruste arm\u00e9e de la\u00eeches et de sphaignes. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois pour moi, et c\u2019\u00e9tait l\u2019ann\u00e9e sur dix mille o\u00f9 ce gant-l\u00e0 fleurissait, j\u2019en avais des larmes aux yeux.<br \/>\nC\u2019est toute la tourbi\u00e8re qui \u00e9tait une larme, si une larme est tout \u00e0 coup la conscience de ce qui s\u2019\u00e9chappe.<\/p>\n<p>Ou toute la tourbi\u00e8re un \u0153il, et le comaret et le m\u00e9nyanthe non pas cette fois des larmes, mais des t\u00e9moins, des petits dieux qui, peu \u00e0 peu, d\u2019un mill\u00e9naire \u00e0 l\u2019autre, disparaissent.<br \/>\nJ\u2019avais une m\u00e9lodie de Neil Young en t\u00eate, \u00e0 Nanchez, comme \u00e0 Valfin, j\u2019\u00e9tais vagabond, solitaire vers le destin.<\/p>\n<p>\u00c0 deux pas de la maison, mon h\u00f4te me m\u00e8ne aussi \u00e0 une nouvelle tourbi\u00e8re, plus atterrie, moins spectaculaire, elle a l\u2019avantage de la proximit\u00e9. Si, comme cela se produira bient\u00f4t, je pouvais pousser un peu en voiture, je d\u00e9couvrirais encore de l\u2019eau, encore de ces mers nordiques ench\u00e2ss\u00e9es dans les argiles, nourries du froid et des pluies, et fomentant leur mill\u00e9naire non-mouvement en silence, \u00e0 l\u2019ombre d\u2019un bouleau, d\u2019un pin \u00e0 crochet.<br \/>\n\u00c0 deux pas de la maison, je pouvais entonner une m\u00e9lodie de Neil Young, et projeter le regard vers d\u2019autres terres froides, la Sib\u00e9rie, l\u2019Ontario ou le Manitoba, salut, salut !<\/p>\n<p><center>\u273b<\/center><\/p>\n<p>Avec Luc, au marais de Cervi\u00e8res, \u00e0 2000 m\u00e8tres, j&rsquo;ai ressenti cette attirance inefable&#8230; Et dans les Grandes Alpes, nous avons plusieurs fois retourv\u00e9 ces v\u00e9g\u00e9tations de la\u00eeches et de gentianes&#8230;  Mais le marais alpin, je l&rsquo;ai go\u00fbt\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la moelle et jusqu&rsquo;\u00e0 la lie en&#8230; Haute-Marne. Les marais qui sont des trou\u00e9es secr\u00e8tes au c\u0153ur de for\u00eats certes agr\u00e9ables, sur le plateau de Langres, sont nombreux et extr\u00eamement solitaires. J&rsquo;en ai parcouru une trentaine. Dans le soleil ou la pluie de septembre \u00e0 novembre, jusqu&rsquo;aux premiers gels, jamais n&rsquo;ai caress\u00e9 un camaieu de bruns et s\u00e9pias, et collections de la\u00eeches&#8230; sans parler des coquilles, des araign\u00e9es, des col\u00e9opt\u00e8res des m\u00eames tons, dans la pauvret\u00e9 du centre, dans le japon du paysage.<\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai jamais savour\u00e9 l&rsquo;inqui\u00e9tude comme au sein des marais, accessibles au prix de longues marches sur des pistes foresti\u00e8res, \u00e0 d\u00e9ranger un cerf, ramasser un cr\u00e2ne, se laisser aller \u00e0 s&rsquo;ensevelir dans le silence, ignorant de tout.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Pelouses et prairies<\/em><\/strong><br \/>\nEssor\u00e9es des eaux, ou du moins en apparence, les grandes steppes des monts m\u00e9diterran\u00e9ens, les grandes prairies du Massif central, les pelouses alpines des Alpes ou des Pyr\u00e9n\u00e9es, les \u00e9tendues herbeuses \u00e0 perte de vue, monotones de forme et couleur, je voudrais les conna\u00eetre chez elle, dans la toundra, et nous n&rsquo;avons qu&rsquo;un petit message de \u00e7a, \u00e0 peine un timbre-poste.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>La for\u00eat<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 mon arriv\u00e9e, je refusais de voir ce qui pourtant saute aux yeux. C\u2019\u00e9tait pareil dans les Alpes, dans les Apennins. Les conif\u00e8res me rendent nerveux. Les \u00e9pic\u00e9as et les sapins \u00e9taient pourtant partout. Je les \u00e9vitais. Sous un \u00e9pic\u00e9a ne poussent que ses aiguilles.<\/p>\n<p>En montagne, je parcourais pourtant bient\u00f4t des vall\u00e9es profondes, des revers de combes, des gouffres sous roche, ces h\u00eatraies vert sombre, aux troncs couverts de mousse, manchons \u00e9pais, tu pensais tomber dans un autre monde magique, gorg\u00e9 de lutins et d\u2019eau, de limaces et lima\u00e7ons. Un monde doux, propice \u00e0 la divagation, qui contrastait singuli\u00e8rement avec les rocailles des cr\u00eates ou les ambiances bor\u00e9ales des tourbi\u00e8res et des pessi\u00e8res.<\/p>\n<p><center>\u273b<\/center><\/p>\n<p>Je suis de la for\u00eat thermophile, avec ses buis gaillards et ses riants sorbiers, alisiers, des ch\u00eanes blancs et verts et m\u00eame des pins sylvestres ! Pas d&rsquo;arbre qui d\u00e9passe 20 m\u00e8tres. Une for\u00eat, pourtant bien pr\u00e9sente depuis la vacance des moutons, mais qui reste contrainte par la pierre et l&rsquo;eau.<\/p>\n<p>Je ne sais pas bien parler de la for\u00eat, parce qu&rsquo;en v\u00e9rit\u00e9 je ne la connais pas. Je pourrais dresser la carte des d\u00e9placements dans les kerm\u00e8s, je pourrais enseigner \u00e0 marcher pli\u00e9 sous les cades ou dans les alaternes, mais je me perds dans une pin\u00e8de g\u00e9r\u00e9e, quadrill\u00e9e et tir\u00e9e au cordeau&#8230; Il y une nette tendance au lutin chez moi.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em><strong>La roche<\/strong><\/em><br \/>\nAu plus haut des fa\u00eetes, ou au plus surplombant, et m\u00eame plus bas, il y a la roche : verticale, ou oblique, elle est partout visible, comme juste squelette de tout le pays. Si elle est humide, elle porte les mousses et les fausses p\u00e2querettes ; plus en lumi\u00e8re, c\u2019est la sesl\u00e9rie, les orpins, les \u00e9rines et les lichens. J\u2019aime la roche, je la connais bien. Elle permet, dans ses virons d\u2019altitude, des pelouses s\u00e8ches o\u00f9 les insectes lutinent les orchid\u00e9es. Elle autorise des vues sur les montagnes ses s\u0153urs.  <\/p>\n<p>Elle avance lente en plis et cluses, avens et lisses parois glissantes.<\/p>\n<p>Elle borde les routes et les sentiers quotidiens, mais explose aussi au loin, aussi loin que le regard porte. Je ne sais pas quoi dire sur les dalles et les falaises, sinon que leur dimension du gris \u00e9gaye jalousement le c\u0153ur.<\/p>\n<p>Je ne sais pas quoi dire car c\u2019est le pays m\u00eame, sa souche, son assise, sa parole et son histoire. Comment d\u00e9crire le mouvement du chamois ?<\/p>\n<p>Et puis j&rsquo;ai le vertige&#8230;<\/p>\n<p><center>\u273b<\/center><\/p>\n<p><em>A contrario<\/em>, les grandes dalles, les grandes \u00e9tendues siliceuses, par exemple dans les Maures, qui sont un autre de mes lieux, voil\u00e0 qui me convient. Avec une besace de chameau, et dans ces avanc\u00e9es africaines, j&rsquo;affronte en suant 46 degr\u00e9s les filaires et les tortues avec une certaine d\u00e9sinvolture.<\/p>\n<p>Il faut dire que la couleur entra\u00eene&#8230; l&rsquo;ocre des Maures, qui ajoute au myst\u00e8re ou \u00e0 l&rsquo;exotique des li\u00e8ges ou des pignons, m&rsquo;ont autoris\u00e9 des errances aussi longues qu&rsquo;improductive, comme si \u00e0 d\u00e9busquer la magicienne dentel\u00e9e, il fallait fl\u00e2ner le nez en l&rsquo;air, en se cachant pour fumer \u00e0 cause des incendies, dans l&rsquo;attente de la prochaine bi\u00e8re.<\/p>\n<p><center>\u273b<\/center><\/p>\n<p>Mon minuscule monde annuel, enfin, est ami de la dalle (de la roche horizontale) : c&rsquo;est lui o\u00f9 je chasse et me fonds. C&rsquo;est lui que je voudrais habiter. Entre un cresson des pierres et un saxifrage \u00e0 trois doigts, je le r\u00e9p\u00e8te toujours, mais \u00e0 cheval sur une coquille, ou allong\u00e9 sur les lichens, d&rsquo;or, de p\u00e9trole ou d&rsquo;argent, une mousse comme oreiller, je laisse passer les nuages, pour le temps que \u00e7a va durer&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips0','Les grandes \"sph\u00e8res\" g\u00e9od\u00e9siques sont les grands constituants min\u00e9raux de la plan\u00e8te : l\\'<strong><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips0'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips0'>Atmosph\u00e8re<\/span><\/span><\/strong>, l\\'<strong><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips0'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips0'>Hydrosph\u00e8re<\/span><\/span><\/strong>, la <strong><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips0'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips0'>Lithosph\u00e8re<\/span><\/span><\/strong>. Ces trois sph\u00e8res forment la <strong><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips0'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips0'>G\u00e9osph\u00e8re<\/span><\/span><\/strong>, auxquelles on ajoute parfois la <strong>biosph\u00e8re<\/strong> (l\\'enveloppe du vivant), d\\'o\u00f9 est n\u00e9e la <strong><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips0'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips0'>noosph\u00e8re<\/span><\/span><\/strong> (la sph\u00e8re du monde humain, racin\u00e9 \u00e0 sa facult\u00e9 symbolique et linguistique).'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips4','La <strong><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips4'>c\u00e9nologie<\/span><\/strong>, synonyme partiel d\\'<strong><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>\u00c9cobioc\u00e9notique<\/span>*<\/strong>, est la science qui, au sein de l\\'\u00e9cologie* (au sens actuel, flou) s\\'int\u00e9resse particuli\u00e8rement aux groupements <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>\u00e9cologiques<\/span> d\\'esp\u00e8ces ; ces groupements sont \u00e9cologiques, c\\'est-\u00e0-dire qu\\'ils ne sont ni phylog\u00e9n\u00e9tiques (ou familiaux), ni simplement morphologiques, ni strictement fonctionnels. En v\u00e9rit\u00e9 ils sont \u00e9videmment <i>aussi<\/i> ceux-l\u00e0, puisque l\\'\u00e9cologie est une science holistique (Vincent 2021). La description, la d\u00e9nomination et la classification de ces groupements* sont son domaine d\\'intervention. Ceux-ci touchent tous les \u00eatres vivants, les grands \"r\u00e8gnes\" classiques : bact\u00e9ries, plantes (phytoc\u00e9noses > phytoc\u00e9nologie = phytosociologie*) et animaux (zooc\u00e9nologie). La c\u00e9nologie concerne la biosph\u00e8re* ; lorsque le sujet d\\'\u00e9tude touche \u00e9galement \u00e0 la g\u00e9osph\u00e8re*, on parlerait plus volontiers de biog\u00e9ographie* ; lorsqu\\'il touche \u00e9galement aux affaires humaines (terroir, agriculture, paysage, urbanisme), \u00e0 la noosph\u00e8re*, on entre dans un autre domaine encore, que je d\u00e9nomme prop parte ici chor\u00e9ologie* (science du territoire*).'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips6','<strong><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>Ecobioc\u00e9notique<\/span><\/strong> est le terme pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 : science dont l\u2019objet est traditionnellement la relation du monde physico-chimique (inerte) avec les \u00eatres vivants, et des \u00eatres vivants entre eux. | <strong><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>Ecologie<\/span> :<\/strong> litt\u00e9ralement le discours sur l\u2019<em>oikos<\/em> = la maison\u00a0; il y aurait une \u00e9tendue ou un volume, et des fronti\u00e8res\u00a0; c\u2019est l\u2019histoire racont\u00e9e dans ces pages\u00a0: des d\u00e9ambulations dans l\u2019\u00e9tendue ou le volume, ou \u00e0 travers les fronti\u00e8res. C\u2019est le sens du <em>cap au seuil<\/em> | Selon Jean-Antoine Rioux 1958, l\\'<strong>\u00e9cologie<\/strong> poss\u00e8de deux grands domaines : l\\'<strong>\u00e9cologie m\u00e9sologique<\/strong>, la science du <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips12'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips12'>milieu<\/span><\/span>* (ou <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'>bio\u00e8ce<\/span><\/span>*\/<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips9'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips9'>biotope<\/span><\/span><\/span><\/span>*) et l\\'<strong>\u00e9cologie \u00e9thologique<\/strong>, qui s\\'int\u00e9resse aux organismes (<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'>bioc\u00e8ne<\/span><\/span><\/span>*\/<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'>bioc\u00e9nose<\/span><\/span>). Ces deux sous-domaines formeraient <i>toute<\/i> donc \u00e0 l\\'\u00e9cologie, mais le sens courant et actuel du terme, par le truchement du terme en vogue \"ecosyst\u00e8me*\", met essentiellement l\\'accent sur le premier domaine ; en r\u00e9alit\u00e9 l\\'\u00e9cobioc\u00e9nologie ne peut se passer de l\\'une ni de l\\'autre. Nous sommes donc aujourd\\'hui dans une impasse \u00e9pist\u00e9mologique, ou tout du moins dans un d\u00e9s\u00e9quilibre \u00e9pist\u00e9mologique, chose rare et \u00e9trange. | Selon Roger Molonier et Pierre Vignes 1971, \"L\\'<strong>Ecobioc\u00e9notique<\/strong> r\u00e9sulte de la confluence de deux grands courants scientifiques [...] Elle repr\u00e9sente l\\'aboutissement des sciences naturelles dites \"de terrain\" [...] elle ne saurait \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e un jour par une discinpline plus vaste. Elle constitue une limite vers laquelle tendent asymptotiquement, volontairement ou non, tous les efforts des naturalistes qui se vouent \u00e0 l\\'\u00e9tude du milieu.\" | L\\'\u00e9cologie n\\'est pas une science normale au sens de Kuhn+, mais une science complexe (sensu non-Morin+), qui s\\'adosse \u00e0 d\\'autres domaines du savoir : la g\u00e9ographie et la biologie, la syst\u00e9matique et la taxonomie, mais aussi la physique et la chimie, la climatologie, et bien entendue l\\'anthropologie et la sociologie, ainsi que la politique. | (Tout ce qui concerne le d\u00e9veloppement durable, la biodiversit\u00e9, l\\'\u00e9conomie verte, etc., bref tout ce qui int\u00e9resse de pr\u00e8s ou de loin l\\'\u00e9cologie politique rel\u00e8ve d\\'un autre domaine de l\\'\u00e9cologie comme science : histoire, politique, id\u00e9ologie, anthropomorphisme, \u00e9cocentrisme, anthropoc\u00e9nologie, catastrophologie ; elles ne nous int\u00e9ressent ici qu\\'\u00e0 la marge, ou par d\u00e9faut.)'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips10','Synonyme partiel de biochore*, biome*, bio\u00e8ce*, bioc\u00e8ne*, biotope*, grand habitat*, milieu* | Terme vernaculaire qui ne permet pas toujours la pr\u00e9cision, mais qui est extr\u00eamement pratique et parlant : l\\'habitat est le milieu de vie, la portion d\\'espace o\u00f9 se d\u00e9veloppe la vie, sous quelque forme que ce soit. Si l\\'on parle de population*, on pr\u00e9f\u00e8rera le terme de territoire ; si on parle de c\u00e9nose*, celui de biome* ou bio\u00e8ce*.'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips10','Synonyme partiel de biochore*, biome*, bio\u00e8ce*, bioc\u00e8ne*, biotope*, grand habitat*, milieu* | Terme vernaculaire qui ne permet pas toujours la pr\u00e9cision, mais qui est extr\u00eamement pratique et parlant : l\\'habitat est le milieu de vie, la portion d\\'espace o\u00f9 se d\u00e9veloppe la vie, sous quelque forme que ce soit. Si l\\'on parle de population*, on pr\u00e9f\u00e8rera le terme de territoire ; si on parle de c\u00e9nose*, celui de biome* ou bio\u00e8ce*.'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips10','Synonyme partiel de biochore*, biome*, bio\u00e8ce*, bioc\u00e8ne*, biotope*, grand habitat*, milieu* | Terme vernaculaire qui ne permet pas toujours la pr\u00e9cision, mais qui est extr\u00eamement pratique et parlant : l\\'habitat est le milieu de vie, la portion d\\'espace o\u00f9 se d\u00e9veloppe la vie, sous quelque forme que ce soit. Si l\\'on parle de population*, on pr\u00e9f\u00e8rera le terme de territoire ; si on parle de c\u00e9nose*, celui de biome* ou bio\u00e8ce*.'); <\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis le jura du monde Le Jura : dans mon esprit plein de repr\u00e9sentations erron\u00e9es et de certitudes vacillantes (comme tout un chacun), le Jura \u2014 avant d\u2019y mettre les pieds, c\u2019est le massif montagneux, perc\u00e9s de profondes vall\u00e9es, formant de ripides falaises, et couverte d\u2019une \u00e9paisse for\u00eat de conif\u00e8res ; ce paysage arctique abrite [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[17,21,14,15,19],"tags":[],"class_list":["post-312","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-au-bord-du-monde","category-poesie","category-textes","category-theme","category-theorie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/312","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=312"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/312\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":567,"href":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/312\/revisions\/567"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=312"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=312"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=312"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}