{"id":309,"date":"2018-05-07T17:34:53","date_gmt":"2018-05-07T15:34:53","guid":{"rendered":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/?p=309"},"modified":"2021-04-19T15:15:57","modified_gmt":"2021-04-19T13:15:57","slug":"terra","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/terra\/","title":{"rendered":"Terra"},"content":{"rendered":"<h3>De la strate<\/h3>\n<p>Le monde est fait de couches empil\u00e9es, des strates, et le territoire est la connaissance de ces strates, comme une coupe, un carottage, une part de g\u00e2teau.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019il a imagin\u00e9 construire une maison, l\u2019homme qui abandonne le giron des cavernes (dans les meilleurs des cas), reproduit la stratification qui est la seule et unique mesure du temps.<\/p>\n<p>Le mur, le tissu, le travail de la terre sont trois formes de stratifications qui domestiquent le temps. La mani\u00e8re du passage des heures sombres (la nuit, l\u2019hiver, la guerre ou la famine), tout comme le mythe, qui g\u00e9n\u00e8re l\u2019ordre physique et initie le corps social, sont deux formes de stratification qui domestiquent le temps.<\/p>\n<p>Le temps est de l\u2019espace stratifi\u00e9. Habiter, au sens d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire habiter sur le long temps, faire histoire, faire que la communaut\u00e9 poursuive la s\u00e9dimentation qui est son seul mouvement. S\u00e9diment = ciment.<\/p>\n<p>Les murets qui s\u00e9parent les parcelles, les clapiers, les pierriers sont une horloge. Les tressages, les cha\u00eenages, les tissages, les fascinages, les empilements, les appareillages, les assemblages sont des mesures du temps.<\/p>\n<p>Je pense que la forme des maison, le choix des mat\u00e9riaux, l\u2019usage des outils, les techniques de construction, sont des signaux forts d\u2019une culture, au m\u00eame titre que sa langue ou sa litt\u00e9rature, au m\u00eame titre que ses pratiques rituelles ou ses formes artistiques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Bords du monde<\/h3>\n<p>L\u2019identit\u00e9 d\u2019un territoire est difficile \u00e0 cerner. Les fronti\u00e8res, qui le d\u00e9limitent, sont difficiles \u00e0 tenir.<\/p>\n<p>J\u2019ai \u00e9crit ces pages en plusieurs occasions, et surtout en plusieurs lieux : dans tous les cas je me suis retrouv\u00e9, d\u2019un certain point de vue, au bord du monde.<\/p>\n<p>Dans le pays natal (dans ce pays sans nom entre Baronnies et Tricastin), \u00e0 l\u2019occasion de retrouvailles amicales ou familiales (voir ma m\u00e8re ou f\u00eater mon anniversaire, pour la premi\u00e8re fois avec de nombreux amis), ou de s\u00e9parations d\u00e9finitive (h\u00f4pitaux, enterrements) ou bien pour des missions professionnelles (\u00ab\u00a0animations nature\u00a0\u00bb pendant dix ann\u00e9es, inventaires naturalistes).<\/p>\n<p>A l\u2019occasion de diff\u00e9rentes r\u00e9sidences d&rsquo;\u00e9criture, \u00e0 Montpellier, dans le Haut-Jura, dans la r\u00e9gion Centre-Val de Loire, en Bretagne&#8230; ou encore de temps li\u00e9s <\/p>\n<p>Lors de missions naturalistes (botaniques ou malacologiques) en plusieurs lieux de France : dans les Alpes Maritimes, l&rsquo;Ain, l&rsquo;Essonne, l&rsquo;Aveyron, l&rsquo;Aude, le Cantal, l&rsquo;Aube, les Ardennes, la Marne et la Haute-Marne.<\/p>\n<p>J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9, j&rsquo;ai t\u00e2ch\u00e9 de rameuter les souvenirs, parfois lointains, de ces missions pour enrichir la perception du th\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral et commun \u00e0 ces textes : le territoire.<\/p>\n<p>Enfin en Italie, dont la proximit\u00e9 sentimentale et g\u00e9ographique att\u00e9nue la diff\u00e9rence, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, et permet l\u2019observation plus ou moins subjective, de la mani\u00e8re dont on peut s\u2019approprier un territoire.<\/p>\n<p>Bord du monde&#8230; hors du monde : dans la protection du nid, dans l\u2019\u00e9tranget\u00e9 d\u2019une r\u00e9sidence temporaire et souvent solitaire dans un pays de montagne, dans un pays de for\u00eats, dans un pays de plaines et de cultures, au bord du fleuve, proche de la fronti\u00e8re, dans le bruyant silence de la nature, dans le pays, dans les pays, dans les langues.<\/p>\n<p>Une dimension suppl\u00e9mentaire r\u00e9side dans l\u2019\u00e9cart, la distance, entre soi et les autres, qu\u2019il s\u2019agisse donc de familiers, de relations professionnelles, d\u2019habitants (d\u2019une soci\u00e9t\u00e9) \u00e0 l\u2019encontre desquels je vais, avec la t\u00e2che de les accompagner \u00e0 me pr\u00e9senter leur identit\u00e9 propre (m\u00eame diffract\u00e9e), et avec les \u00e9trangers. Cette dimension, si on veut, est politique, et s\u2019inscrit dans les \u00e9v\u00e8nements politiques du moment : crise de l\u2019occident, crise fran\u00e7aise, crise italienne&#8230; Elle n\u2019est pas forc\u00e9ment engag\u00e9e, au sens fort du terme, mais elle est toujours enrichissante, dans l\u2019\u00e9change, la confrontation, l\u2019accord ou le d\u00e9saccord sur ce qu\u2019il convient de faire pour faire soci\u00e9t\u00e9, pour vivre ensemble. En somme j&rsquo;interroge le vernaculaire.<\/p>\n<p>Le monde est une fiction et chacun se la raconte ; les miennes cherchent \u00e0 rendre compte, dans leur subjectivit\u00e9 assum\u00e9e, des lambeaux de territoires qui, ensemble, pourraient former communaut\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est une esp\u00e8ce d\u2019usine \u00e0 mythe, aujourd\u2019hui sans doute plus individualiste (il y a tant \u00e0 dire sur le mot d\u2019individu), voire corporatiste (pour ne pas dire tribale) que r\u00e9ellement collective. C\u2019est le prix \u00e0 payer de notre temps.<\/p>\n<p>Ces ensembles de lieux superpos\u00e9s, les histoires qu\u2019on s\u2019y raconte, ceci aussi est un assemblage, une stratification. Dans tous les cas, quelque chose se d\u00e9pose, illusions, secrets ou espoirs, et ce sont ces empreintes que, pour ma part, je vais d\u00e9rouler ici.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Des \u00e9l\u00e9ments<\/h3>\n<p>Ainsi se d\u00e9finit en premier lieu non pas un territoire mais l\u2019espace g\u00e9ographique : ses accidents g\u00e9ographiques. Le monde n\u2019est pas qu\u2019une grande plaine \u00e0 historier librement ; il y a des cassures, des barri\u00e8res, des difficult\u00e9s.<\/p>\n<p>Ainsi la roche, et ainsi l\u2019eau qui laissent leur empreinte partout dans l\u2019univers que nous r\u00e9sidons accidentellement et temporairement. Les deux \u00e9l\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>L\u2019air et le feu, lesquels font avec les deux autres, les quatre forces essentielles des anciens, suivent, mais suivent seulement.<\/p>\n<p>En un sens, l\u2019eau est le correspondant de la pierre, comme le feu est le correspondant de l\u2019air.<br \/>\nLe feu et l\u2019eau ne se peuvent domestiquer sans savoir-faire, c\u2019est-\u00e0-dire sans exp\u00e9rience, sans souffrance, sans imagination, sans langage.<\/p>\n<p>L\u2019air et la terre forment la maison, l\u2019abri : le feu et l\u2019eau en sont les sucres, les carburants.<\/p>\n<p>En un sens, je suis au bord du monde quand je consid\u00e8re avec le plus grand respect les quatre \u00e9l\u00e9mentaires. En un sens je suis au bord du monde, c\u2019est-\u00e0-dire quand je me tiens dans ce monde \u00e9l\u00e9mentaire : un monde arch\u00e9typal, un monde archa\u00efque. En un sens, je suis d\u2019avant la soci\u00e9t\u00e9, d\u2019avant m\u00eame les villes et les champs. En un sens, d\u2019avant la vie m\u00eame. El\u00e9mental.<\/p>\n<p>Je suis d\u2019avant Socrate et son souffleur Platon, avant Aristote, et tout ce qui s\u2019ensuit jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. Je suis au bord du monde avec les premiers philosophes de la Grande Gr\u00e8ce. Mon c\u0153ur g\u00eet \u00e0 Syracuse, Agrigente, et mes r\u00eaves \u00e0 Tarente et Crotone.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Philosophie et physosophie<\/h3>\n<p>C\u2019est une discussion au bord de la mer, sous un grillage de cigales, dans la chaleur estivale ; le soleil d\u00e9cro\u00eet doucement. Les activit\u00e9s se d\u00e9font. La nuit s\u2019installe ; quelque chien aboie. D\u00e9j\u00e0 plusieurs d\u2019entre nous dorment.<\/p>\n<p>La discussion concerne les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations, qu\u2019on dit hyperconnect\u00e9es et qu\u2019on sait compl\u00e8tement d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9es de ce qui se passe dans le monde. Elles inventent un monde nouveau, me dit-elle, et ne font pas que r\u00e9p\u00e9ter la rupture propre aux jeunes vis-\u00e0-vis de la soci\u00e9t\u00e9 qui les pr\u00e9c\u00e8de. Ils s\u2019en foutent, pacifiquement, comme de v\u00e9ritables hippies. Mais contrairement \u00e0 tous les autres, nous y compris qui sommes peut-\u00eatre moins responsables mais tout aussi impuissants et tout aussi ravageurs pour le monde, nous tous qui incarnons un monde mort, nous les zombies, eux, ils font leur chemin, ils agissent. Ils ne cherchent pas \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer des tr\u00e9sors \u00e0 pr\u00e9sent disparus, ils sont ailleurs ; dans les applications, dans la musique cor\u00e9enne, dans la mode, et dans une esp\u00e8ce de kawai g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 et bienveillant. Ils nous regardent mourir, ou d\u00e9mourir sans peine. Ils jouent un peu encore avec nous, ils ont l\u2019\u00e9cole, le travail, mais ils savent d\u00e9j\u00e0 que ceci ne sert plus \u00e0 rien. Ils ne nous sauveront pas, ils ne sauveront pas ce monde qu\u2019il jugent perdu, sans r\u00e9mission, sans solution (et en effet quelles-sont-elles ?).<\/p>\n<p>Tout ce que nous faisons, nous le faisons pour quelques-uns comme nous (corporation ou tribu, disais-je), et rien n\u2019a vraiment d\u2019effet positif sur le monde. Changer les choses ? Inutile, disait-elle. Tout au plus renseigner et se renseigner, dans un geste d\u2019arch\u00e9ologie, pourquoi pas ? L\u2019engagement politique comme une lecture arch\u00e9ologique. Pourquoi pas, disais-je ?<\/p>\n<p>Alors je me suis fait cette r\u00e9flexion, qu\u2019elle m\u2019abandonna, la jugeant toujours sans int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>Dans l\u2019histoire des civilisations humaines, on d\u00e9gage des \u00e8res, des clivages importants dans les guerres et les batailles, les destructions, les d\u00e9couvertes&#8230; Tout ceci permet de scander en effet les pouvoirs et les histoires que les pouvoirs d\u00e9cident d\u2019\u00e9crire. Mais j\u2019ai eu soudain l\u2019image, tr\u00e8s nette dans mon esprit (sans doute moins ici) que les grandes \u00e8res humaines pouvaient se r\u00e9sumer plut\u00f4t aux grands motifs de r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019espace (plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 une simple succession d\u2019\u00e9v\u00e8nements historiques sur une fl\u00e8che t\u00e9l\u00e9ologique) ; bien s\u00fbr il y a en jeu le rapport au sacr\u00e9, qui conditionne toute l\u2019\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire la mani\u00e8re d\u2019accepter la mort, mais je passe sur cela (d&rsquo;ailleurs ind\u00e9pendante du monde symbolique, ne caract\u00e9rise-t-elle pas simplement l&rsquo;\u00eatre humain ?).<\/p>\n<p>J\u2019en suis venu \u00e0 consid\u00e9rer qu\u2019il y a jusqu\u2019ici trois grandes r\u00e9gions (puisque <em>\u00e8re<\/em> ne convient pas) de l\u2019humanit\u00e9 et que se pr\u00e9pare la quatri\u00e8me. Ces r\u00e9gions, je les indique sous un nom grec qui associe le mode de relation au monde, et <em>-chore<\/em>, du grec <em>kh\u00f4ra<\/em>, territoire.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re est la r\u00e9gion des cavernes, et des chasseurs-cueilleurs, des mains rupestres et du chamanisme. C\u2019est la r\u00e9gion o\u00f9 probablement le langage n\u2019a pas la place qu\u2019il a aujourd\u2019hui \u2014 ce qui ne signifie pas bien s\u00fbr qu\u2019il ne joue aucun r\u00f4le, ni que l\u2019intelligence est moindre. Cette r\u00e9gion existe peut-\u00eatre chez certaines peuples d\u2019Amazonie, de Papouasie, du Cercle polaire&#8230; C\u2019est le monde o\u00f9 r\u00e8gnent les esprits, o\u00f9 les couloirs avec l\u2019autre monde existent et les communications sont possibles, voire n\u00e9cessaires. Je d\u00e9finirais cette p\u00e9riode comme <em>pneumochore<\/em> (de <em>pne\u00fbma<\/em>, l\u2019esprit).<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me est la n\u00f4tre. C\u2019est celle du langage roi, qui s\u2019exprime tr\u00e8s logiquement \u00e0 travers une religion, \u00e0 tendance monoth\u00e9iste, \u00e0 travers des soci\u00e9t\u00e9s r\u00e9gies par des fronti\u00e8res, le droit (qui est un texte), et toute une s\u00e9rie de points qui sont communs aux soci\u00e9t\u00e9s depuis l\u2019invention de l\u2019agriculture \u00e0 aujourd\u2019hui. Je sais que je vais \u00e0 l\u2019encontre des conceptions qui voient dans la Renaissance une rupture radicale et un changement de paradigme, mais \u00e0 force d\u2019observer le monde antique, de voir combien Auguste est le parent des Kennedy, Staline ou Mitterrand, de voir que les attentes et les int\u00e9r\u00eats n\u2019ont gu\u00e8re d\u00e9vi\u00e9 durant ce tr\u00e8s long cours, je trouve de plus en plus qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une seule et m\u00eame conception du monde : il est \u00e0 domestiquer, et avec lui tout ce qu\u2019il contient[1. L\u2019humanisme de la Renaissance, n\u2019est jamais qu\u2019un perfectionnement (une industrialisation : une machination, pourrait-on dire \u2014\u00a0une micromondialisation) de la pens\u00e9e du XII<sup>e<\/sup> au XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cles (h\u00e9riti\u00e8re de l\u2019Empire romain, apr\u00e8s la parenth\u00e8se barbare) : on traque les dieux, on les d\u00e9porte, on les extermine. L\u2019homme devient dieu, et la nature son paradis, comment dire, performatif&#8230; C\u2019est th\u00e9ocide.]. Il est anthropomorphique et anthropocentr\u00e9. Plus encore qu\u2019anthropoc\u00e8ne, je l\u2019appellerais <em>logochore<\/em> (de <em>logos<\/em>, le langage).<\/p>\n<p>J\u2019ai laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9 la deuxi\u00e8me p\u00e9riode, j\u2019y viens \u00e0 pr\u00e9sent, puisque c\u2019est d\u2019elle dont je me sens le plus proche. C\u2019est l\u2019\u00e9poque des Sophistes, mais aussi celle du Tao : non plus des soci\u00e9t\u00e9s avec chamans, mais pas encore des mondes aux oppositions binaires impos\u00e9es par le logos de Socrate-Platon et Aristote (et ce malgr\u00e9 leur diff\u00e9rences : ils pensent pareil). C\u2019est un monde organis\u00e9, o\u00f9 le langage joue un r\u00f4le central, mais o\u00f9 le principe de non-contradiction n\u2019est pas \u00e9rig\u00e9 en r\u00e8gle absolue. Effectivement c\u2019est le monde \u00e9trange et lointain de Pythagore, d\u2019H\u00e9raclite, qu\u2019on retrouve \u00e9galement chez Lao-Zi en Chine, mais aussi chez les mystiques chr\u00e9tiens comme Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Avila ou Jean de la Croix. Tr\u00e8s \u00e0 la mode parce que tr\u00e8s s\u00e9duisant, ce monde est pourtant visit\u00e9 avec trop de h\u00e2te et souvent consid\u00e9r\u00e9 plut\u00f4t pour son exotisme (qui est toujours l\u2019ailleurs des vaincus) que pour son identit\u00e9. Je l\u2019appellerai <em>psychochore<\/em> (de <em>psykh\u00e9<\/em>, \u00e2me).<\/p>\n<p>Eh bien il se trouve que le monde quatri\u00e8me qui s\u2019ouvre avec nos enfants qui ont aujourd\u2019hui jusqu\u2019\u00e0 15-20 ans est le monde o\u00f9 le langage n\u2019est plus d\u00e9terminant, mais bien plut\u00f4t l\u2019image, non pas au sens \u201cm\u00e9diatique\u201d largement glos\u00e9 dans les ann\u00e9es 50 \u00e0 70, mais l\u2019image en tant qu\u2019image, l\u2019image qui ne cache pas de r\u00e9alit\u00e9 seconde, l\u2019image qui n\u2019a pas de symbolisme particulier. L\u2019image comme rapport au monde et l\u2019image comme monnaie d\u2019\u00e9change. Trois mots au moins en grec pourraient nous \u00eatre utiles, et je ne sais pas ici encore le quel choisir : <em>eidol\u1ed1n<\/em> (idole), <em>eik\u1ed1n<\/em> (ic\u00f4ne), <em>ph\u00e1sma<\/em> ou <em>phastasma<\/em> (fant\u00f4me). J\u2019adopte (peut-\u00eatre temporairement) <em>eik\u1ed1n<\/em>, et d\u00e9signe ce monde comme <em>iconochore<\/em>.<\/p>\n<p>Pneumochore, psychochore, logochore ou iconochore, voici quatre mani\u00e8res d\u2019entrer en relation avec le monde \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire je le r\u00e9p\u00e8te, quatre mani\u00e8res de consid\u00e9rer la mort : par le souffle des esprits, par l\u2019\u00e2me principielle, par le langage binaire et par l\u2019image neutre.<\/p>\n<p>Il en existe peut-\u00eatre d\u2019autres, je ne les vois pas encore. Il y en aura d\u2019autres, sans aucun doute, comme d\u2019autres encore, disparues, nous seront inconnues \u00e0 jamais[1. Le monde des animaux, fond\u00e9 uniquement sur les sens, pourrait \u00eatre qualifi\u00e9 d\u2019<em>esth\u00e9sochore<\/em> (<em>a\u00edsth\u00easis<\/em>, perception, cinq sens) par exemple ; celui des plantes en grade partie sur la lumi\u00e8re du soleil, pourrait \u00eatre qualifi\u00e9 de <em>photochore<\/em> (<em>ph\u1ed7s<\/em>, lumi\u00e8re). On voit qu\u2019on peut appr\u00e9hender des r\u00e9alit\u00e9s toute diff\u00e9rentes.].<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>La succession des domaines<\/h3>\n<p>Comme on le voit, le plaisir (tr\u00e8s logochore) de r\u00e9aliser des typologies est pr\u00e9gnant. On peut se demander \u00e0 quoi cela peut servir, sinon dans ce d\u00e9sir d\u2019\u00e9claircissement, de mise au jour, qui est le propre de l\u2019arch\u00e9ologie.<\/p>\n<p>Je suis naturaliste : collectionneur par d\u00e9formation professionnelle, et m\u00eame chasseur pour ce que la collection est orient\u00e9e, je suis rompu aux listes, aux lexiques, aux statistiques. Les r\u00e9percutions logiques et esth\u00e9tiques sont nombreuses, et la lecture de ce texte, je le sais, n\u2019est ni facile, ni vraiment d\u00e9lectable. Ces mots me servent, toutefois, parce qu\u2019ils font un cadre pour mon infinie recherche ; ils me permettent, ce faisant, de progresser dans ma fouille, et r\u00e9aliser ce qui pourrait \u00eatre, en somme, une arch\u00e9ologie du territoire : une stratigraphie[1. Le grec, encore, a un mot pour les excavations assimilables aux fouilles : <em>orygma<\/em> (cf. <em>borborygme<\/em>, ce que dit la bourbe ?). Voil\u00e0 ce qu\u2019il en est de ces pages :, une stratigraphie, une <em>chrographie<\/em>, et ce texte un <em>chorygme<\/em>.].<\/p>\n<p>Le monde une accumulation, et le travail, au contraire, de plus en plus, est un travail d\u2019excavation, de taille, de retranchement, de soustraction.<br \/>\nL\u2019id\u00e9e, n\u2019est-ce pas, \u00e9tant peut-\u00eatre de toujours moins peser sur le monde.<\/p>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<p>Alors&#8230; creusons !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De la strate Le monde est fait de couches empil\u00e9es, des strates, et le territoire est la connaissance de ces strates, comme une coupe, un carottage, une part de g\u00e2teau. Lorsqu\u2019il a imagin\u00e9 construire une maison, l\u2019homme qui abandonne le giron des cavernes (dans les meilleurs des cas), reproduit la stratification qui est la seule [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[17,22,14,15,19],"tags":[],"class_list":["post-309","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-au-bord-du-monde","category-episteme","category-textes","category-theme","category-theorie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/309","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=309"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/309\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":352,"href":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/309\/revisions\/352"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=309"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=309"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=309"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}