{"id":770,"date":"2021-06-23T16:32:51","date_gmt":"2021-06-23T14:32:51","guid":{"rendered":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/?p=770"},"modified":"2024-05-15T09:53:22","modified_gmt":"2024-05-15T07:53:22","slug":"sciences-naturelles-sciences-humaines-avec-emmanuel-catteau","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/sciences-naturelles-sciences-humaines-avec-emmanuel-catteau\/","title":{"rendered":"Sciences naturelles = sciences humaines ? [avec Emmanuel Catteau]"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-size: xx-small;\"><b>[<em>Cap au seuil<\/em>|Sommaire rapide]<\/b> <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/avant-propos\/\">Avant propos<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/terraque-le-monde-1-dans-lespace\/\">espace<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/la-vie\/\">la vie<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/terraque-le-monde-2-a-la-maison\/\">monde<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/les-deux-ou-trois-ecologies\/\">les \u00e9cologies<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/pour-la-cenologie\/\"><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips4'>c\u00e9nologie<\/span><\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/sciences-naturelles-sciences-humaines-avec-emmanuel-catteau\/\">sciences naturelles<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/interlude\/\">interlude<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/nagoya-mon-amour\/\">protection de la nature<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/l-arbre-qui-plantait-des-hommes\/\">arbres<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/lanthropocene-contre-lhomme-lecocentrisme-contre-la-nature\/\">anthropoc\u00e8ne<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/lettre-a-ma-maman-sur-leffondrement\/\">catastrophe<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/mon-herbier-mon-coquillier\/\">herbier\/coquillier<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/ouverture-de-la-choreologie\/\">ouverture : r\u00e9gions naturelles<\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/pour-la-cenologie\/\">Pour la c\u00e9nologie<\/a> &lt; <strong>Sciences naturelles = sciences humaines ?<\/strong> &gt; <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/interlude\">Interlude. Naturaliste ?<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #992699;\">Texte publi\u00e9 le 23 juin 2021 et mis \u00e0 jour le 15 mai 2024 (19 r\u00e9visions).<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>La nature elle aussi cr\u00e9e des formes, elle imprime dans les objets dont elle est faite et aux forces dont elle les anime des figures et des sym\u00e9tries, si bien que l\u2019on s\u2019est complu quelquefois \u00e0 voir en elle l\u2019\u0153uvre d\u2019un Dieu artiste, d\u2019un Herm\u00e8s cach\u00e9, inventeur des combinaisons. Les ondes les plus t\u00e9nues et les plus rapides ont une forme. La vie organique dessine des spires, des orbes, des m\u00e9andres, des \u00e9toiles. Si je veux l\u2019\u00e9tudier, c\u2019est par la forme et par le nombre que je la saisis. Mais du jour o\u00f9 ces figures interviennent dans l\u2019espace de l\u2019art et dans ses mati\u00e8res propres, elles acqui\u00e8rent une valeur nouvelle, elles engendrent des syst\u00e8mes compl\u00e8tement in\u00e9dits.<br \/>\nHenri Focillon, <em>Vie des formes<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jamais les questions concernant la \u00ab nature \u00bb n\u2019ont re\u00e7u un tel \u00e9cho m\u00e9diatique<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_1');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_770_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[1]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_770_1_1\" class=\"footnote_tooltip\">Texte en partie publi\u00e9 dans <em>Carnets botaniques<\/em> n\u00b071, 2021.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_770_1_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_770_1_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script> : d\u00e9veloppement durable, biodiversit\u00e9, r\u00e9chauffement climatique et catastrophes en tous genres occupent une part importante du monde contemporain. Les sciences de l\u2019infiniment grand et de l\u2019infiniment petit, d\u00e9voilant les myst\u00e8res de l\u2019univers comme ceux de l\u2019ADN, suscitent l\u2019attention des penseurs comme des pol\u00e9mistes, des \u00e9lus comme des techniciens, du grand public, de tout un chacun en somme. Dans le m\u00eame temps, la dynamique des sciences du nombre ou de l\u2019information, rendue possible par les progr\u00e8s de l\u2019informatique et la g\u00e9n\u00e9ralisation de ses supports (machines, logiciels) et canaux (r\u00e9seaux sociaux), transporte et supporte cette diffusion.<\/p>\n<p>En parall\u00e8le, \u00e0 une \u00e9chelle interm\u00e9diaire, hors de l\u2019infiniment grand et de l\u2019infiniment petit, force est de constater un certain d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour les sciences naturelles, la fin de l\u2019apprentissage en zoologie ou en botanique, ou leur cantonnement \u00e0 la marge de certaines formations, la baisse des cr\u00e9dits, etc. L\u2019\u00e9ducation \u00e0 l\u2019environnement, pourtant sollicit\u00e9e par tous, devient, pour ses praticiens, de plus en plus difficile \u00e0 promouvoir dans un contexte de crise financi\u00e8re et de soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 risque. Tout se passe comme si, dans l\u2019imaginaire scientifique collectif, ces disciplines \u00e9taient pass\u00e9es de mode. Un article r\u00e9centJorge V., Katinas, Mar<span style=\"font-family: C059;\">\u00ed<\/span><span style=\"font-family: C059;\">a Jos\u00e9 <\/span>Apodaca &amp; Peter C. Hoch, \u00ab The End of Botany \u00bb, in <i>Trends in Plant Sciences<\/i> n\u00b025(12), p.1173-1176. dresse un sombre tableau de la situation naturalistes incapables de reconna\u00eetre des esp\u00e8ces banales, d\u00e9clin du nombre d\u2019\u00e9tudiants, fermetures de cursus et de formations, d\u00e9gradation des collections, dans le monde entier, deviennent la r\u00e8gle. Les auteurs pointent trois principales causes, pr\u00e9cis\u00e9ment celles dont nous parlons ci-apr\u00e8s :le r\u00e9ductionnisme effr\u00e9n\u00e9 qui conduit \u00e0 une sp\u00e9cialisation devenue incompatible avec une esp\u00e8ce de culture g\u00e9n\u00e9rale scientifique (notamment naturelle), la g\u00e9n\u00e9ralisation de la logique de march\u00e9 \u00e0 tous les niveaux de la recherche (des cr\u00e9dits allou\u00e9s \u00e0 la recherche \u00e0 la confiscation du savoir par les \u00e9diteurs priv\u00e9s), la m\u00e9fiance ou, pire, le d\u00e9dain pour les questions strictement linguistiques au c\u0153ur des sciences.<\/p>\n<p>Une petite musique tourne, qui souligne le caract\u00e8re obsol\u00e8te du naturalisme, de ses m\u00e9thodes, comme de son objet, comme si \u00e0 ce niveau tout \u00e9tait d\u00e9couvert.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Cadre \u00e9pist\u00e9mologique<\/h2>\n<p>Si on appelle <i>science<\/i> un ensemble de <i>connaissances<\/i> sur des <i>ph\u00e9nom\u00e8nes<\/i> obtenues par le biais d\u2019une <i>m\u00e9thode<\/i>, les sciences naturelles, qui s\u2019appliquent aux ph\u00e9nom\u00e8nes <i>de la nature<\/i>, se distinguent par leur objet d\u2019une part des sciences humaines, d\u2019autre part des sciences formelles.<\/p>\n<p>Les sciences de la nature, qui par leur objet ne sont ni des sciences formelles ni des sciences humaines, ne peuvent qu\u2019\u00eatre des sciences exp\u00e9rimentales. Or une partie des sciences naturelles, celles qui nous int\u00e9ressent au premier chef, bas\u00e9es sur la diagnose et la taxinomie, celles qu\u2019on regroupait jadis sous le terme d\u2019\u00ab histoire naturelle \u00bb, ne proc\u00e8dent pas selon une approche hypoth\u00e9tico-d\u00e9ductive, mais en partant de l\u2019analyse des faits, \u00e0 la mani\u00e8re des sciences humaines. Faut-il alors en conclure que, de par leur m\u00e9thode au moins, les sciences naturelles rel\u00e8vent des sciences humaines ? Peut-\u00eatre. Autrement dit, dans cette d\u00e9finition r\u00e9cente, l\u2019histoire naturelle a-t-elle disparu du radar \u00e9pist\u00e9mologique ?<\/p>\n<p>La d\u00e9marche d\u00e9ductive se pense empreinte de la plus grande objectivit\u00e9, puisqu\u2019une fois le dispositif exp\u00e9rimental mis en place l\u2019information \u00e9manerait \u00ab naturellement \u00bb de l\u2019objet \u00e9tudi\u00e9, information qu\u2019il s\u2019agirait simplement de collecter. Au contraire, la d\u00e9marche inductive admet une plus grande part de subjectivit\u00e9, puisque l\u2019information collect\u00e9e est fonction du lieu o\u00f9 l\u2019observateur pose son regard. Le r\u00f4le de l\u2019observateur est d\u00e9terminant : la r\u00e9alit\u00e9 envisag\u00e9e est donc fonction d\u2019un point de vue singulier.<\/p>\n<p>Cela peut para\u00eetre une \u00e9vidence, mais les sciences du vivant, plus que toutes autres, sont plus r\u00e9fractaires \u00e0 la pure objectivit\u00e9, notamment parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une approche qui peut appara\u00eetre <i>\u00e0 la fois<\/i> d\u00e9ductive (il y a bien un <i>dehors<\/i> que l\u2019on va traiter\u2026) et inductive (\u2026\u00e0 notre \u00e9chelle). Cette ind\u00e9cidabilit\u00e9 vient probablement du fait que l\u2019objet des sciences naturelles est le vivant, que le vivant est dynamique et que, en pratique, il est quasiment impossible \u00e0 d\u00e9finir (<a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/la-vie\/\">chapitre 2<\/a>). Comme de surcro\u00eet le chercheur est \u00e9galement un humain et donc un \u00eatre vivant, il est en quelque sorte juge et partie.<\/p>\n<blockquote><p>Et d\u2019ailleurs, en tant que vivant, l\u2019homme n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 la loi g\u00e9n\u00e9rale des vivants. Le <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips12'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips12'>milieu<\/span><\/span> propre de l\u2019homme c\u2019est le monde de sa perception, c\u2019est-\u00e0-dire le champ de son exp\u00e9rience pragmatique o\u00f9 ses actions, orient\u00e9es et r\u00e9gl\u00e9es par les valeurs immanentes aux tendances, d\u00e9coupent des objets qualifi\u00e9s, les situent les uns par rapport aux autres et tous par rapport \u00e0 lui. En sorte que l\u2019environnement auquel il est cens\u00e9 r\u00e9agir se trouve originellement centr\u00e9 sur lui et par lui<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_2');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_2');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_770_1_2\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[2]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_770_1_2\" class=\"footnote_tooltip\">Georges Canguilhem, <i>La Connaissance de la vie<\/i>, Vrin, 1952.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_770_1_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_770_1_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Cependant, induction et d\u00e9duction ne s\u2019opposent pas, mais s\u2019encha\u00eenent, c\u2019est-\u00e0-dire se succ\u00e8dent dans une relation syst\u00e9mique. Elles s\u2019associent \u00e0 une troisi\u00e8me m\u00e9thode, qui est l\u2019<i>abduction<\/i>, qui est la formulation d\u2019une hypoth\u00e8se sans assurance de r\u00e9ussite.<\/p>\n<p>L\u2019abduction rel\u00e8ve de l\u2019imagination, en cela qu\u2019elle proc\u00e8de d\u2019une formulation du type \u00ab en fonction des donn\u00e9es dont je dispose, j\u2019envisage que\u2026 \u00bb Cette \u00e9tape de la formulation de la question scientifique est d\u2019ordinaire pass\u00e9e sous silence, tout simplement parce qu\u2019elle est g\u00eanante : cet instant, le scientifique fait preuve de cr\u00e9ativit\u00e9, et la pertinence de sa question sera fonction de son exp\u00e9rience aussi intellectuelle que sensible. Une d\u00e9marche aussi subjective peut-elle \u00eatre s\u00e9rieuse ? On conna\u00eet la teneur du positivisme d\u2019Auguste Comte et sa c\u00e9l\u00e8bre formule : \u00ab l\u2019imagination ne doit jouer qu\u2019un r\u00f4le absolument subalterne, toujours aux ordres de l\u2019observation, comme dans les autres sciences \u00bb.<\/p>\n<p>Concernant les choses de la nature, en effet, ce rationalisme cart\u00e9sien rigide, qui a longtemps \u0153uvr\u00e9, n\u2019est sans doute pas tout \u00e0 fait mort. Pire, il revient, de mani\u00e8re subreptice, sous la forme d\u2019une id\u00e9ologie qui se dissimule derri\u00e8re des m\u00e9thodes et techniques, elles-m\u00eames en quelque sorte \u00ab d\u00e9c\u00e9r\u00e9br\u00e9es \u00bb, rendues absolument objectives gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019usage des math\u00e9matiques et de l\u2019informatique. Si \u00ab je pense donc je suis \u00bb, on peut alors se demander quel effet peut produire l\u2019exclusion du sujet que croit \u00ab incarner \u00bb la seule science positive (au pr\u00e9texte d\u2019une neutre et id\u00e9ale objectivit\u00e9). Doit-on en conclure que la science ne pense pas ? Que la science ne pense plus ?<\/p>\n<p>Nous nous heurtons \u00e0 un double paradoxe, qui trouve son fondement dans l\u2019histoire de la science. Descartes avait plac\u00e9 le sujet au c\u0153ur de la pens\u00e9e rationnelle<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_3');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_3');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_770_1_3\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[3]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_770_1_3\" class=\"footnote_tooltip\">Quand on reproche \u00e0 Descartes la c\u00e9l\u00e8bre formule \u00ab comme ma\u00eetre et possesseur de la nature \u00bb on \u00e9vacue peut-\u00eatre un peu vite que, disant cela, il propose de mani\u00e8re subtile de substituer \u00e0&nbsp;&#x2026; <span class=\"footnote_tooltip_continue\"  onclick=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_3');\">Continue reading<\/span><\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_770_1_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_770_1_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>. Quelques d\u00e9cennies plus tard, comme achevant le processus initi\u00e9 \u00e0 la Renaissance, l\u2019\u00e2ge des Lumi\u00e8res cherche \u00e0 affranchir les donn\u00e9es humaines de toute transcendance, r\u00e9affirmant par l\u00e0 la place centrale du sujet humain. C\u2019est le mot de Diderot \u00ab L\u2019homme est le terme unique d\u2019o\u00f9 il faut partir et auquel il faut tout ramener \u00bb. Ce faisant, on constate que l\u2019humanisme, en quelque sorte, se double d\u2019un in\u00e9vitable anthropocentrisme.<\/p>\n<p>Mais, dans le m\u00eame temps, cette libert\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 la science r\u00e9duit inexorablement la place centrale de l\u2019homme \u00e0 la portion congrue, aussi bien dans l\u2019univers que donc dans la nature. Parmi de multiples cons\u00e9quences d\u2019une telle op\u00e9ration (Freud allant jusqu\u2019\u00e0 se comparer \u00e0 Kant et Copernic comme \u00ab r\u00e9volutionnaire \u00bb d\u00e9sengageant la primaut\u00e9 du sujet pensant), l\u2019une d\u2019entre elles est m\u00e9thodologique : puisque la m\u00e9thode cart\u00e9sienne \u00e9tait d\u2019analyser le tout par ses parties, la prise en compte holistique du tout comme un tout, avec ses synergies, est n\u00e9glig\u00e9e, sinon mal-vue. Ce d\u00e9coupage n\u2019a pas manqu\u00e9 de retentir sur l\u2019organisation moderne de la science, fragment\u00e9e en une myriade de disciplines sourdes l\u2019une \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p>Ainsi les fondements holistes de l\u2019\u00e9cologie (<a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/pour-la-cenologie\/\">chapitre pr\u00e9c\u00e9dent<\/a>) sont-ils, peu \u00e0 peu, abandonn\u00e9s et, par un effet propre au d\u00e9veloppement des outils et techniques, l\u2019\u00e9cologie se concentre aujourd\u2019hui essentiellement sur l\u2019\u00e9valuation statistique et la mesure des \u00ab pertes et gains \u00bb d\u2019un mod\u00e8le \u00e9cosyst\u00e9mique consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une machine. Pire : la biologie en g\u00e9n\u00e9ral se d\u00e9sint\u00e9resse des \u00eatres vivants en tant que tels et l\u2019\u00e9cologie, h\u00e9riti\u00e8re des sciences naturelles, qui est justement transversale, est jug\u00e9e comme vague et g\u00e9n\u00e9raliste, quand la g\u00e9n\u00e9tique ou la biologie cellulaire et mol\u00e9culaire sont consid\u00e9r\u00e9es comme des disciplines de pointe. Cette hi\u00e9rarchie, et la conviction que toutes les esp\u00e8ces\/<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips10'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips10'>Habitats<\/span><\/span> sont d\u00e9crits, ont rejet\u00e9 le naturalisme hors de l\u2019universit\u00e9. Le naturalisme s\u2019est affirm\u00e9 dans le vaste mouvement d\u2019\u00e9mancipation de l\u2019homme par la science, \u00e0 la Renaissance (notamment gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019invention du macroscope et du microscope), en v\u00e9rit\u00e9 quand l\u2019homme s\u2019est affirm\u00e9 en tant qu\u2019homme, c\u2019est-\u00e0-dire en tant qu\u2019\u00ab \u00eatre relatif \u00bb. Tout concourt \u00e0 penser qu\u2019il ne saurait exister une nature sans homme\u2026 Mais c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que l\u2019homme est un \u00eatre <i>relatif <\/i>(et accessoirement qu\u2019il est dou\u00e9 de pens\u00e9e et de langage) que peut na\u00eetre une id\u00e9e, \u00e9minemment humaine, comme celles de \u00ab milieu \u00bb, d\u2019\u00ab environnement \u00bb et m\u00eame de \u00ab nature \u00bb.<\/p>\n<p>Ce sont les caract\u00e8res fondamentaux de l\u2019\u00eatre humain, les sens \u00ab augment\u00e9s \u00bb de la raison et de facult\u00e9 symbolique (m\u00e9moire\/imagination), par le truchement du langage, qui lui conf\u00e8rent cette posture de m\u00e9diateur entre le r\u00e9el et tout discours fait sur lui (ceci est valable pour les sciences naturelles, mais en r\u00e9alit\u00e9 pour tout discours sur le dehors, par quelque m\u00e9thode ou th\u00e9orie que ce soit).<br \/>\nSimplement, depuis plusieurs d\u00e9cennies et l\u2019apparition des mod\u00e8les notamment informatiques et cybern\u00e9tiques de traitement de l\u2019information, toute approche \u00ab sensible \u00bb du dehors semble \u00eatre devenue suspecte. Le r\u00f4le m\u00eame de l\u2019\u00eatre humain lui vaut l\u2019appellation d\u2019anthropoc\u00e8ne, pour ce qu\u2019il serait plus juste d\u2019appeler simplement capitalisme (d\u2019o\u00f9 la proposition de certains de parler plut\u00f4t de <i>capitaloc\u00e8ne ; <\/i>voir le chapitre 10).<\/p>\n<blockquote><p>Mais il faut alors se demander, d\u2019un point de vue philosophique, si l\u2019origine de la science ne rel\u00e8ve pas mieux son sens que les pr\u00e9tentions de quelques savants [\u2026] Car il faudrait admettre cette absurdit\u00e9 que la r\u00e9alit\u00e9 contient d\u2019avance la science de la r\u00e9alit\u00e9 comme une partie d\u2019elle-m\u00eame. Et l\u2019on pourrait alors se demander \u00e0 quel besoin de la r\u00e9alit\u00e9 pourrait bien correspondre l\u2019ambition d\u2019une d\u00e9termination scientifique de cette m\u00eame r\u00e9alit\u00e9<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_4');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_4');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_770_1_4\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[4]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_770_1_4\" class=\"footnote_tooltip\">Canguilhem, <i>op.cit.<\/i><\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_770_1_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_770_1_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Nous affirmons que le monde sans homme, pas plus d\u2019ailleurs que l\u2019homme sans monde, est une aporie. Et pour approcher le monde, les sciences naturelles, par leur position m\u00e9diane, ont le m\u00e9rite d\u2019inclure l\u2019homme, d\u2019assumer clairement et sereinement sa position immanente, en particulier dans l\u2019\u00e9poque troubl\u00e9e de la crise <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>\u00e9cologique<\/span>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Sciences naturelles<\/h2>\n<p>Dans l\u2019imaginaire collectif contemporain, le naturaliste est un homme de terrain plus ou moins amateur, plus ou moins po\u00e8te, pas sp\u00e9cialement savant ou technicien \u2013 alors qu\u2019il est le c\u0153ur m\u00eame de la compr\u00e9hension du vivant \u2013, en bref un doux r\u00eaveur muni d\u2019un marteau et de gouaches, d\u2019une loupe et d\u2019un carnet vierge, le tout dans une besace avec un quignon de pain et un morceau de fromage ; tout au mieux, un passionn\u00e9, un amateur \u00e9clair\u00e9, voire un collectionneur, un adepte des cabinets de curiosit\u00e9 ou un monsieur barbu \u00e0 l\u2019aise en latin\u2026<\/p>\n<p>La distinction entre g\u00e9n\u00e9raliste et sp\u00e9cialiste cr\u00e9e une tension, un conflit, l\u00e0 o\u00f9 jadis, au contraire, c\u2019est la plastique de l\u2019\u00ab honn\u00eate homme \u00bb qui \u00e9tait valoris\u00e9e. Ce terme \u00e9volue, entre Montaigne et Descartes, en passant par le XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, pour aboutir, si l\u2019on veut, \u00e0 la notion de \u2018philosophe\u2019 du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. On conna\u00eet l\u2019interp\u00e9n\u00e9tration des savoirs \u00e0 cette \u00e9poque. On est d\u2019accord avec Diderot :<\/p>\n<blockquote><p>Et je dis heureux le g\u00e9om\u00e8tre, en qui une \u00e9tude consomm\u00e9e des sciences abstraites n\u2019aura point affaibli le go\u00fbt des beaux-arts ; \u00e0 qui Horace et Tacite seront aussi familiers que Newton ; qui saura d\u00e9couvrir les propri\u00e9t\u00e9s d\u2019une courbe, et sentir les beaut\u00e9s d\u2019un po\u00e8te ; dont l\u2019esprit et les ouvrages seront de tous les temps, et qui aura le m\u00e9rite de toutes les acad\u00e9mies ! Il ne se verra point tomber dans l\u2019obscurit\u00e9 ; il \u2019aura point \u00e0 craindre de survivre \u00e0 sa renomm\u00e9e<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_5');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_5');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_770_1_5\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[5]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_770_1_5\" class=\"footnote_tooltip\"><i>Pens\u00e9e sur l\u2019interpr\u00e9tation de la nature<\/i>, sl., 1754.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_770_1_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_770_1_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>.<\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019homme, devant l\u2019immensit\u00e9 et la multiplicit\u00e9 des formes du r\u00e9el, a eu pour ambition de d\u00e9crire les choses et, parmi elles, les innombrables formes du vivant. Aristote propose une premi\u00e8re classification, en particulier pour des animaux (<i>Histoire des animaux<\/i>), et son \u00e9l\u00e8ve Th\u00e9ophraste se chargera des v\u00e9g\u00e9taux avec ses <i>Recherches sur les <\/i><i>plantes<\/i> \u00ab La premi\u00e8re et la principale classe, celle qui comprend toutes ou presque toutes les plantes sont les arbres, les arbrisseaux, les sous-arbrisseaux et les herbes \u00bb, \u00e9crit-il (faisant \u0153uvre d\u2019une acuit\u00e9 toute \u00e9cologique qui rappelle \u00e0 notre regard contemporain la typologie de Christen Raunki\u00e6r !). Pline l\u2019Ancien, peu apr\u00e8s, a cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9laborer un premier v\u00e9ritable syst\u00e8me, une somme encyclop\u00e9dique, en trente-sept volumes, enti\u00e8rement conserv\u00e9e, intitul\u00e9e <i>Histoire naturelle<\/i>, \u00ab histoire \u00bb ou lus exactement \u00ab enqu\u00eate \u00bb ou \u00ab recherches \u00bb (au sens \u00e9tymologique de <i>Historia<\/i>), qui d\u00e9bordent largement d\u2019ailleurs la nature en tant que telle et touche aussi bien \u00e0 la g\u00e9ographie qu\u2019\u00e0 l\u2019anthropologie, aux sciences qu\u2019aux cultes.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, les termes d\u2019histoire naturelle \u00bb ou de \u00ab science naturelle \u00bb sont eux-m\u00eames de large acception ; jusqu\u2019\u00e0 leur r\u00e9organisation \u00e0 l\u2019\u00e9poque classique, ils recouvraient une r\u00e9alit\u00e9 plus vaste que ce qu\u2019ils pourraient recouvrir aujourd\u2019hui (s\u2019ils \u00e9taient plac\u00e9s comme jadis au m\u00eame \u2018rang\u2019 que ceux de math\u00e9matique, physique ou philosophie), puisqu\u2019ils rassemblaient aussi bien la zoologie et la botanique (ses deux piliers si l\u2019on veut) que la min\u00e9ralogie, la g\u00e9ologie, mais encore la m\u00e9t\u00e9orologie ou l\u2019astronomie, toutes sciences qui s\u2019int\u00e9ressent finalement \u00e0 tout ce qui est la manifestation du dehors.<\/p>\n<p>Aristote, Th\u00e9ophraste ou Pline ne sont sans doute pas les premiers \u2018naturalistes\u2019 de l\u2019histoire, mais ils conf\u00e8rent aux sciences naturelles une ambition encyclop\u00e9dique qui en fait aussi une esp\u00e8ce d\u2019explication du monde, de <i>cosmogonie<\/i> deux mille ans plus tard, il ne tiendra qu\u2019aux \u00ab honn\u00eates hommes \u00bb de l\u2019apr\u00e8s-Renaissance de reprendre le flambeau apr\u00e8s la parenth\u00e8se pr\u00e9humaniste qui avait remis\u00e9 l\u2019homme (et donc, semble-t-il, du m\u00eame coup, la nature) au placard des dieux. Il n\u2019y a pas jusqu\u2019au Mus\u00e9um national d\u2019histoire naturelle de Paris (MNHN) qui n\u2019indique, dans son manifeste, qu\u2019une partie des sciences humaines appartient aux sciences de la nature<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_6');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_6');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_770_1_6\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[6]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_770_1_6\" class=\"footnote_tooltip\">Manifeste du museum &#8211; quel futur sans nature ? Co\u00e9dition Reliefs \/ Mus\u00e9um National d\u2019Histoire naturelle, 2017. On remarque que le titre du premier manifeste, Quel futur sans nature, est&nbsp;&#x2026; <span class=\"footnote_tooltip_continue\"  onclick=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_6');\">Continue reading<\/span><\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_770_1_6').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_770_1_6', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script> :<\/p>\n<blockquote><p><i>L\u2019histoire naturelle, source de connaissances, observe et compare toutes les composantes du monde min\u00e9ral, v\u00e9g\u00e9tal, animal, ainsi que la diversit\u00e9 humaine dans ses dimensions biologiques et sociales. Elle a pour r\u00f4le d\u2019identifier et de conserver tous les objets de r\u00e9f\u00e9rence constituant le grand dictionnaire de la nature<\/i>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Mais avant cela d\u00e9j\u00e0, toutefois, peu \u00e0 peu, le terme de <i>science naturelle<\/i> remplace le terme d\u2019<i>histoire naturelle<\/i>, jug\u00e9 peu moderne (ou peu s\u00e9rieux) et si, en toute logique, les sciences naturelles devraient recouvrir \u00e0 la fois les sciences de la terre, celles de la vie et celles de la mati\u00e8re, cette derni\u00e8re s\u2019est tr\u00e8s vite d\u00e9gag\u00e9e de ce giron (au moins dans l\u2019opinion commune) pour rejoindre les sciences formelles (la physique \u00ab brute \u00bb se pr\u00eate aux mod\u00e9lisations math\u00e9matiques). G\u00e9ologie et biologie formeraient donc le socle de cette science (et le mat\u00e9riau des nombreux mus\u00e9ums d\u2019histoire naturelles) et seraient regroup\u00e9es dans l\u2019enseignement scolaire sous le sigle de SVT (Sciences de la Vie et de la Terre) depuis les programmes scolaires de 1993.<\/p>\n<p>Cette derni\u00e8re appellation semble claire et pr\u00e9cise, mais l\u2019irruption de l\u2019\u00e9cologie (une irruption lente, il est vrai) vient mettre un peu de d\u00e9sordre suppl\u00e9mentaire les \u00e9tudes sur les populations, sur les \u00e9changes d\u2019\u00e9nergie et de mati\u00e8re au sein des \u00e9cosyst\u00e8mes, sans parler des applications techniques ou des id\u00e9ologies politiques supplantent peu \u00e0 peu les \u00ab le\u00e7ons de choses \u00bb, la lecture des flores, les sorties p\u00e9dagogiques. Et, si nous avons dit plus haut que le mot de \u00ab nature \u00bb paraissait trop vague, il n\u2019a pas fallu attendre longtemps pour comprendre le b\u00e9n\u00e9fice que l\u2019on pouvait tirer (en termes m\u00e9thodologiques et didactiques) de ceux d\u2019\u00ab <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips1'>\u00e9cosyst\u00e8me<\/span> \u00bb, puis, aujourd\u2019hui, de \u00ab biodiversit\u00e9 \u00bb. Ainsi donc arrive-t-on \u00e0 la d\u00e9finition selon laquelle les sciences naturelles sont \u00ab l\u2019ensemble form\u00e9 par les sciences de la vie et celles de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me ayant permis l\u2019\u00e9closion de la vie<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_7');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_7');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_770_1_7\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[7]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_770_1_7\" class=\"footnote_tooltip\">Daniel Andler, Anne Fagot-Largeault &amp; Bertrand Saint-Sernin, <i>Philosophie des sciences<\/i> t.1., Gallimard, 2004.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_770_1_7').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_770_1_7', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script> \u00bb. Ainsi donc, dans l\u2019ordre d\u2019une th\u00e9orie de la connaissance, la science naturelle englobe biologie et <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>\u00e9cologie<\/span>. Mais dans cet ensemble, on peut se demander o\u00f9 sont pass\u00e9s le naturalisme et le naturaliste ?<\/p>\n<p>La base m\u00eame du naturalisme est le catalogue des formes du monde, qu\u2019il soit non-vivant, <i>inerte<\/i>, ou vivant (<i>solerte <\/i> ?). La premi\u00e8re qualit\u00e9 de l\u2019observation est de permettre une premi\u00e8re classification, m\u00eame grossi\u00e8re (il faut bien commencer quelque part), la taxonomie. Le naturalisme est, \u00e0 premi\u00e8re vue, une super-classification du r\u00e9el et se pose justement comme <i>cosmos<\/i> face au <i>chaos<\/i> du monde (d\u2019o\u00f9 son c\u00f4t\u00e9 g\u00e9n\u00e9raliste, mais pour tout dire holiste cosmologique). Buffon le savait d\u00e9j\u00e0 :<\/p>\n<blockquote><p>Mais lorsqu\u2019on est parvenu \u00e0 rassembler des \u00e9chantillons de tout ce qui peuple l\u2019Univers, lorsqu\u2019apr\u00e8s bien des peines on a mis dans un m\u00eame lieu des mod\u00e8les de tout ce qui se trouve r\u00e9pandu avec profusion sur la terre, &amp; qu\u2019on jette pour la premi\u00e8re fois les yeux sur ce magasin rempli de choses diverses, nouvelles &amp; \u00e9trang\u00e8res, la premi\u00e8re sensation qui en r\u00e9sulte, est un \u00e9tonnement m\u00eal\u00e9 d\u2019admiration, &amp; la premi\u00e8re r\u00e9flexion qui suit, est un retour humiliant sur nous-m\u00eames. On ne s\u2019imagine pas qu\u2019on puisse avec le temps parvenir au point de reconno\u00eetre tous ces diff\u00e9rens objets, qu\u2019on puisse parvenir non seulement \u00e0 les reconno\u00eetre par la forme, mais encore \u00e0 s\u00e7avoir tout ce qui a rapport \u00e0 la naissance, la production, l\u2019organisation, les usages, en un mot \u00e0 l\u2019histoire de chaque chose en particulier cependant, en se familiarisant avec ces m\u00eames objets, en les voyant souvent, &amp;, pour ainsi dire, sans dessein, ils forment peu \u00e0 peu des impressions durables, qui bien t\u00f4t se lient dans notre esprit par des rapports fixes &amp; invariables ; &amp; de-l\u00e0 nous nous \u00e9levons \u00e0 des v\u00fbes plus g\u00e9n\u00e9rales, par lesquelles nous pouvons embrasser \u00e0 la fois plusieurs objets diff\u00e9rens ; c\u2019est alors qu\u2019on est en \u00e9tat d\u2019\u00e9tudier avec ordre, de r\u00e9fl\u00e9chir avec fruit, &amp; de se frayer des routes pour arriver \u00e0 des d\u00e9couvertes utiles<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_8');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_8');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_770_1_8\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[8]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_770_1_8\" class=\"footnote_tooltip\">Georges-Louis Leclerc de Buffon, <i>Histoire Naturelle, g\u00e9n\u00e9rale et particuli\u00e8re<\/i>, Imprimerie Royale, 1749-1767.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_770_1_8').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_770_1_8', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script><\/p><\/blockquote>\n<p>Cette op\u00e9ration de composition est inh\u00e9rente \u00e0 la pratique on ne classe par pur plaisir, mais pour d\u00e9gager un syst\u00e8me. En quelque sorte cette cosmogonie n\u2019est pas en qu\u00eate de transcendance, en premier parce qu\u2019elle part du terrain, en second lieu parce qu\u2019elle passe par le point de vue de l\u2019observateur. En tout \u00e9tat de cause, elle se concentre sur les qualit\u00e9s des formes \u00e9tudi\u00e9es (les caract\u00e8res) et, dans un second temps seulement, proc\u00e8de \u00e0 leur mesure. Encore que leur mesure n\u2019a pas valeur d\u2019absolu, mais est toute relative, et par ricochet ces valeurs deviennent donc elles-m\u00eames des caract\u00e8res (des qualit\u00e9s).<\/p>\n<p>Incapables de nous r\u00e9soudre \u00e0 l\u2019id\u00e9e que la science, la \u2018vraie\u2019, n\u2019aurait de religion que celle des nombres et que tout ce qui ne rel\u00e8verait pas du chiffre basculerait inexorablement dans des discours impr\u00e9cis et, peu s\u2019en faut, pratiquement incantatoires ou superstitieux, nous rejoignons pleinement Francis Hall\u00e9, qui insiste beaucoup sur ce point, consacrant un chapitre entier sur la forme, toujours au sujet de la plante (mais ce pourrait \u00eatre ici un animal ou une roche) dans <i>\u00c9loge de la plante<\/i>.<\/p>\n<blockquote><p>Bien entendu, la somme des informations fournies par l\u2019ensemble des approches quantitatives finirait \u00e0 la longue, et \u00e0 condition qu\u2019il se trouve quelqu\u2019un pour en faire la synth\u00e8se, par constituer un corpus de connaissances d\u2019une valeur in\u00e9galable en ce qui concerne la plante en question [puisqu\u2019ici il parle de la forme des plantes]. Mais cette proposition comporte une bonne partie d\u2019utopie il est plus efficace d\u2019appr\u00e9hender la forme que de se limiter \u00e0 l\u2019un quelconque de ces travaux analytiques, surtout si ce dernier n\u2019est pas accompagn\u00e9 \u2014 et c\u2019est, h\u00e9las, souvent le cas \u2014 d\u2019un regard sur la plante. Existe-t-il, concernant la plante, un r\u00e9sultat quantitatif de quelque importance qui ne se trouve transcrit dans sa forme<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_9');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_9');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_770_1_9\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[9]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_770_1_9\" class=\"footnote_tooltip\">Francis Hall\u00e9, <i>\u00c9loge de la plante<\/i>, Le Seuil, 1999.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_770_1_9').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_770_1_9', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script><\/p><\/blockquote>\n<h3>Syst\u00e8me<\/h3>\n<p>Si l\u2019on cherchait \u00e0 faire entrer la ou les biologie(s) dans une th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale du syst\u00e8me \u00e0 la Bertalanffy, nous pourrions dessiner ici le tableau synth\u00e9tique et n\u00e9cessairement simplificateur d\u2019une partie du savoir, \u00e0 savoir les sciences (Bertalanffy s\u00e9parait simplement Philosophie \u2013 Science \u2013 Technique<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_10');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_10');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_770_1_10\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[10]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_770_1_10\" class=\"footnote_tooltip\">Ludwig von Bertalanffy, <i>Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale des syst\u00e8mes<\/i>, Dunod, 1968 [1973].<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_770_1_10').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_770_1_10', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>), mais en y incluant les sciences humaines et en s\u00e9parant sciences formelles et sciences naturelles, afin de rep\u00e9rer o\u00f9 se trouvent ces derni\u00e8res (tableau). Ce tableau n\u2019est pas seulement n\u00e9cessairement simplificateur, il est aussi abstrait, mais il cherche \u00e0 rassembler, autant que faire se peut, les diff\u00e9rents caract\u00e8res des sciences sur la base de la tripartition \u00e9voqu\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment. Dans ce tableau, l\u2019encha\u00eenement <i>cause &gt; instant &gt; effet<\/i> n\u2019est pas seulement temporel ; il peut l\u2019\u00eatre, mais d\u2019autres syst\u00e8mes de relation peuvent \u00eatre imagin\u00e9s. Le point central, l\u2019instant, est le point nodal o\u00f9 se heurtent \u00e0 la fois la lecture et l\u2019\u00e9criture, le subjectif et l\u2019objectif, et \u00e9videmment les causes et les effets. En effet ce point est, en pratique, ind\u00e9finissable : l est non localisable, insituable ; i est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui cesse d\u2019\u00eatre en \u00e9tant. De fait, il se confond, en quelque sorte, avec l\u2019individu (d\u2019une esp\u00e8ce, quelle qu\u2019elle soit), qui croise son destin personnel (son autonomie) avec celui de l\u2019esp\u00e8ce \u00e0 laquelle il appartient (et en ce sens, il appara\u00eet logiquement comme d\u00e9termin\u00e9). L\u2019individu cumule lui aussi les dimensions causales, temporelles, spatiales. Et de fait, en quelque sorte, on peut se repr\u00e9senter abstraitement cette dimension paradoxale de l\u2019instant comme une esp\u00e8ce de pli dans la toile du r\u00e9el, une esp\u00e8ce de chas d\u2019o\u00f9 toute r\u00e9alit\u00e9 humainement repr\u00e9sentable proc\u00e8derait (du fait m\u00eame de l\u2019\u00e9cart creus\u00e9 d\u2019avec lui par le langage).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table width=\"604\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"4\">\n<colgroup>\n<col width=\"135\" \/>\n<col width=\"7\" \/> <\/colgroup>\n<colgroup>\n<col width=\"136\" \/> <\/colgroup>\n<colgroup>\n<col width=\"136\" \/> <\/colgroup>\n<colgroup>\n<col width=\"7\" \/> <\/colgroup>\n<colgroup>\n<col width=\"135\" \/> <\/colgroup>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"135\"><\/td>\n<td width=\"7\"><\/td>\n<tdcolspan=\"2\" width=\"279\">\n<b>Dehors (r\u00e9el)<\/b>\n<\/td>\n<td width=\"7\"><\/td>\n<td width=\"135\">\n<b>Humain<\/b>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"135\"><\/td>\n<td width=\"7\"><\/td>\n<tdcolspan=\"2\" width=\"279\">\n<b>OBJET<\/b>\n<\/td>\n<td width=\"7\"><\/td>\n<td width=\"135\">\n<b>SUJET<\/b>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"135\"><\/td>\n<td width=\"7\"><\/td>\n<td width=\"136\">\n<b>Sciences formelles<\/b>\n<\/td>\n<td width=\"136\">\n<b>Sciences naturelles<\/b>\n<\/td>\n<td width=\"7\"><\/td>\n<td width=\"135\">\n<b>Sciences humaines<\/b>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"135\"><\/td>\n<td width=\"7\"><\/td>\n<td width=\"136\">\n<i>Non visible (code)<\/i>\n<\/td>\n<td width=\"136\">\n<i>Visible (forme)<\/i>\n<\/td>\n<td width=\"7\"><\/td>\n<td width=\"135\">\n<i>non visible &lt;&gt; visible (symbole ou signe)<\/i>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"135\">\n<b>Causes (lois)<\/b>\n<\/td>\n<td width=\"7\"><\/td>\n<td width=\"136\">\nLogique<br \/>\nPhysique (dont g\u00e9n\u00e9tique)\n<\/td>\n<td width=\"136\">\nBiologie (physiologie)\n<\/td>\n<td width=\"7\"><\/td>\n<td width=\"135\">\nGuerre\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"135\">\n<b>Instant (\u00e9tant)<\/b>\n<\/td>\n<td width=\"7\"><\/td>\n<td width=\"136\">\nSyst\u00e9matique\n<\/td>\n<td width=\"136\">\nBotanique, Zoologie<br \/>\nBioc\u00e9notique\n<\/td>\n<td width=\"7\"><\/td>\n<td width=\"135\">\nProduction\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"135\">\n<b>Effets (chiffres)<\/b>\n<\/td>\n<td width=\"7\"><\/td>\n<td width=\"136\">\nInformatique<br \/>\nStatistique\/Maths\n<\/td>\n<td width=\"136\">\n<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>Ecologie<\/span>\n<\/td>\n<td width=\"7\"><\/td>\n<td width=\"135\">\nSacr\u00e9\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"135\"><\/td>\n<td width=\"7\"><\/td>\n<td width=\"136\">\n<i>G\u00e9nom(\u00e8n)e<\/i>\n<\/td>\n<td width=\"136\">\n<i>Ph\u00e9nom\u00e8ne<\/i>\n<\/td>\n<td width=\"7\"><\/td>\n<td width=\"135\">\n<i>Noum\u00e8ne<\/i>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"135\"><\/td>\n<td width=\"7\"><\/td>\n<td width=\"136\">\n<b>D\u00e9duction<\/b><br \/>\n<b>(lecture)<\/b>\n<\/td>\n<td width=\"136\">\n<b>Induction<\/b><br \/>\n<b>(\u00e9criture)<\/b>\n<\/td>\n<td width=\"7\"><\/td>\n<td width=\"135\">\n<b>Abduction<\/b><br \/>\n<b>Herm\u00e9neutique<\/b><br \/>\n<b>(lecture&lt;&gt;\u00e9criture)<\/b>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 la droite du tableau, les sciences humaines pourraient \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9es par les trois fonctions classiques dum\u00e9ziliennes, couvrant les grands domaines de l\u2019humain. De plus ce tableau n\u2019est pas lin\u00e9aire, mais doit \u00eatre compris comme un extrait d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 plus vaste, comme le d\u00e9tail d\u2019un planisph\u00e8re une repr\u00e9sentation des domaines du savoir plus juste serait probablement sph\u00e9rique, chaque domaine, peu ou prou, contigu \u00e0 un ou <i>n<\/i> autre(s). Comme l\u2019Univers d\u2019ailleurs, ce domaine serait \u00e0 la fois en expansion et muni de trous noirs, zones o\u00f9 le savoir s\u2019effondre, tout comme de trous de ver, passages entre savoirs.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, en v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est une infinie spirale qui est en jeu et le tableau pourrait encore se dupliquer ou tripliquer. Le n\u00f4tre se voit flanqu\u00e9, de part et d\u2019autre, d\u2019un tableau similaire, \u00e0 droite pour la philosophie (on voit alors le redoublement par rapport aux sciences humaines), \u00e0 gauche pour la technique (m\u00eame remarque), l\u2019ensemble s\u2019organisant encore par le biais du logos, du \u00ab discours-sur \u00bb \u00c0 la trichotomie :<\/p>\n<p align=\"center\">Technique &lt;&gt; Science &lt;&gt; Philosophie<\/P><\/p>\n<p>se surajoute l\u2019\u00e9tude de chacun de ces domaines (<i>logos<\/i> = \u00ab discours sur \u00bb) :<\/p>\n<p align=\"center\">\u21d2 <i>Technologie &lt;&gt; \u00c9pist\u00e9mologie &lt;&gt; Axiologie, etc.<\/i><\/P><\/p>\n<p>Ainsi donc, et pour synth\u00e9tiser ces derniers points, on pourrait concevoir les sciences naturelles \u00e0 mi-chemin entre les sciences formelles et les sciences humaines. Ou mieux \u00e0 la fois comme une science formelle \u2013 une diagnose (au sens de la description objective des structures et fonctions de son objet, la nature) et une science humaine \u2013 une taxinomie (une classification impliquant donc une d\u00e9nomination, ancr\u00e9e dans le langage, mais aussi un point de vue et des choix, ancr\u00e9s dans le locuteur\/la langue). Dit autrement, \u00e0 la fois une lecture et une \u00e9criture :une sch\u00e9matisation d\u2019une part, une po\u00e9sie de l\u2019autre, en un mot : une herm\u00e9neutique, qui doit prendre toutes les pr\u00e9cautions m\u00e9thodiques mais ne peut faire abstraction de la subjectivit\u00e9 du <i>chercheur <\/i>(ou de l\u2019auteur). C\u2019est enfin une morphologie et une physique : une lecture des formes, ouvrant sur une description des processus.<br \/>\nDans l\u2019imaginaire collectif, on voit la figure du math\u00e9maticien ou du philosophe qui ne rechigne pas \u00e0 la po\u00e9sie, \u00e0 la sensibilit\u00e9 on nous explique que l\u2019imaginaire et la sensibilit\u00e9 sont n\u00e9cessaires \u00e0 leur puissante r\u00e9flexion\u2026 Voir les \u00ab types \u00bb que sont devenus Bachelard, ou Einstein. En v\u00e9rit\u00e9 la science est souvent plus aride. Et cette rigueur s\u00e8che, positiviste, est en r\u00e9alit\u00e9 ce qui est en train d\u2019envahir tout le champ du savoir : qu\u2019on songe \u00e0 l\u2019\u00e9conomie, mais encore aux sciences humaines elles-m\u00eames, sans parler \u00e9videmment d\u2019un savoir hybride comme la m\u00e9decine. On en vient au constat de Maurice Merleau-Ponty, qui r\u00e9sonne comme avec l\u2019ing\u00e9nuit\u00e9 de l\u2019aveu ou la surprise de l\u2019\u00e9vidence : \u00ab La science manipule les choses et renonce \u00e0 les habiter<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_11');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_11');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_770_1_11\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[11]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_770_1_11\" class=\"footnote_tooltip\">Maurice Merleau-Ponty, <i>La Prose du monde, <\/i>Gallimard, 1969.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_770_1_11').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_770_1_11', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script> \u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est cela que font les naturalistes : la relation du monde sauvage, la description la plus pr\u00e9cise possible de ses \u00e9l\u00e9ments, de ses \u00e9v\u00e8nements, usant pour cela de m\u00e9thodes r\u00e9fl\u00e9chies et \u00e9prouv\u00e9es (inventaires, \u00e9chantillonnages, etc.) et s\u2019autorisant, selon le cas, une vision partielle ou une vision holiste (la taxinomie permet cela), un compte-rendu po\u00e9tique (la morphologie permet cela). En v\u00e9rit\u00e9 ces d\u00e9rives ou ces licences font partie du m\u00e9tier.<\/p>\n<h3>Forme et force<\/h3>\n<p>En \u00e9voquant la morphologie, les sciences naturelles comprises comme une morphologie, nous rejoignons Francis Hall\u00e9 lorsqu\u2019il insiste, dans<i> \u00c9loge de la plante<\/i>,<i> <\/i>sur la n\u00e9cessit\u00e9 de consid\u00e9rer la morphologie au moins au m\u00eame titre que les univers invisibles qui int\u00e9ressent la g\u00e9n\u00e9tique. Nous souscrivons de fait \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019avait \u00e9nonc\u00e9e Marcel Guinochet dans <i>Phytosociologie <\/i>lorsqu\u2019il \u00e9crivait que \u00ab la Syst\u00e9matique a toujours repos\u00e9 et repose encore avant tout sur la morphologie, c\u2019est-\u00e0-dire sur l\u2019\u00e9tude de la configuration et de la structure externe des organismes souvent, d\u2019ailleurs, compl\u00e9t\u00e9e de donn\u00e9es sur les couleurs, odeurs, go\u00fbts, toucher<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_12');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_12');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_770_1_12\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[12]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_770_1_12\" class=\"footnote_tooltip\">Marcel Guinochet, <i>Phytosociologie<\/i>, Masson, 1973.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_770_1_12').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_770_1_12', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>. \u00bb<\/p>\n<p>La forme est le fruit des n\u00e9cessit\u00e9s disons ontologiques de l\u2019\u00eatre (qu\u2019il soit d\u2019ailleurs vivant ou non vivant), le fruit de toutes les contraintes, les causes et les cons\u00e9quences que l\u2019univers et ses lois op\u00e8rent sur lui \u00ab le pouvoir informant de la forme \u00bb. De ce fait, la forme doit \u00eatre entendue comme l\u2019expression d\u2019une for<i>ce. O<\/i>n pourra arguer que cette force, vitale ou non, appara\u00eet comme une abstraction un tantinet mystique. Qu\u2019on ne se m\u00e9prenne pas sur le propos : la force est en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019\u00e9quilibre de la somme et de la soustraction, en un mot la synergie entre les diff\u00e9rentes lois physico-chimiques et biologiques, inscrites dans une dur\u00e9e, qui \u00ab tiennent et contiennent \u00bb l\u2019\u00e9tant consid\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>On retrouve ici le sens de <i>prodrome<\/i> comme expos\u00e9 pr\u00e9liminaire \u00e0 l\u2019\u00e9tude d\u2019une science. Le fait qu\u2019en phytosociologie ce terme d\u00e9signe une typologie montre bien que ce travail a le r\u00f4le d\u2019un dictionnaire, \u00e0 partir duquel sera ensuite men\u00e9 le discours, le <i>logos<\/i>, qui est l\u2019analyse des ph\u00e9nom\u00e8nes. On retrouve l\u00e0, formul\u00e9e autrement, l\u2019articulation entre d\u00e9marche inductive (qui am\u00e8ne \u00e0 faire le catalogue des formes) et analyse d\u00e9ductive (qui permet d\u2019analyser la gen\u00e8se des ph\u00e9nom\u00e8nes), ou encore l\u2019articulation entre morphologie et physique. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que nous voyons, par exemple dans les mus\u00e9ums d\u2019histoire naturelle, lorsque nous visitons des collections. C\u2019est cela qui nous fascine dans les herbiers, les coquilliers, plus g\u00e9n\u00e9ralement les cabinets de curiosit\u00e9. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre lorsqu\u2019on proc\u00e8de, scientifiquement, \u00e0 une \u00ab lecture de paysage. \u00bb<\/p>\n<p>Car la taxinomie, en d\u00e9nommant les choses, permet de les voir et, partant, de leur donner du sens. C\u2019\u00e9tait la formule de Balzac \u00e0 propos de Cuvier, qui \u00ab reconstruit des mondes avec des os blanchis \u00bb. Et le romancier d\u2019ajouter \u00ab Cuvier n\u2019est-il pas le plus grand po\u00e8te de notre si\u00e8cle ? \u00bb.On notera qu\u2019en mati\u00e8re de po\u00e9sie il s\u2019agit ici finalement de la d\u00e9marche d\u2019abduction \u00e9voqu\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment, instant de cr\u00e9ativit\u00e9 dans le processus scientifique o\u00f9, \u00e0 partir des \u00e9l\u00e9ments connus, on s\u2019autorise des conjectures. Ces forces pourront \u00eatre quantifi\u00e9es qu\u2019on ne quantifiera jamais qu\u2019une partie d\u2019entre elles. La forme est le r\u00e9sultat total de ces calculs : ses parties peuvent \u00eatre analys\u00e9es (mesur\u00e9es), mais d\u2019autres parties r\u00e9sistent (et probablement r\u00e9sisteront) encore \u00e0 l\u2019analyse.<\/p>\n<p>Ce couple forme-force correspond \u00e0 ce que de Foucault<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_13');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_13');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_770_1_13\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[13]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_770_1_13\" class=\"footnote_tooltip\">Bruno de Foucault, <i>La phytosociologie sigmatiste : une morpho-physique<\/i>, th\u00e8se, Universit\u00e9 de Lille II, 1986.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_770_1_13').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_770_1_13', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script> souligne en \u00e9voquant que la phytosociologie est une morphophysique. Elle est d\u2019abord une morphologie lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u00e9tudier la forme des communaut\u00e9s v\u00e9g\u00e9tales (mais cela vaut pour toutes les c\u00e9nologies), c\u2019est-\u00e0-dire leur composition floristique. Mais elle est aussi une physique lorsqu\u2019elle s\u2019attache \u00e0 comprendre les m\u00e9canismes \u00e0 l\u2019\u0153uvre, expliquant la forme. Ce faisant, de Foucault souligne que la phytosociologie ne devrait pas se limiter \u00e0 une morphologie (contrairement \u00e0 la pratique courante) morphologie et physique sont les deux jambes sur lesquelles se tient la phytosociologie, comme toute science naturelle. Car cette dualit\u00e9 est le reflet de celle qui associe induction (analyse synth\u00e9tique des formes) et d\u00e9duction (recherche des causalit\u00e9s) dans les sciences naturelles. Mieux, de Foucault montre que la morphologie permet une mesure des forces. Mais cette mesure est une mesure qualitative et non quantitative.<\/p>\n<p>Le math\u00e9maticien, logicien et \u00e9pist\u00e9mologue Ren\u00e9 Thom pose que l\u2019\u00eatre vivant est avant tout une forme, une forme vivante, certes, mais une forme. Comme toute forme, la forme vivante se caract\u00e9rise par sa stabilit\u00e9 (<i>hom\u00e9ostasie<\/i>), qui ne veut pas dire l\u2019inertie mais l\u2019\u00e9quilibre, qui permet le maintien de la forme dans l\u2019espace (<i>cin\u00e9tique<\/i>) comme dans le temps (<i>dynamique<\/i>, par exemple l\u2019esp\u00e8ce dans la reproduction). \u00c9tant une forme \u00e9voluant dans l\u2019espace, il est possible de la saisir par des outils math\u00e9matiques, et en particulier la g\u00e9om\u00e9trie. Pour Thom, la forme pr\u00e9sente deux caract\u00e8res la <i>Saillance<\/i> et la <i>Pr\u00e9gnance<\/I>. Ces notions sont particuli\u00e8rement retorses pour qui n\u2019est pas familier de Thom, elles rel\u00e8vent d\u2019une longue cha\u00eene conceptuelle qui trouve l\u2019une de ses origines, une fois encore, dans la <i>gestalt-Theorie<\/i>.<br \/>\nDans une conf\u00e9rence, Thom explique :<\/p>\n<blockquote><p>La saillance d\u2019une forme est son caract\u00e8re objectif, c\u2019est-\u00e0-dire la nettet\u00e9 avec laquelle la forme se distingue de son fond ; toute forme s\u2019oppose \u00e0 un fond (<i>figure against background<\/i>) et c\u2019est la nettet\u00e9 de la fronti\u00e8re qui s\u00e9pare l\u2019int\u00e9rieur de la forme du fond environnant qui d\u00e9termine son caract\u00e8re saillant : un flash de lumi\u00e8re, un tintement de sonnette sont des formes saillantes par rapport au fond sonore temporel.<\/p><\/blockquote>\n<p>Toute forme saillante est d\u00e9finie par rapport \u00e0 un fond qui peut \u00eatre espace usuel ou espace-temps usuel, en g\u00e9n\u00e9ral ce sont des grandeurs spatio-temporelles bien connues.<\/p>\n<p>Une forme saillante peut saturer un appareil sensoriel (on peut \u00eatre \u00e9bloui par un flash), les formes saillantes s\u2019inscrivent en g\u00e9n\u00e9ral dans la m\u00e9moire \u00e0 court terme du sujet mais elles n\u2019ont que peu d\u2019impact sur le comportement \u00e0 long terme de l\u2019individu.<\/p>\n<p>Par opposition, certaines formes ont un impact de longue dur\u00e9e sur l\u2019individu, ce sont les formes qui ont une signification biologique, par exemple les formes des proies pour un pr\u00e9dateur affam\u00e9, les formes des pr\u00e9dateurs pour un animal proie, les formes des partenaires sexuels dans les p\u00e9riodes hormonales correspondantes, etc.<\/p>\n<p>Dans toutes ces situations, ces formes provoquent, chez les animaux en tout cas, des attractions ou des r\u00e9pulsions de longue dur\u00e9e avec des changements comportementaux tr\u00e8s importants et \u00e9galement des changements m\u00e9taboliques, hormonaux, etc. consid\u00e9rables.<\/p>\n<blockquote><p>J\u2019appelle pr\u00e9gnance, (et je dis que ces formes sont pr\u00e9gnantes), le caract\u00e8re correspondant de ces formes \u00e0 signification biologique<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_14');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_14');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_770_1_14\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[14]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_770_1_14\" class=\"footnote_tooltip\">Ren\u00e9 Thom, \u00ab La figure de r\u00e9gulation globale de l\u2019organisme abord math\u00e9matique du vivant \u00bb, in <i>Bulletin de l\u2019Ecole Lacanienne de Psychosomatique<\/i> n\u00b01, 1985<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_770_1_14').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_770_1_14', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Saillance et pr\u00e9gnance ont des applications directes en phytosociologie. Une saillance nulle correspondrait \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne qui n\u2019a pas d\u2019impact sur la forme, la composition floristique en phytosociologie. Ce serait par exemple le cas de l\u2019impact du bruit pour la v\u00e9g\u00e9tation (la v\u00e9g\u00e9tation ne \u00ab per\u00e7oit \u00bb pas le bruit). Pour l\u2019observateur, les ch\u00e9motypes de thym ou les esp\u00e8ces mycologiques participant aux mycorhizes d\u2019une esp\u00e8ce de plante donn\u00e9e ont une saillance tr\u00e8s faible ; pourtant, elles ont probablement un impact majeur sur l\u2019\u00e9cologie des esp\u00e8ces, elles ont donc une pr\u00e9gnance forte pour l\u2019\u00e9cologue. Une pr\u00e9gnance nulle ou faible pour l\u2019\u00e9cologue sera au contraire celle des esp\u00e8ces dites compagnes au sein d\u2019une <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips11'>c\u00e9nose<\/span>. En les indiquant comme compagnes, le descripteur consid\u00e8re que la pr\u00e9sence de ces esp\u00e8ces n\u2019apporte pas d\u2019information physique sur l\u2019\u00e9cologie de la c\u00e9nose (en d\u2019autres termes sur la force).<\/p>\n<p>Avec la pr\u00e9gnance, c\u2019est le d\u00e9tail qui compte (ou plus exactement une somme de d\u00e9tails) et c\u2019est \u00e0 partir de lui que l\u2019on saisit l\u2019ensemble. Les sciences naturelles par exemple utilisent abondamment les clefs de d\u00e9termination, et cet usage des cl\u00e9s de d\u00e9termination est bas\u00e9 sur la pr\u00e9gnance parmi tous les caract\u00e8res de la forme que nous observons (qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un individu ou d\u2019une communaut\u00e9), certains sont plus discriminants que d\u2019autres pour l\u2019identification de la cat\u00e9gorie (esp\u00e8ce ou association). Leur pr\u00e9gnance est plus forte aux yeux du naturaliste.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9sumer, la forme est double elle est le ph\u00e9nom\u00e8ne <i>et<\/i> l\u2019interpr\u00e9tation du ph\u00e9nom\u00e8ne que le ph\u00e9nom\u00e8ne produit sur une autre forme. En quelque sorte saillance (ou mise au point, mise \u00e0 jour, rep\u00e9rage, dans le champ continu du monde) et pr\u00e9gnance (ce que ces formes donnent \u00e0 dire) sont une correspondance du couple forme\/force. C\u2019est un peu comme lorsqu\u2019on est devant un paysage : l\u2019aplat du cadre g\u00e9n\u00e9ral peu \u00e0 peu donne \u00e0 entrevoir les formes, les lignes, les volumes, les couleurs \u00e0 celui qui le regarde. Avant que l\u2019observateur ne l\u2019observe, le paysage n\u2019existe m\u00eame pas. Il s\u2019\u00e9veille avec le regard. Et lorsque nous nous retournons, ce paysage-monde dispara\u00eet. Ainsi des objets propres aux sciences naturelles.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Un \u00e9diteur d\u2019ouvrages naturalistes de qualit\u00e9 expose dans son catalogue que la biodiversit\u00e9 \u00ab \u2019est impos\u00e9e comme un sujet de soci\u00e9t\u00e9, ce dont tous se r\u00e9jouissent \u00bb Pas nous, si le concept de \u00ab biodiversit\u00e9 \u00bb supplante celui d\u2019\u00ab \u00eatre vivants \u00bb. Il poursuit : \u00ab Mais qu\u2019est-ce que la biodiversit\u00e9 ? Comment la d\u00e9finir ? Peut-on la quantifier ? Quelle et son \u00e9volution ? Autant de questions, etc. \u00bb. En effet, qu\u2019est-ce que la biodiversit\u00e9 ? Un produit e notre temps. Et de quoi nous r\u00e9jouissons-nous, v\u00e9ritablement ? Les sciences naturelles sont-elles devenues trop \u00e9videntes, trop simplistes ou trop artistiques\/mystiques pour ne plus avoir droit de cit\u00e9, au moment m\u00eame o\u00f9 le besoin de nature est \u2013 nous semble-t-il \u2013 \u00e0 ce point n\u00e9cessaire ? Ou bien la biodiversit\u00e9 d\u00e9signe-t-elle autre chose que <i>le vivant, <\/i>ou le milieu o\u00f9 vit le vivant ? On ne sait pas la d\u00e9finir (premi\u00e8re question<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_15');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_15');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_770_1_15\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[15]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_770_1_15\" class=\"footnote_tooltip\">\u00c9videmment, la biodiversit\u00e9 se d\u00e9finit bel et bien la diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique, la diversit\u00e9 sp\u00e9cifique, la diversit\u00e9 \u00e9cosyst\u00e9mique. Alors dans ce cas, pourquoi ne pas simplement recourir au&nbsp;&#x2026; <span class=\"footnote_tooltip_continue\"  onclick=\"footnote_moveToReference_770_1('footnote_plugin_reference_770_1_15');\">Continue reading<\/span><\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_770_1_15').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_770_1_15', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>), mais ce qui importe, c\u2019est la quantifier (deuxi\u00e8me question) et \u00e9tudier son \u00e9volution (troisi\u00e8me question). Cette pr\u00e9sentation est remarquable : comme on le voit, les sciences naturelles sont \u00ab coinc\u00e9es \u00bb entre \u00e9valuation et \u00e9volution : comment ne pas lire derri\u00e8re ces mots la statistique et la g\u00e9n\u00e9tique ou, en deux mots, les maux-m\u00eames dont notre soci\u00e9t\u00e9 est malade (l\u2019\u00e9valuation, la m\u00e9taphysique) <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\"><b>[<em>Cap au seuil<\/em>|Sommaire rapide]<\/b> <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/avant-propos\/\">Avant propos<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/terraque-le-monde-1-dans-lespace\/\">espace<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/la-vie\/\">la vie<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/terraque-le-monde-2-a-la-maison\/\">monde<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/les-deux-ou-trois-ecologies\/\">les \u00e9cologies<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/pour-la-cenologie\/\">c\u00e9nologie<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/sciences-naturelles-sciences-humaines-avec-emmanuel-catteau\/\">sciences naturelles<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/interlude\/\">interlude<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/nagoya-mon-amour\/\">protection de la nature<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/l-arbre-qui-plantait-des-hommes\/\">arbres<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/lanthropocene-contre-lhomme-lecocentrisme-contre-la-nature\/\">anthropoc\u00e8ne<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/lettre-a-ma-maman-sur-leffondrement\/\">catastrophe<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/mon-herbier-mon-coquillier\/\">herbier\/coquillier<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/ouverture-de-la-choreologie\/\">ouverture : r\u00e9gions naturelles<\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/pour-la-cenologie\/\">Pour la c\u00e9nologie<\/a> &lt; <strong>Sciences naturelles = sciences humaines ?<\/strong> &gt; <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/interlude\">Interlude. Naturaliste ?<\/a><\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_770_1();\">References<\/span><span role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_770_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_770_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_770_1\" style=\"\"><table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"><caption class=\"accessibility\">References<\/caption> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_770_1('footnote_plugin_tooltip_770_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_770_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>1<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Texte en partie publi\u00e9 dans <em>Carnets botaniques<\/em> n\u00b071, 2021.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_770_1('footnote_plugin_tooltip_770_1_2');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_770_1_2\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>2<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Georges Canguilhem, <i>La Connaissance de la vie<\/i>, Vrin, 1952.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_770_1('footnote_plugin_tooltip_770_1_3');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_770_1_3\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>3<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Quand on reproche \u00e0 Descartes la c\u00e9l\u00e8bre formule \u00ab comme ma\u00eetre et possesseur de la nature \u00bb on \u00e9vacue peut-\u00eatre un peu vite que, disant cela, il propose de mani\u00e8re subtile de substituer \u00e0 l\u2019ordre divin de la nature une approche rationnelle, en v\u00e9rit\u00e9 celle de l\u2019esprit humain.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_770_1('footnote_plugin_tooltip_770_1_4');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_770_1_4\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>4<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Canguilhem, <i>op.cit.<\/i><\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_770_1('footnote_plugin_tooltip_770_1_5');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_770_1_5\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>5<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\"><i>Pens\u00e9e sur l\u2019interpr\u00e9tation de la nature<\/i>, sl., 1754.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_770_1('footnote_plugin_tooltip_770_1_6');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_770_1_6\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>6<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\"><i>Manifeste du museum &#8211; quel futur sans nature ?<\/i> Co\u00e9dition Reliefs \/ Mus\u00e9um National d\u2019Histoire naturelle, 2017. On remarque que le titre du premier manifeste, <i>Quel futur sans nature,<\/i> est ambigu. S\u2019il souhaite souligner qu\u2019un futur sans nature est mortif\u00e8re, on pourrait aussi le consid\u00e9rer comme un guide pour un futur o\u00f9 la nature aura disparu.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_770_1('footnote_plugin_tooltip_770_1_7');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_770_1_7\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>7<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Daniel Andler, Anne Fagot-Largeault &amp; Bertrand Saint-Sernin, <i>Philosophie des sciences<\/i> t.1., Gallimard, 2004.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_770_1('footnote_plugin_tooltip_770_1_8');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_770_1_8\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>8<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Georges-Louis Leclerc de Buffon, <i>Histoire Naturelle, g\u00e9n\u00e9rale et particuli\u00e8re<\/i>, Imprimerie Royale, 1749-1767.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_770_1('footnote_plugin_tooltip_770_1_9');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_770_1_9\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>9<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Francis Hall\u00e9, <i>\u00c9loge de la plante<\/i>, Le Seuil, 1999.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_770_1('footnote_plugin_tooltip_770_1_10');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_770_1_10\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>10<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Ludwig von Bertalanffy, <i>Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale des syst\u00e8mes<\/i>, Dunod, 1968 [1973].<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_770_1('footnote_plugin_tooltip_770_1_11');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_770_1_11\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>11<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Maurice Merleau-Ponty, <i>La Prose du monde, <\/i>Gallimard, 1969.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_770_1('footnote_plugin_tooltip_770_1_12');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_770_1_12\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>12<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Marcel Guinochet, <i>Phytosociologie<\/i>, Masson, 1973.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_770_1('footnote_plugin_tooltip_770_1_13');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_770_1_13\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>13<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Bruno de Foucault, <i>La phytosociologie sigmatiste : une morpho-physique<\/i>, th\u00e8se, Universit\u00e9 de Lille II, 1986.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_770_1('footnote_plugin_tooltip_770_1_14');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_770_1_14\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>14<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Ren\u00e9 Thom, \u00ab La figure de r\u00e9gulation globale de l\u2019organisme abord math\u00e9matique du vivant \u00bb, in <i>Bulletin de l\u2019Ecole Lacanienne de Psychosomatique<\/i> n\u00b01, 1985<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_770_1('footnote_plugin_tooltip_770_1_15');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_770_1_15\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>15<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">\u00c9videmment, la biodiversit\u00e9 se d\u00e9finit bel et bien la diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique, la diversit\u00e9 sp\u00e9cifique, la diversit\u00e9 \u00e9cosyst\u00e9mique. Alors dans ce cas, pourquoi ne pas simplement recourir au terme de \u00ab vie \u00bb ?<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_770_1() { jQuery('#footnote_references_container_770_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_770_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_770_1() { jQuery('#footnote_references_container_770_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_770_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_770_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_770_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_770_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_770_1(); } } function footnote_moveToReference_770_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_770_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_770_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_770_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }<\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips1','D\u00e9finition originelle, de Arthur Tansley 1935\u00a0: association entre un biotope* et une bioc\u00e9nose*, mais cette d\u00e9finition, n\u00e9e en contradiction avec les travaux de phytog\u00e9ographes ou phytoc\u00e9nologues, ne peut \u00eatre conserv\u00e9e, dans une optique c\u00e9nologique ; en outre dans cette optique, \u00e9cosyst\u00e8me est tant\u00f4t synonyme de biome* (ou formation*) ou de bioc\u00e8ne* (grand type d\\'habitat, indissociable du bio\u00e8ce*) : le mot est proscrit\u00a0| Un \u00e9cosyst\u00e8me est une entit\u00e9 de niveau variable (global \u00e0 local) qui est une esp\u00e8ce de super- ou m\u00e9taorganisme limit\u00e9 par des fronti\u00e8res, lesquelles sont poreuses (comme le sont les fronti\u00e8res du vivant), et au sein duquel un groupement* d\u2019esp\u00e8ces interagit, notamment pour des \u00e9changes de mati\u00e8re et d\u2019\u00e9nergie, mais pas seulement\u00a0; le cas d\u2019\u00e9tude (qui sont aussi des cas limite, car ils sont sp\u00e9cialement clos) est le lac (Lindeman, Cowles) | Voir absolument <em>Ecologie*<\/em>, <em><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>Ecobioc\u00e9notique<\/span>*<\/em>'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips4','La <strong>c\u00e9nologie<\/strong>, synonyme partiel d\\'<strong><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>\u00c9cobioc\u00e9notique<\/span>*<\/strong>, est la science qui, au sein de l\\'\u00e9cologie* (au sens actuel, flou) s\\'int\u00e9resse particuli\u00e8rement aux groupements <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>\u00e9cologiques<\/span> d\\'esp\u00e8ces ; ces groupements sont \u00e9cologiques, c\\'est-\u00e0-dire qu\\'ils ne sont ni phylog\u00e9n\u00e9tiques (ou familiaux), ni simplement morphologiques, ni strictement fonctionnels. En v\u00e9rit\u00e9 ils sont \u00e9videmment <i>aussi<\/i> ceux-l\u00e0, puisque l\\'\u00e9cologie est une science holistique (Vincent 2021). La description, la d\u00e9nomination et la classification de ces groupements* sont son domaine d\\'intervention. Ceux-ci touchent tous les \u00eatres vivants, les grands \"r\u00e8gnes\" classiques : bact\u00e9ries, plantes (phytoc\u00e9noses > phytoc\u00e9nologie = phytosociologie*) et animaux (zooc\u00e9nologie). La c\u00e9nologie concerne la biosph\u00e8re* ; lorsque le sujet d\\'\u00e9tude touche \u00e9galement \u00e0 la g\u00e9osph\u00e8re*, on parlerait plus volontiers de biog\u00e9ographie* ; lorsqu\\'il touche \u00e9galement aux affaires humaines (terroir, agriculture, paysage, urbanisme), \u00e0 la noosph\u00e8re*, on entre dans un autre domaine encore, que je d\u00e9nomme prop parte ici chor\u00e9ologie* (science du territoire*).'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips6','<strong>Ecobioc\u00e9notique<\/strong> est le terme pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 : science dont l\u2019objet est traditionnellement la relation du monde physico-chimique (inerte) avec les \u00eatres vivants, et des \u00eatres vivants entre eux. | <strong>Ecologie :<\/strong> litt\u00e9ralement le discours sur l\u2019<em>oikos<\/em> = la maison\u00a0; il y aurait une \u00e9tendue ou un volume, et des fronti\u00e8res\u00a0; c\u2019est l\u2019histoire racont\u00e9e dans ces pages\u00a0: des d\u00e9ambulations dans l\u2019\u00e9tendue ou le volume, ou \u00e0 travers les fronti\u00e8res. C\u2019est le sens du <em>cap au seuil<\/em> | Selon Jean-Antoine Rioux 1958, l\\'<strong>\u00e9cologie<\/strong> poss\u00e8de deux grands domaines : l\\'<strong>\u00e9cologie m\u00e9sologique<\/strong>, la science du milieu* (ou <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'>bio\u00e8ce<\/span><\/span>*\/<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips9'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips9'>biotope<\/span><\/span><\/span><\/span>*) et l\\'<strong>\u00e9cologie \u00e9thologique<\/strong>, qui s\\'int\u00e9resse aux organismes (<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'>bioc\u00e8ne<\/span><\/span><\/span>*\/<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'>bioc\u00e9nose<\/span><\/span>). Ces deux sous-domaines formeraient <i>toute<\/i> donc \u00e0 l\\'\u00e9cologie, mais le sens courant et actuel du terme, par le truchement du terme en vogue \"ecosyst\u00e8me*\", met essentiellement l\\'accent sur le premier domaine ; en r\u00e9alit\u00e9 l\\'\u00e9cobioc\u00e9nologie ne peut se passer de l\\'une ni de l\\'autre. Nous sommes donc aujourd\\'hui dans une impasse \u00e9pist\u00e9mologique, ou tout du moins dans un d\u00e9s\u00e9quilibre \u00e9pist\u00e9mologique, chose rare et \u00e9trange. | Selon Roger Molonier et Pierre Vignes 1971, \"L\\'<strong>Ecobioc\u00e9notique<\/strong> r\u00e9sulte de la confluence de deux grands courants scientifiques [...] Elle repr\u00e9sente l\\'aboutissement des sciences naturelles dites \"de terrain\" [...] elle ne saurait \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e un jour par une discinpline plus vaste. Elle constitue une limite vers laquelle tendent asymptotiquement, volontairement ou non, tous les efforts des naturalistes qui se vouent \u00e0 l\\'\u00e9tude du milieu.\" | L\\'\u00e9cologie n\\'est pas une science normale au sens de Kuhn+, mais une science complexe (sensu non-Morin+), qui s\\'adosse \u00e0 d\\'autres domaines du savoir : la g\u00e9ographie et la biologie, la syst\u00e9matique et la taxonomie, mais aussi la physique et la chimie, la climatologie, et bien entendue l\\'anthropologie et la sociologie, ainsi que la politique. | (Tout ce qui concerne le d\u00e9veloppement durable, la biodiversit\u00e9, l\\'\u00e9conomie verte, etc., bref tout ce qui int\u00e9resse de pr\u00e8s ou de loin l\\'\u00e9cologie politique rel\u00e8ve d\\'un autre domaine de l\\'\u00e9cologie comme science : histoire, politique, id\u00e9ologie, anthropomorphisme, \u00e9cocentrisme, anthropoc\u00e9nologie, catastrophologie ; elles ne nous int\u00e9ressent ici qu\\'\u00e0 la marge, ou par d\u00e9faut.)'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips6','<strong>Ecobioc\u00e9notique<\/strong> est le terme pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 : science dont l\u2019objet est traditionnellement la relation du monde physico-chimique (inerte) avec les \u00eatres vivants, et des \u00eatres vivants entre eux. | <strong>Ecologie :<\/strong> litt\u00e9ralement le discours sur l\u2019<em>oikos<\/em> = la maison\u00a0; il y aurait une \u00e9tendue ou un volume, et des fronti\u00e8res\u00a0; c\u2019est l\u2019histoire racont\u00e9e dans ces pages\u00a0: des d\u00e9ambulations dans l\u2019\u00e9tendue ou le volume, ou \u00e0 travers les fronti\u00e8res. C\u2019est le sens du <em>cap au seuil<\/em> | Selon Jean-Antoine Rioux 1958, l\\'<strong>\u00e9cologie<\/strong> poss\u00e8de deux grands domaines : l\\'<strong>\u00e9cologie m\u00e9sologique<\/strong>, la science du milieu* (ou bio\u00e8ce*\/biotope*) et l\\'<strong>\u00e9cologie \u00e9thologique<\/strong>, qui s\\'int\u00e9resse aux organismes (bioc\u00e8ne*\/bioc\u00e9nose). Ces deux sous-domaines formeraient <i>toute<\/i> donc \u00e0 l\\'\u00e9cologie, mais le sens courant et actuel du terme, par le truchement du terme en vogue \"ecosyst\u00e8me*\", met essentiellement l\\'accent sur le premier domaine ; en r\u00e9alit\u00e9 l\\'\u00e9cobioc\u00e9nologie ne peut se passer de l\\'une ni de l\\'autre. Nous sommes donc aujourd\\'hui dans une impasse \u00e9pist\u00e9mologique, ou tout du moins dans un d\u00e9s\u00e9quilibre \u00e9pist\u00e9mologique, chose rare et \u00e9trange. | Selon Roger Molonier et Pierre Vignes 1971, \"L\\'<strong>Ecobioc\u00e9notique<\/strong> r\u00e9sulte de la confluence de deux grands courants scientifiques [...] Elle repr\u00e9sente l\\'aboutissement des sciences naturelles dites \"de terrain\" [...] elle ne saurait \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e un jour par une discinpline plus vaste. Elle constitue une limite vers laquelle tendent asymptotiquement, volontairement ou non, tous les efforts des naturalistes qui se vouent \u00e0 l\\'\u00e9tude du milieu.\" | L\\'\u00e9cologie n\\'est pas une science normale au sens de Kuhn+, mais une science complexe (sensu non-Morin+), qui s\\'adosse \u00e0 d\\'autres domaines du savoir : la g\u00e9ographie et la biologie, la syst\u00e9matique et la taxonomie, mais aussi la physique et la chimie, la climatologie, et bien entendue l\\'anthropologie et la sociologie, ainsi que la politique. | (Tout ce qui concerne le d\u00e9veloppement durable, la biodiversit\u00e9, l\\'\u00e9conomie verte, etc., bref tout ce qui int\u00e9resse de pr\u00e8s ou de loin l\\'\u00e9cologie politique rel\u00e8ve d\\'un autre domaine de l\\'\u00e9cologie comme science : histoire, politique, id\u00e9ologie, anthropomorphisme, \u00e9cocentrisme, anthropoc\u00e9nologie, catastrophologie ; elles ne nous int\u00e9ressent ici qu\\'\u00e0 la marge, ou par d\u00e9faut.)'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips10','Synonyme partiel de biochore*, biome*, bio\u00e8ce*, bioc\u00e8ne*, biotope*, grand habitat*, milieu* | Terme vernaculaire qui ne permet pas toujours la pr\u00e9cision, mais qui est extr\u00eamement pratique et parlant : l\\'habitat est le milieu de vie, la portion d\\'espace o\u00f9 se d\u00e9veloppe la vie, sous quelque forme que ce soit. Si l\\'on parle de population*, on pr\u00e9f\u00e8rera le terme de territoire ; si on parle de c\u00e9nose*, celui de biome* ou bio\u00e8ce*.'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips11','Terme d\u00e9licat \u00e0 d\u00e9finir | Originellement (M\u00f6bius 1877*) : \"La science n\\'a pas encore de mot pour d\u00e9signer une telle communaut\u00e9 d\\'\u00eatres vivants, une choix et un certain nombre d\\'esp\u00e8ces et d\\'individus correspondant \u00e0 des conditions ext\u00e9rieures de vie moyennes, qui sont mutuellement d\u00e9pendants et se maintiennent en permanence par reproduction dans un espace mesur\u00e9. J\\'appelle une telle communaut\u00e9 bioc\u00e9nose ou communaut\u00e9 de vie. Tout changement dans un facteur de co-conditionnement d\\'une bioc\u00e9nose entra\u00eene des changements dans d\\'autres facteurs de cette m\u00eame bioc\u00e9nose.\" | Une c\u00e9nose est une communaut\u00e9 (voir ce mot) \u00e9cologique : un groupement d\\'esp\u00e8ces partageants les m\u00eames n\u00e9cessit\u00e9s (facteurs biotiques et abiotiques) en un lieu donn\u00e9, et partageant un certain nombre de caract\u00e8res phylog\u00e9n\u00e9tiques communs (population mais aussi clade, et dans ce cas on peut  distinguer : zooc\u00e9nose\/phytoc\u00e9nose, et, par exemple, au sein de la zooc\u00e9nose : entomoc\u00e9nose\/malacoc\u00e9nose, etc.) | L\\'ensemble des c\u00e9noses d\\'un site forme le bioc\u00e8ne* -- et le site le bio\u00e8ce* | Bio\u00e8ce et bioc\u00e8ne forment le biome*'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips12','Synonyme partiel de biochore, bio\u00e8ce, bioc\u00e8ne, biotope, grand habitat, habitat | Terme polys\u00e9mique | Terme vernaculaire courant qui a deux acceptions non synonymes ; d\\'une part il est synonyme d\\'habitat*, et d\u00e9signe un milieu de vie ; d\\'autre part, \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur d\\'int\u00e9gration (par le biais d\\'un saut quantique, qui fait passer du domaine de la biosph\u00e8re \u00e0 celui de la noosph\u00e8re), et dans la perspective de la m\u00e9diologie sensu Watsuji & Berque, le milieu est un concept philosphique, ontologique, d\u00e9signant l\\'espace de relation entre l\\'homme et la nature : le lieu de leur rencontre (par les sens, la connaissance, l\\'exp\u00e9rience, etc.).'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips12','Synonyme partiel de biochore, bio\u00e8ce, bioc\u00e8ne, biotope, grand habitat, habitat | Terme polys\u00e9mique | Terme vernaculaire courant qui a deux acceptions non synonymes ; d\\'une part il est synonyme d\\'habitat*, et d\u00e9signe un milieu de vie ; d\\'autre part, \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur d\\'int\u00e9gration (par le biais d\\'un saut quantique, qui fait passer du domaine de la biosph\u00e8re \u00e0 celui de la noosph\u00e8re), et dans la perspective de la m\u00e9diologie sensu Watsuji & Berque, le milieu est un concept philosphique, ontologique, d\u00e9signant l\\'espace de relation entre l\\'homme et la nature : le lieu de leur rencontre (par les sens, la connaissance, l\\'exp\u00e9rience, etc.).'); <\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[Cap au seuil|Sommaire rapide] Avant propos | espace | la vie | monde | les \u00e9cologies | c\u00e9nologie | sciences naturelles | interlude | protection de la nature | arbres | anthropoc\u00e8ne | catastrophe | herbier\/coquillier | ouverture : r\u00e9gions naturelles Pour la c\u00e9nologie &lt; Sciences naturelles = sciences humaines ? &gt; Interlude. 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