{"id":769,"date":"2021-06-23T16:32:49","date_gmt":"2021-06-23T14:32:49","guid":{"rendered":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/?p=769"},"modified":"2026-01-03T19:10:37","modified_gmt":"2026-01-03T18:10:37","slug":"mon-herbier-mon-coquillier","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/mon-herbier-mon-coquillier\/","title":{"rendered":"Mon herbier, mon coquillier"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-size: xx-small;\"><b>[<em>Cap au seuil<\/em>|Sommaire rapide]<\/b> <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/avant-propos\/\">Avant propos<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/terraque-le-monde-1-dans-lespace\/\">espace<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/la-vie\/\">la vie<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/terraque-le-monde-2-a-la-maison\/\">monde<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/les-deux-ou-trois-ecologies\/\">les \u00e9cologies<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/pour-la-cenologie\/\"><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips4'>c\u00e9nologie<\/span><\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/sciences-naturelles-sciences-humaines-avec-emmanuel-catteau\/\">sciences naturelles<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/interlude\/\">interlude<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/nagoya-mon-amour\/\">protection de la nature<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/l-arbre-qui-plantait-des-hommes\/\">arbres<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/lanthropocene-contre-lhomme-lecocentrisme-contre-la-nature\/\">anthropoc\u00e8ne<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/lettre-a-ma-maman-sur-leffondrement\/\">catastrophe<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/mon-herbier-mon-coquillier\/\">herbier\/coquillier<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/ouverture-de-la-choreologie\/\">ouverture : r\u00e9gions naturelles<\/a><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/lettre-a-ma-maman-sur-leffondrement\/\">Lettre \u00e0 ma maman sur l&rsquo;effondrement<\/a> &lt; <strong>Mon herbier, mon coquillier<\/strong> &gt; <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/ouverture-de-la-choreologie\/\">Ouverture. De la <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips2'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips2'>chor\u00e9ologie<\/span><\/span><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #992699;\">Texte mis \u00e0 jour le 21 f\u00e9vrier 2022.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Rien<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_769_1('footnote_plugin_reference_769_1_1');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_769_1('footnote_plugin_reference_769_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_769_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[1]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_769_1_1\" class=\"footnote_tooltip\">Parties de ce texte, r\u00e9\u00e9crites, ont paru en 2020 dans le premier num\u00e9ro de la revue <em>\u00c9dition des Obsessions<\/em>, gr\u00e2ce \u00e0 Eric Tabuchi et Camille Vachin.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_769_1_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_769_1_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script> (ou peu de choses) n\u2019a mobilis\u00e9 du temps dans ma vie comme mon herbier, mon coquillier. Je ne l\u2019aurais pas imagin\u00e9, avant de commencer. Les premi\u00e8res plantes et les premi\u00e8res coquilles, je les r\u00e9coltai en 2009-2010. Cela n\u2019a plus arr\u00eat\u00e9, et il faudrait que cela cesse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Une collection de r\u00e9f\u00e9rence<\/h2>\n<p>La premi\u00e8re plante que j\u2019ai mise en herbier \u00e9tait la la premi\u00e8re plante que je ne connaissais pas, ou plus exactement dont je ne connaissais pas le nom, et que j\u2019ai d\u00e9termin\u00e9e avec une flore : une petite crucif\u00e8re, <em>Iberis pinnata<\/em> ou Ib\u00e9ris\/Ib\u00e9ride penn\u00e9e\/\u00e0 feuilles pennatifides qui croissait au bord d\u2019un champ en lisi\u00e8re du chemin o\u00f9 j\u2019ai commenc\u00e9 d\u2019herboriser pour la premi\u00e8re fois tout seul, le GR9, entre Dieulefit et Comps, entre la Viale de Dieulefit et la Chapelle de Comps, dans le sud de la Dr\u00f4me, un parcours d\u2019une \u00e9vidente beaut\u00e9.<\/p>\n<p>Il y a, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 j\u2019\u00e9cris, plus de 2000 planches d\u2019herbier, ordonn\u00e9es par familles sur des feuilles A3, mais aussi de plus en plus sur des formats diff\u00e9rents (A4, et jusqu\u2019\u00e0 A2 pour les th\u00e9rophytes), et un peu plus de deux cents esp\u00e8ces de coquilles de mollusques dans le coquillier, elles-m\u00eames rang\u00e9es dans de petits casiers dans l\u2019ordre phylog\u00e9nique actuel \u2013 les esp\u00e8ces millim\u00e9triques (la majorit\u00e9 : vertigos, pisidium) elles-m\u00eames dans de petites fioles, les grandes esp\u00e8ces (moules d\u2019eau douce, grands coquillages marins) dans des bo\u00eetes s\u00e9par\u00e9es.<\/p>\n<p>On r\u00e9alise que cette part est infinit\u00e9simale au regard du nombre total d\u2019esp\u00e8ces, ne serait-ce qu\u2019en France !<\/p>\n<p>Comme avec le temps on con\u00e7oit que d\u00e9terminer des esp\u00e8ces sans l\u2019aide des clefs de d\u00e9termination est une b\u00eatise crasse, on constate apr\u00e8s quelques ann\u00e9es que la constitution d\u2019une collection personnelle de r\u00e9f\u00e9rence, au-del\u00e0 du plaisir esth\u00e9tique ou de cabinet de curiosit\u00e9 (je ramasse aussi des roches, des mues, des ossements, des coquilles d\u2019\u00e9chinodermes, des loges de phryganes, des f\u00e9murs de bovins, des gales d&rsquo;hym\u00e9nopt\u00e8res, des becs de pousse-pied, des petites choses comme cela qui n\u2019ont pas valeur encyclop\u00e9dique) est la formation plus efficace qui soit. La collection est un outil.<\/p>\n<p>Contemporainement, j\u2019ai b\u00e2ti un simple fichier num\u00e9rique o\u00f9 est consign\u00e9e chaque \u2018pr\u00e9l\u00e8vement\u2019 : l\u2019esp\u00e8ce, la date et le lieu de la r\u00e9colte, le nombre d\u2019individus, l\u2019\u00e9tat de la part et \u00e9ventuellement l\u2019occasion \u2013 \u00e9v\u00e8nements, accompagnateurs. On y trouve aussi \u2013 pour l\u2019herbier \u2013 le souvenir des planches qui ont \u00e9t\u00e9 jet\u00e9es. Je tiens \u00e0 conserver m\u00e9moire aussi de ces planches qui, trop endommag\u00e9es, ont d\u00fb \u00eatre d\u00e9truites, le plus souvent \u00e0 grand peine (il y a toute une phase de restauration qui ne r\u00e9ussit pas toujours, et la peine est fonction de l\u2019effort n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00e9colte).<\/p>\n<p>La r\u00e9colte, en elle-m\u00eame, est une op\u00e9ration : elle est fonction des circonstances de nos d\u00e9placements, soit professionnels (sans le travail je n\u2019aurais jamais vu les esp\u00e8ces de la Plan\u00e8ze, du Dervois, de l\u2019Oltrep\u00f2 pavese\u2026), soit de formation (\u2026de la Flandre, de la Brenne, de l\u2019Ubaye), soit touristiques (\u2026de l\u2019Etna, du L\u00e9on, du Jura), soit simplement domestiques (\u2026du Tricastin et des Baronnies, du G\u00e2tinais, du Vignoble)\u2026 Il faut bien s\u00fbr faire l\u2019effort d\u2019atteindre certaines esp\u00e8ces (et on pense aux cols vertigineux alpins), de la marche, mais aussi du transport et de la conservation dans le transport (et on pense au retour de l\u2019Etna), puis au traitement : s\u00e9chage puis tamisage de la liti\u00e8re pour les escargots ; presse et attache pour les plantes) et \u00e0 l\u2019archivage. Autant de t\u00e2ches pas tr\u00e8s difficiles, mais tr\u00e8s chronophages (et qui n\u00e9cessitent un peu d\u2019organisation, il est vrai). J\u2019ai gard\u00e9 une centaine de plantes de mon passage dans le Haut-Jura sous presse, pendant deux ann\u00e9es avant de les ordonner. J\u2019ai encore des sacs de liti\u00e8res des marais du Barrois \u00e0 la cave que je n\u2019ai pas d\u00e9pouill\u00e9s. Certaines esp\u00e8ces ne \u00ab survivent \u00bb pas \u00e0 toutes ces op\u00e9rations.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Une m\u00e9moire : histoire et g\u00e9ographie<\/h2>\n<p>Quand je vois mon herbier ou mon coquillier, je contemple aussi une m\u00e9moire, celle de leur assemblage. D\u2019ailleurs je regarde bien plus souvent le fichier num\u00e9rique que l\u2019herbier lui-m\u00eame (qui est aujourd\u2019hui a moiti\u00e9 sous vide et dans le camphre, et enferm\u00e9, \u00e0 cause des bestioles qui le rongent, donc ce n\u2019est pas facile d\u2019en faire un objet d\u2019exposition), mais le plaisir est bien l\u00e0 : je vois les lieux, je me rappelle les \u00e9poques, les saisons, c\u2019est une formidable m\u00e9moire de mes d\u00e9placements (qui sont souvent absurdes), et aussi un formidable bloc-note de mes impressions et de mes \u00e9tats d\u2019\u00e2me. Ce truc hyper abstrait et artificiel, pour moi devient le crampon d\u2019accrochage \u00e0 la paroi du r\u00e9el, des amarres pour le monde\u2026<\/p>\n<p>De l\u00e0 \u00e0 lui accorder une valeur, comment dire, ontologique, c\u2019est difficile \u00e0 dire. J\u2019ai tellement jet\u00e9 de planches d\u2019herbier, et je suis tellement attach\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e de ne pas m\u2019attacher \u00e0 des objets mat\u00e9riels, que je me suis habitu\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e que je peux tout perdre. J\u2019ai parfois du d\u00e9couragement devant tout ce travail perdu, mais je me dis aussi d\u2019abord que ce travail n\u2019a pas \u00e9t\u00e9, et n\u2019est jamais, inutile, puisque justement le processus a eu lieu et qu\u2019il importe plus que le r\u00e9sultat, finalement ; et surtout que la vie c\u2019est bien \u00e7a : la dynamique, et donc tout le contraire de la mus\u00e9ification.<\/p>\n<p>Je travaille d\u2019ailleurs b\u00e9n\u00e9volement dans un mus\u00e9um : j\u2019ai acc\u00e8s \u00e0 toute la collection, et je peux ainsi comparer mes r\u00e9coltes, m\u2019assurer du nom d\u2019une esp\u00e8ce, mais aussi d\u00e9couvrir ou observer des esp\u00e8ces que je ne verrais jamais (du monde entier). Je vois bien le poids que c\u2019est, de tenir tout ce fatras, tout cet ossuaire \u00e0 peu pr\u00e8s imbancal. De la poussi\u00e8re qu\u2019il accumule. Du temps qu\u2019il fige. Personne ne voudrait de \u00e7a dans sa propre maison (j\u2019ai deux amis qui c\u00e8dent leur collection \u00e0 des mus\u00e9ums, trop de place, trop de place).<\/p>\n<p>Luc Garraud trouve normal que les champignons ou les vers entrent avec les plantes dans les armoires et les mus\u00e9es : on travaille sur du vivant, et on voudrait lui r\u00e9cuser son espi\u00e8gle et infini man\u00e8ge ? Il faut \u00eatre bien \u00ab am\u00e9nageur \u00bb pour n\u2019y pas voir une b\u00eatise. Rappelons-nous qu\u2019une autre fonction de l\u2019herbier et du coquillier, en somme du cabinet de curiosit\u00e9, est le savoir-faire m\u00eame du naturaliste, du praticien non tant de l\u2019\u00e9cologie ou de la biologie, mais des sciences naturelles : l\u2019observation, la description et \u00e9ventuellement la classification.<\/p>\n<p>On en vient alors au n\u0153ud du probl\u00e8me : l\u2019obsession que repr\u00e9sente \u00e0 la fois cet amoncellement d\u2019objet et cette accumulation de temps est bien celle de comprendre les relations entre les formes du vivant et cela impose, par cons\u00e9quent, la n\u00e9cessit\u00e9 de la classification. La classification th\u00e9orique, la syst\u00e9matique, la taxonomie, cela existe d\u00e9j\u00e0, ce n\u2019est pas moi qui vais changer les noms des esp\u00e8ces ou leur position dans l\u2019arbre du vivant, bien s\u00fbr ; mais cela a pour corollaire l\u2019ordination, dans une esp\u00e8ce de fichier, l\u2019herbier ou le coquillier, des esp\u00e8ces rencontr\u00e9es.<\/p>\n<p>Pendant des ann\u00e9es, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9ducateur \u00e0 l\u2019environnement (aujourd\u2019hui ce terme d\u2019\u00e9ducateur me heurte, mais passons) et l\u2019une des animations que je proposais \u00e9tait de construire des clefs de d\u00e9termination, avec n\u2019importe qu\u2019elle ensemble d\u2019\u00e9l\u00e9ments, feuilles d\u2019arbre, baskets ou pok\u00e9mons\u2026 C\u2019est fascinant : non seulement de comprendre comment \u00e7a marche, comme outil, comme machine, comme programme (je parle de la clef de d\u00e9termination) mais aussi le processus cognitif qui se met en place, c\u2019est d\u2019ailleurs aussi fascinant \u00e0 vivre (cr\u00e9er la clef comme participant) qu\u2019\u00e0 observer (puisqu\u2019ils fabriquaient la clef en collectif)\u2026<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre que, dans le fond, l\u2019obsession est celle-l\u00e0. Ce n\u2019est pas tellement de ranger des objets dans des cases, c\u2019est de comprendre comment les cases entre elles se positionnent, se succ\u00e8dent\u2026 D\u2019o\u00f9 l\u2019attention renouvel\u00e9e pour les c\u00e9noses (chapitre cinq).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Face aux verrous<\/h2>\n<p>Enfin, on ne peut repousser l\u2019argument sans cesse, l\u2019herbier et le coquillier sont aussi un catalogue de formes ; ils sont \u00e9videmment des objets esth\u00e9tiques. Si les coquilles \u00e9taient marines, et les fleurs tropicales, ce serait encore plus attractif et spectaculaire du point de vue des couleurs et des tailles ; mais chez nous sur terre \u00e7a reste tr\u00e8s terne, du blanc au gris au brun (pour les coquilles), et tr\u00e8s contenu, souvent petit, discret, les fleurons de la\u00eeches ou de joncs d\u00e9ploient leur cama\u00efeu en toute discr\u00e9tion, sous binoculaire ; les dents des vertigos ou truncatellines n\u2019apparaissent, donn\u00e9es enti\u00e8re, qu\u2019\u00e0 une \u00e9chelle qui n\u2019est pas n\u00f4tre.<\/p>\n<p>La succession des formes me fascine, et oui, j\u2019y suis attach\u00e9.<\/p>\n<p>Comme tout le monde j\u2019ai ramen\u00e9 des objets naturels \u00e0 la maison, et la coquille se pr\u00eate facilement \u00e0 ce jeu. Objet fascinant, du fait de sa dissym\u00e9trie et de sa compl\u00e9tion simultan\u00e9es ! On commence \u00e0 les comparer, \u00e0 les ranger, on se prend au jeu : on passe aux familles\u2026<br \/>\nEt voil\u00e0 l\u2019argument dans toute sa splendeur : l\u00e0 o\u00f9 l\u2019ordonnateur (ou le curieux) va se muer en collectionneur (en obs\u00e9d\u00e9). N\u2019avez-vous jamais vu cette plante, telle ou telle esp\u00e8ce de poac\u00e9es ? ou cette coquille, telle ou telle esp\u00e8ce d\u2019hygromiid\u00e9 ? Allez-vous devoir parcourir des kilom\u00e8tres pour la trouver ? Seriez-vous pr\u00eat \u00e0 voyager ? Ou visiter les mus\u00e9es ? \u00c0 demander quelques exemplaires \u00e0 un coll\u00e8gue ? Voire \u00e0 l\u2019acheter sur internet ? La r\u00e9ponse \u00e0 ces questions d\u00e9termine le degr\u00e9 d\u2019obsession.<\/p>\n<p>L\u2019herbier est exigeant, parce qu\u2019il demande du temps, un peu de mat\u00e9riel, et surtout un entretien continuel ; le coquillier beaucoup moins ; il prend d\u2019ailleurs beaucoup moins de place ; il est \u00e0 peu pr\u00e8s immortel ; il est beaucoup plus facilement manipulable.<\/p>\n<p>On aime observer : qui n\u2019a jamais agenc\u00e9 les cartes postales, les couvertures de p\u00e9riodiques, les figurines, les capsules, que sais-je ? La diversit\u00e9 des formes et des couleurs <em>versus<\/em> l\u2019appartenance \u00e0 une s\u00e9rie. C\u2019est peut-\u00eatre \u00e0 la fois l\u2019int\u00e9r\u00eat et la limite de la collection : l\u2019int\u00e9r\u00eat pour la recherche du diff\u00e9rent dans le m\u00eame (et c\u2019est presque une d\u00e9finition de l\u2019ontologie), et \u2013 ce qui est le malheur des collectionneurs maladifs, l\u2019acceptation de l\u2019impossibilit\u00e9 de compl\u00e9ter une collection.<\/p>\n<p>La syst\u00e9matique n\u2019est jamais syst\u00e9matique : elle est une \u00e9bauche, jamais une \u0153uvre finie. Elle n\u2019est jamais qu\u2019\u00e9bauche. Elle est, en ce sens, comme le vivant : elle est entre la vie et la mort, entre l\u2019individu et le collectif, entre le dedans et le dehors.<\/p>\n<p>Elle est un projet, voire un espoir. Avec les \u00eatres vivants, en comparaison des vases Ming par exemple, la t\u00e2che est <em>litt\u00e9ralement<\/em> infinie. Entretenir un herbier ou se d\u00e9lecter d\u2019un coquillier, ce n\u2019est jamais que faire face \u00e0 la vie m\u00eame : qu\u2019elle est partiale, vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec, ou plut\u00f4t vou\u00e9e \u00e0 sa r\u00e9solution (c\u2019est loin d\u2019\u00eatre un \u00e9chec !), qui est la mort. Cette r\u00e9solution est un d\u00e9nouement, non pas un r\u00e9sultat.<\/p>\n<p>Affrontant le vivant, la construction du fichier naturaliste, n\u2019est jamais encore qu\u2019une astuce pour d\u00e9passer le n\u00e9ant par la bande, ou se donner l\u2019illusion de la berner. C\u2019est ou devrait \u00eatre une dynamique, non pas un point fixe.<\/p>\n<p>Cap au seuil, cap au seuil, disait Rabelais ! Notre rapport \u00e0 la nature se joue dans ce d\u00e9placement r\u00e9ciproque perp\u00e9tuel, rythmique, qui balance entre le blanc et le noir, le plein et le vide, le jour et la nuit, \u00e9videmment, \u00e9videmment, entre la vie et la mort.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\"><b>[<em>Cap au seuil<\/em>|Sommaire rapide]<\/b> <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/avant-propos\/\">Avant propos<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/terraque-le-monde-1-dans-lespace\/\">espace<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/la-vie\/\">la vie<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/terraque-le-monde-2-a-la-maison\/\">monde<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/les-deux-ou-trois-ecologies\/\">les \u00e9cologies<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/pour-la-cenologie\/\">c\u00e9nologie<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/sciences-naturelles-sciences-humaines-avec-emmanuel-catteau\/\">sciences naturelles<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/interlude\/\">interlude<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/nagoya-mon-amour\/\">protection de la nature<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/l-arbre-qui-plantait-des-hommes\/\">arbres<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/lanthropocene-contre-lhomme-lecocentrisme-contre-la-nature\/\">anthropoc\u00e8ne<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/lettre-a-ma-maman-sur-leffondrement\/\">catastrophe<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/mon-herbier-mon-coquillier\/\">herbier\/coquillier<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/ouverture-de-la-choreologie\/\">ouverture : r\u00e9gions naturelles<\/a><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/lettre-a-ma-maman-sur-leffondrement\/\">Lettre \u00e0 maman sur l&rsquo;effondrement<\/a> &lt; <strong>Mon herbier, mon coquillier<\/strong> &gt; <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/ouverture-de-la-choreologie\/\">Ouverture : de la chor\u00e9ologie<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_769_1();\">References<\/span><span role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_769_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_769_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_769_1\" style=\"\"><table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"><caption class=\"accessibility\">References<\/caption> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_769_1('footnote_plugin_tooltip_769_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_769_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>1<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Parties de ce texte, r\u00e9\u00e9crites, ont paru en 2020 dans le premier num\u00e9ro de la revue <em>\u00c9dition des Obsessions<\/em>, gr\u00e2ce \u00e0 Eric Tabuchi et Camille Vachin.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_769_1() { jQuery('#footnote_references_container_769_1').show(); 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Ch\u00f4ra, intraduisible, est une entit\u00e9 singuli\u00e8re de l\\'ontologie platonicienne. Elle est \u00e0 la fois matrice et empreinte. Elle est ce qui permet au lieu, au <em>topos<\/em>, d\\'advenir. Il est impossible de la d\u00e9finir simplement ici, il faut aller lire Augustin Berque (voir sa notice de ch\u00f4ra) !<br\/>La <strong>chor\u00e9ologie<\/strong> consid\u00e8re donc une portion d\\'espace comme habit\u00e9e, habit\u00e9e non seulement physiquement (par des objets, des \u00e9v\u00e8nements), mais \u00e9galement g\u00e9ographiquement (il y a un sens, il y a ensuite une utilisation de la ressource spatiale, par exemple dans l\\'agriculture ou l\\'architecture), mais aussi symboliquement : il y a ici acc\u00e8s \u00e0 une esp\u00e8ce de monde fantasm\u00e9, et qui s\\'incarne non seulement dans les lieux sacr\u00e9s, plus ou moins investis par les habitants, mais \u00e9galement par chacun d\\'entre eux dans son rapport intime et constructif avec son <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips10'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips10'>habitat<\/span><\/span>.<br\/>La <strong>chor\u00e9ologie<\/strong> est la science de l\\'<em>habiter<\/em>. La r\u00e9gion naturelle*, que nous \u00e9tudions ici plus particuli\u00e8rement, est l\\'un de ses champs heuristiques favoris.'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips4','La <strong>c\u00e9nologie<\/strong>, synonyme partiel d\\'<strong><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>\u00c9cobioc\u00e9notique<\/span>*<\/strong>, est la science qui, au sein de l\\'<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>\u00e9cologie<\/span>* (au sens actuel, flou) s\\'int\u00e9resse particuli\u00e8rement aux groupements <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>\u00e9cologiques<\/span> d\\'esp\u00e8ces ; ces groupements sont \u00e9cologiques, c\\'est-\u00e0-dire qu\\'ils ne sont ni phylog\u00e9n\u00e9tiques (ou familiaux), ni simplement morphologiques, ni strictement fonctionnels. En v\u00e9rit\u00e9 ils sont \u00e9videmment <i>aussi<\/i> ceux-l\u00e0, puisque l\\'\u00e9cologie est une science holistique (Vincent 2021). La description, la d\u00e9nomination et la classification de ces groupements* sont son domaine d\\'intervention. Ceux-ci touchent tous les \u00eatres vivants, les grands \"r\u00e8gnes\" classiques : bact\u00e9ries, plantes (phytoc\u00e9noses > phytoc\u00e9nologie = phytosociologie*) et animaux (zooc\u00e9nologie). La c\u00e9nologie concerne la biosph\u00e8re* ; lorsque le sujet d\\'\u00e9tude touche \u00e9galement \u00e0 la g\u00e9osph\u00e8re*, on parlerait plus volontiers de biog\u00e9ographie* ; lorsqu\\'il touche \u00e9galement aux affaires humaines (terroir, agriculture, paysage, urbanisme), \u00e0 la noosph\u00e8re*, on entre dans un autre domaine encore, que je d\u00e9nomme prop parte ici chor\u00e9ologie* (science du territoire*).'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips6','<strong><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>Ecobioc\u00e9notique<\/span><\/strong> est le terme pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 : science dont l\u2019objet est traditionnellement la relation du monde physico-chimique (inerte) avec les \u00eatres vivants, et des \u00eatres vivants entre eux. | <strong><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>Ecologie<\/span> :<\/strong> litt\u00e9ralement le discours sur l\u2019<em>oikos<\/em> = la maison\u00a0; il y aurait une \u00e9tendue ou un volume, et des fronti\u00e8res\u00a0; c\u2019est l\u2019histoire racont\u00e9e dans ces pages\u00a0: des d\u00e9ambulations dans l\u2019\u00e9tendue ou le volume, ou \u00e0 travers les fronti\u00e8res. C\u2019est le sens du <em>cap au seuil<\/em> | Selon Jean-Antoine Rioux 1958, l\\'<strong>\u00e9cologie<\/strong> poss\u00e8de deux grands domaines : l\\'<strong>\u00e9cologie m\u00e9sologique<\/strong>, la science du <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips12'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips12'>milieu<\/span><\/span>* (ou <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'>bio\u00e8ce<\/span><\/span>*\/<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips9'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips9'>biotope<\/span><\/span><\/span><\/span>*) et l\\'<strong>\u00e9cologie \u00e9thologique<\/strong>, qui s\\'int\u00e9resse aux organismes (<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'>bioc\u00e8ne<\/span><\/span><\/span>*\/<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'>bioc\u00e9nose<\/span><\/span>). Ces deux sous-domaines formeraient <i>toute<\/i> donc \u00e0 l\\'\u00e9cologie, mais le sens courant et actuel du terme, par le truchement du terme en vogue \"ecosyst\u00e8me*\", met essentiellement l\\'accent sur le premier domaine ; en r\u00e9alit\u00e9 l\\'\u00e9cobioc\u00e9nologie ne peut se passer de l\\'une ni de l\\'autre. Nous sommes donc aujourd\\'hui dans une impasse \u00e9pist\u00e9mologique, ou tout du moins dans un d\u00e9s\u00e9quilibre \u00e9pist\u00e9mologique, chose rare et \u00e9trange. | Selon Roger Molonier et Pierre Vignes 1971, \"L\\'<strong>Ecobioc\u00e9notique<\/strong> r\u00e9sulte de la confluence de deux grands courants scientifiques [...] Elle repr\u00e9sente l\\'aboutissement des sciences naturelles dites \"de terrain\" [...] elle ne saurait \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e un jour par une discinpline plus vaste. Elle constitue une limite vers laquelle tendent asymptotiquement, volontairement ou non, tous les efforts des naturalistes qui se vouent \u00e0 l\\'\u00e9tude du milieu.\" | L\\'\u00e9cologie n\\'est pas une science normale au sens de Kuhn+, mais une science complexe (sensu non-Morin+), qui s\\'adosse \u00e0 d\\'autres domaines du savoir : la g\u00e9ographie et la biologie, la syst\u00e9matique et la taxonomie, mais aussi la physique et la chimie, la climatologie, et bien entendue l\\'anthropologie et la sociologie, ainsi que la politique. | (Tout ce qui concerne le d\u00e9veloppement durable, la biodiversit\u00e9, l\\'\u00e9conomie verte, etc., bref tout ce qui int\u00e9resse de pr\u00e8s ou de loin l\\'\u00e9cologie politique rel\u00e8ve d\\'un autre domaine de l\\'\u00e9cologie comme science : histoire, politique, id\u00e9ologie, anthropomorphisme, \u00e9cocentrisme, anthropoc\u00e9nologie, catastrophologie ; elles ne nous int\u00e9ressent ici qu\\'\u00e0 la marge, ou par d\u00e9faut.)'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips11','Terme d\u00e9licat \u00e0 d\u00e9finir | Originellement (M\u00f6bius 1877*) : \"La science n\\'a pas encore de mot pour d\u00e9signer une telle communaut\u00e9 d\\'\u00eatres vivants, une choix et un certain nombre d\\'esp\u00e8ces et d\\'individus correspondant \u00e0 des conditions ext\u00e9rieures de vie moyennes, qui sont mutuellement d\u00e9pendants et se maintiennent en permanence par reproduction dans un espace mesur\u00e9. J\\'appelle une telle communaut\u00e9 bioc\u00e9nose ou communaut\u00e9 de vie. Tout changement dans un facteur de co-conditionnement d\\'une bioc\u00e9nose entra\u00eene des changements dans d\\'autres facteurs de cette m\u00eame bioc\u00e9nose.\" | Une c\u00e9nose est une communaut\u00e9 (voir ce mot) \u00e9cologique : un groupement d\\'esp\u00e8ces partageants les m\u00eames n\u00e9cessit\u00e9s (facteurs biotiques et abiotiques) en un lieu donn\u00e9, et partageant un certain nombre de caract\u00e8res phylog\u00e9n\u00e9tiques communs (population mais aussi clade, et dans ce cas on peut  distinguer : zooc\u00e9nose\/phytoc\u00e9nose, et, par exemple, au sein de la zooc\u00e9nose : entomoc\u00e9nose\/malacoc\u00e9nose, etc.) | L\\'ensemble des c\u00e9noses d\\'un site forme le bioc\u00e8ne* -- et le site le bio\u00e8ce* | Bio\u00e8ce et bioc\u00e8ne forment le biome*'); <\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[Cap au seuil|Sommaire rapide] Avant propos | espace | la vie | monde | les \u00e9cologies | c\u00e9nologie | sciences naturelles | interlude | protection de la nature | arbres | anthropoc\u00e8ne | catastrophe | herbier\/coquillier | ouverture : r\u00e9gions naturelles &nbsp; Lettre \u00e0 ma maman sur l&rsquo;effondrement &lt; Mon herbier, mon coquillier &gt; Ouverture. 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