{"id":731,"date":"2021-05-02T16:32:10","date_gmt":"2021-05-02T14:32:10","guid":{"rendered":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/?p=731"},"modified":"2025-08-28T07:42:27","modified_gmt":"2025-08-28T05:42:27","slug":"l-anthropocene-contre-l-homme-l-ecocentrisme-contre-la-nature","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/l-anthropocene-contre-l-homme-l-ecocentrisme-contre-la-nature\/","title":{"rendered":"L\u2019anthropoc\u00e8ne contre l\u2019homme, l\u2019\u00e9cocentrisme contre la nature"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-size: xx-small;\"><b>[<em>Cap au seuil<\/em>|Sommaire rapide]<\/b> <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/avant-propos\/\">Avant propos<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/terraque-le-monde-1-dans-lespace\/\">espace<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/la-vie\/\">la vie<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/terraque-le-monde-2-a-la-maison\/\">monde<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/les-deux-ou-trois-ecologies\/\">les \u00e9cologies<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/pour-la-cenologie\/\"><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips4'>c\u00e9nologie<\/span><\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/sciences-naturelles-sciences-humaines-avec-emmanuel-catteau\/\">sciences naturelles<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/interlude\/\">interlude<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/nagoya-mon-amour\/\">protection de la nature<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/l-arbre-qui-plantait-des-hommes\/\">arbres<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/lanthropocene-contre-lhomme-lecocentrisme-contre-la-nature\/\">anthropoc\u00e8ne<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/lettre-a-ma-maman-sur-leffondrement\/\">catastrophe<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/mon-herbier-mon-coquillier\/\">herbier\/coquillier<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/ouverture-de-la-choreologie-avec-eric-tabuchi\/\">ouverture : r\u00e9gions naturelles<\/a><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/l-arbre-qui-plantait-des-hommes\/\">L&rsquo;arbre qui plantait des hommes<\/a> &lt; <strong>L\u2019anthropoc\u00e8ne contre l\u2019homme, \u00e9cocentrisme contre la nature<\/strong> &gt; <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/lettre-a-ma-maman-sur-leffondrement\/\">Lettre \u00e0 ma maman sur l&rsquo;effondrement<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #992699;\">Texte mis en ligne le 2 mai 2021, derni\u00e8re mise \u00e0 jour le 28 ao\u00fbt 2025 (35 r\u00e9visions).<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p><em>[L]&rsquo;homme est un \u00eatre conditionn\u00e9 parce que tout ce qu&rsquo;il rencontre se change imm\u00e9diatement en condition de sa propre existence.<\/em><br \/>\nHannah Arendt, <em>La condition de l&rsquo;homme moderne<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Humain, trop non-humain<\/h2>\n<p>L\u2019un des traits les plus frappants des textes et des auteurs qui font cas du concept d\u2019anthropoc\u00e8ne me para\u00eet \u00eatre la contre-productivit\u00e9 de leur man\u0153uvre. \u00c0 force d\u2019apporter un \u00e9clairage toujours plus puissant et brutal sur les agissements de l\u2019\u00eatre humain, entendu comme responsable de tous les malheurs de la plan\u00e8te, je trouve qu\u2019ils lui donnent beaucoup de cr\u00e9dit et ce qui, en contre-partie, trahit un certain, mais \u00e9pid\u00e9mique, anthropocentrisme.<\/p>\n<p>J\u2019en vois une mani\u00e8re tout \u00e0 fait notable, dans le d\u00e9veloppement, toujours plus grand, de textes cens\u00e9s nous faire comprendre ce que nous ne saurions comprendre : la vie v\u00e9g\u00e9tale (j\u2019ai tent\u00e9 de l\u2019aborder dans le <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/l-arbre-qui-plantait-des-hommes\/\">chapitre pr\u00e9c\u00e9dent sur l\u2019arbre<\/a>), la vie animale. J\u2019y reviens rapidement ici, en citant par exemple Vincianne Despret citant elle-m\u00eame, dans un texte qui est une parodie d\u2019article scientifique clairement qualifi\u00e9 d\u2019anticipation, dans son recueil <em>Autobiographie d\u2019un poulpe<\/em><span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_1');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_731_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[1]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_731_1_1\" class=\"footnote_tooltip\">Actes Sud, 2021<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_731_1_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_731_1_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>, o\u00f9 elle se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un autre auteur qui s\u2019est sp\u00e9cialis\u00e9 sur la question, Baptiste Morizot<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_2');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_2');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_731_1_2\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[2]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_731_1_2\" class=\"footnote_tooltip\"><i>Sur la piste animale<\/i>, 2018 et <i>Mani\u00e8res d\u2019\u00eatre vivants<\/i>, 2020, chez le m\u00eame \u00e9diteur, dans la m\u00eame collection, \u00ab Mondes sauvages \u00bb .<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_731_1_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_731_1_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>. L\u2019autrice fictive est th\u00e9rolinguiste, linguiste sp\u00e9cialis\u00e9e dans le langage des non-humains, voire des non-vivants (\u2018th\u00e9ro-\u2019 ici ne renvoie pas au pr\u00e9fixe de \u2018th\u00e9rophyte\u2019, \u03b8\u03ad\u03c1\u03bf\u03c2, qui d\u00e9signe l\u2019\u00e9t\u00e9, mais provient de la racine grecque \u03b8\u03ae\u03c1, b\u00eate sauvage), mais aussi Bertrand Pr\u00e9vost et les in\u00e9vitables Deleuze et Guattari.<\/p>\n<p>L\u2019avantage de brouiller les pistes, c\u2019est-\u00e0-dire de vouloir \u00e0 tout prix que les non-humains disposent du langage, id\u00e9e contre laquelle je m\u2019\u00e9l\u00e8ve tout en consid\u00e9rant que bien des \u00eatres vivants, sinon tous, disposent en effet de moyens de communication \u2013 ce qui n\u2019est pas la m\u00eame chose, cet avantage est multiple : il permet d\u2019une part de r\u00e9duire la part humaine (antihumanisme), mais par cons\u00e9quent sa responsabilit\u00e9 (droit-de-l\u2019hommisme appliqu\u00e9 \u00e0 tout), mais il accompagne volontiers la toute-puissance du code (machinisme) et par cons\u00e9quent toute approche n\u00e9olib\u00e9rale de la nature (transhumanisme, services rendus par la biodiversit\u00e9, march\u00e9 du vert) avec aboutissement d\u00e9iste (voir le mot cr\u00e9ation ci-dessous). \u00c9videmment sortie de son contexte cette citation a une valeur quasi nulle, mais tant pis, puisque ce sont les mots seuls qu\u2019on observe (et je souligne).<\/p>\n<blockquote><p>Or, si nous en revenons aux propositions de Morizot, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019aurait pu s\u2019op\u00e9rer cette subversion des vols d\u2019apparences, ce d\u00e9tournement en faveur de l\u2019expressivit\u00e9 : le poulpe aurait, \u00e0 un moment donn\u00e9, d\u00e9tourn\u00e9 cette capacit\u00e9 de faire monde avec la lumi\u00e8re des choses non plus seulement pour voir, mais pour ne pas \u00eatre vu. C\u2019est le camouflage. Ce qui constituait une forme d\u2019accordage des apparences au service de la sensation aurait alors permis de cr\u00e9er des apparences intentionnelles ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, des apparences adress\u00e9es, dans le r\u00e9gime des leurres. Une ruse nouvelle : se confondre avec le <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips12'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips12'>milieu<\/span><\/span>, <em>\u00eatre vu comme un autre pour ne pas \u00eatre vu comme soi<\/em>.<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p>Il ne s\u2019agit pourtant pas d\u2019imitation, mais d\u2019une v\u00e9ritable op\u00e9ration de capture par laquelle le poulpe \u201cfait monde avec les lignes d\u2019un rocher, du sable et des plantes pour devenir imperceptible\u201d \u2013 une \u201ccosm\u00e9tique cosmique\u201d comme la nommait joliment le th\u00e9oricien de l\u2019esth\u00e9tique Bertrand Pr\u00e9vost, autre grand pr\u00e9curseur. Cette version du camouflage comme capture s\u2019av\u00e9rait pour nous, th\u00e9rolinguistes, cruciale. Car elle rejouait la question de l\u2019adaptation en la renouant \u00e0 celle, bien plus int\u00e9ressante, de la cr\u00e9ation \u2013 n\u2019est-ce pas l\u2019objet m\u00eame de toutes nos enqu\u00eates ?<\/p><\/blockquote>\n<p>C\u2019est plut\u00f4t paradoxal : voici des gens qui voudraient noyer l\u2019\u00eatre humain dans un tout biologique et non-biologique, dans un tout ext\u00e9rieur \u00e0 l\u2019homme, et qui n\u2019ont que ce mot \u00e0 la bouche\u2026 La cons\u00e9quence est pratique : ils font preuve de ce qu\u2019on appelle un \u00e9cocentrisme, o\u00f9 la nature (ou l\u2019\u00e9cologie ?) prend une place consid\u00e9rable mais, par un effet pervers, cette place reste assign\u00e9e par l\u2019homme et n\u2019acquiert pas, contrairement \u00e0 ce qui est avanc\u00e9, une souverainet\u00e9 qui lui serait propre.<\/p>\n<p>C\u2019est qu\u2019ils commettent une faute de d\u00e9butant : qu\u2019il existerait quelque chose comme un dehors de l\u2019homme\u2026 qui serait la nature, et que cette nature serait elle-m\u00eame indemne ou lib\u00e9r\u00e9e ontologiquement de l\u2019homme qu\u2019elle a pourtant fabriqu\u00e9. Le pas successif, le risque peut-\u00eatre, est alors engag\u00e9 et, d\u00e9velopp\u00e9 dans le chapitre suivant, touche \u00e0 une essentialisation de la nature qui peut d\u00e9river en morale (face obscure du sacr\u00e9)\u2026<\/p>\n<p>Cette op\u00e9ration passe \u00e9galement par une nouvelle marotte, qui est celle de donner des droits \u00e0 des entit\u00e9s non humaines, voire non strictement biologiques, comme des \u00ab\u00a0\u00e9cosyst\u00e8mes\u00a0\u00bb. Je ne m\u2019\u00e9tendrai pas sur le sujet, mais je ressens dans cette op\u00e9ration quelque chose comme une esp\u00e8ce de mainmise, \u00e0 nouveau, de l\u2019homme sur le non-humain : les exp\u00e9riences de l\u2019\u00c9quateur (Pachamama), de l\u2019Argentine (orang-outang) et, de mani\u00e8re plus spectaculaire, de la Nouvelle-Z\u00e9lande, reconnaissant le fleuve Whanganui comme personne morale, m\u2019apparaissent comme de dangereuses pr\u00e9dominances du droit positif. On peut na\u00efvement se poser la question (dans un monde de lobbying et de pressions de la pens\u00e9e) : Comment \u2013 et par qui \u2013 se d\u00e9fendra le non-humain ? Plus proche de nous, le d\u00e9ferlement de communication et d\u2019\u00e9v\u00e8nements tr\u00e8s \u00ab monde d\u2019apr\u00e8s \u00bb autour du projet de Parlement de la Loire, en est une p\u00e2le imitation. Cette op\u00e9ration n&rsquo;est pas seulement ridicule ; elle me para\u00eet \u00e9galement trompeuse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Latour contre Descola<\/h2>\n<p>Il n\u2019est pas question, dans le cadre de ce vade-mecum comme expos\u00e9 dans l\u2019avant-propos, de fouiller en profondeur les textes et th\u00e9ories de penseurs aussi complexes et prolixes que ceux de Philippe Descola et Bruno Latour ; <em>complexe<\/em> ici ne d\u00e9signe pas de mani\u00e8re n\u00e9gative ces th\u00e9ories et textes mais voudrait plut\u00f4t insister sur leurs relations entre eux et les relations qu\u2019ils entretiennent d\u2019une part avec l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie dans laquelle ils s\u2019inscrivent (la relation \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019ethnologie ou de la sociologie en relation avec la philosophie), d\u2019autre part avec la soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 ils apparaissent (une soci\u00e9t\u00e9 n\u00e9olib\u00e9rale en \u00e9vidente crise, notamment en \u00ab crise de repr\u00e9sentation \u00bb pour ne citer que celle-ci). Je n&rsquo;en aurais ni le temps ni l\u2019\u00e9nergie, ni surtout probablement les comp\u00e9tences techniques ou intellectuelles.<\/p>\n<p>Si je souhaite revenir toutefois sur ces deux auteurs, c\u2019est parce qu\u2019ils incarnent \u00e0 mon avis deux versions compl\u00e9mentaires de la relation probl\u00e9matique que l\u2019homme entretient avec la nature et en particulier qu\u2019ils d\u00e9montrent la difficult\u00e9 de parler de nature lorsqu\u2019on n\u2019est pas soi-m\u00eame confront\u00e9 au naturalisme.<\/p>\n<p>Par le titre fac\u00e9tieux, je souhaite poser que les deux penseurs se c\u00f4toient et se r\u00e9pondent et, s\u2019opposant peut-\u00eatre, ils se nourrissent l\u2019un l\u2019autre, au prix selon moi d\u2019une grande perte en chemin : la nature elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>1. Nature &amp; culture<\/h3>\n<p>Les deux auteurs posent un regard diff\u00e9rent sur un sujet central et commun : la distinction entre nature et culture ou nature et soci\u00e9t\u00e9, et, plus exactement, ils se placent du point de vue d\u2019un au-del\u00e0 de cette distinction : c\u2019est le fond du principe de sym\u00e9trie \u00e9nonc\u00e9 par Latour : il n\u2019y aurait pas de diff\u00e9rence notable entre le monde conceptuel des savants et celui de \u00ab tout le monde \u00bb, entre celui des illumin\u00e9s et celui des sauvages, entre celui de l\u2019homme moderne et celui de l\u2019homme traditionnel.<\/p>\n<p>Nous avons d\u00e9j\u00e0 op\u00e9r\u00e9 un glissement, ici, entre monde de la science et monde quotidien d\u2019une part et d\u2019autre part monde moderne et monde sauvage d\u2019autre part (ou dit autrement entre Occident d\u2019apr\u00e8s les Lumi\u00e8res et \u00ab reste-du-monde \u00bb). Jusqu\u2019ici je suis enclin \u00e0 suivre le sociologue, ayant d\u00e9j\u00e0 expos\u00e9 par ailleurs l\u2019impossibilit\u00e9 de sortir notamment du langage, qui rend pratiquement impossible toute individuation d\u2019une nature essentielle, inhumaine, immonde.<\/p>\n<p>Comme le souligne Pierre Charbonnier, l\u2019un de leurs thurif\u00e9raires, les diff\u00e9rences vont appara\u00eetre entre les deux penseurs dans la mani\u00e8re de consid\u00e9rer le mode de relation entre soci\u00e9t\u00e9 humaine et monde naturel. Pour Descola, ce mode est animiste : il y a relation (d\u2019entraide ou de conflit) et donc une r\u00e9partition des positions comme des responsabilit\u00e9s (des individus, sociaux ou naturels, ainsi que des communaut\u00e9s qu\u2019ils forment) ; chez Latour au contraire, ce mode est f\u00e9tichiste, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on sort de la relation subjective pour entrer dans le monde de la repr\u00e9sentation, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment de l\u2019artefact : le rapport \u00e0 la nature est la fabrique d\u2019un \u00e9tant. On construit alors les responsabilit\u00e9s selon le r\u00e8gne de la raison, du droit, du logos.<\/p>\n<p>Latour est en effet capable, sans rougir, d\u2019ass\u00e9ner ce genre d\u2019opinion :<\/p>\n<blockquote><p><\/a> Les fant\u00f4mes usuels des sciences sociales : symboles, repr\u00e9sentations, signifiants et autres inexistences de la m\u00eame farine qui ne tiennent jamais que par contraste avec la nature r\u00e9serv\u00e9e aux sciences naturelles<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_3');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_3');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_731_1_3\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[3]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_731_1_3\" class=\"footnote_tooltip\">Bruno Latour, <em>Politiques de la nature. Comment faire entrer les sciences en d\u00e9mocratie ?<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte, 1999.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_731_1_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_731_1_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Pour un naturaliste et \u00e9crivain, cette phrase repr\u00e9sente comme une malheureuse provocation, et d\u00e9note une malheureuse m\u00e9connaissance de la nature (et non seulement des sciences naturelles) comme de la nature de l\u2019homme (et en particulier du pouvoir de la repr\u00e9sentation). Mais Descola n\u2019est pas en reste :<\/p>\n<blockquote><p>La dualit\u00e9 du monde, son partage entre des r\u00e9gularit\u00e9s mat\u00e9rielles universelles et des syst\u00e8mes de valeurs particularis\u00e9s, est devenue la dimension constitutive de l\u2019objet de l\u2019anthropologie [\u2026] Or, [\u2026] une telle t\u00e2che est impossible \u00e0 mener \u00e0 bien tant que l\u2019on continue d\u2019accepter les pr\u00e9misses de d\u00e9part, c\u2019est-\u00e0-dire le fait que l\u2019exp\u00e9rience humaine doit \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e comme r\u00e9sultant de la coexistence de deux champs de ph\u00e9nom\u00e8nes r\u00e9gis par des principes distincts<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_4');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_4');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_731_1_4\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[4]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_731_1_4\" class=\"footnote_tooltip\">Philippe Descola, \u00ab L\u2019\u00e9cologie des autres. L\u2019anthropologie et la question de la nature \u00bb , in id. (\u00e9d.), <em>L\u2019\u00e9cologie des autres<\/em>, Quae, 2011.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_731_1_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_731_1_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Allant jusqu\u2019\u00e0 dire que \u00ab la nature n\u2019existe pas \u00bb, Descola n\u2019a rien \u00e0 envier \u00e0 son coll\u00e8gue, et si on d\u00e9note des parcours diff\u00e9rents, la destination me para\u00eet la m\u00eame (aujourd\u2019hui, en pleine pand\u00e9mie, ayant entendu leur r\u00e9action, plus que jamais) : la mort de l\u2019homme. Conforme en cela \u00e0 l\u2019\u00e9vocation de Michel Foucault, dans les <i>Mots et les choses<\/i>, qui avait pr\u00e9dit la mort de l\u2019homme comme objet d\u2019\u00e9tude, comme un visage dessin\u00e9 sur le sable, et dissip\u00e9 par le passage forcen\u00e9 des vagues. Cette image, pour belle qu\u2019elle soit, n\u2019en est pas moins embl\u00e9matique du renversement \u00e9pist\u00e9mologique qu\u2019il s\u2019est produit dans ces ann\u00e9es, et dont notre \u00e9poque est, quoiqu\u2019on en dise, tributaire.<\/p>\n<p>Combien je regrette que Michel Foucault, dont la prose et les id\u00e9es sont parmi les plus flamboyantes du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, ait, \u00e0 la fin de sa vie, pench\u00e9 pour le n\u00e9olib\u00e9ralisme, discr\u00e9ditant ainsi non seulement une partie non n\u00e9gligeable de son \u0153uvre mais, comme un \u00e9clat de lumi\u00e8re dans la nuit assoupie, la majeure partie du \u2018courant\u2019 dont il \u00e9tait l\u2019un des repr\u00e9sentants, \u00e0 savoir la philosophie libertaire des ann\u00e9es 60 \u00e0 80, faisant dramatiquement lien entre l\u2019\u00e9poque de Vincennes et les \u00e9lucubrations des n\u00e9ophilosophes.<\/p>\n<p>Mais si cela m\u2019attriste, cela ne m\u2019\u00e9tonne pas, en revanche, et comment ne pas voir en lui un phare, \u00e9clairant l\u2019\u00e9poque qui s\u2019est ouverte, l\u2019\u00e9poque qui s\u2019ouvre : en effet, l\u2019homme, l\u2019\u00eatre humain, non seulement comme sujet d\u2019\u00e9tude, mais comme objet de r\u00e9flexion, est \u00e0 l\u2019agonie. Et il est aussi \u00e9vident que logique que l\u2019une des grandes sc\u00e8nes de destruction conceptuelle, je veux parler de l\u2019ensemble des d\u00e9bats o\u00f9 se joue l\u2019id\u00e9omachie, reste et demeure (pour un long temps j\u2019imagine) la sc\u00e8ne <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>\u00e9cologique<\/span>. (On peut se demander alors si la vertu de l&rsquo;attention au non-humain a un lien avec la d\u00e9t\u00e9rioration des conditions de travail et de vie des classes populaires, par exemple&#8230;)<\/p>\n<p>En effet, puisque l\u2019\u00e9cologie est par essence li\u00e9e \u00e0 la nature, se pose la question de la place de l\u2019homme en elle \u2013 et \u00e9tant donn\u00e9 la gravit\u00e9 de la crise actuelle, du moins dans les d\u00e9bats, cette place est bien \u00e9videmment consid\u00e9r\u00e9e comme essentielle. Insinuer que la nature est une cr\u00e9ation humaine autorise le geste paradoxal de s\u2019en passer, \u00e0 seule fin d\u2019\u00e9vacuer, du m\u00eame coup l\u2019homme lui-m\u00eame. C\u00e9der \u00e0 l\u2019illusion que l\u2019homme s\u2019\u00e9vanouisse dans la nature permet, d\u2019une pierre, de faire deux coups : r\u00e9duire la part sauvage du monde ; s\u2019abstraire, pr\u00e9cis\u00e9ment, de la responsabilit\u00e9 humaine (positive ou n\u00e9gative, l\u00e0 n\u2019est pas le probl\u00e8me) \u00e0 son \u00e9gard.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>2. Inexorable aporie du vivant<\/h3>\n<p>C\u2019est que l\u2019un et l\u2019autre, peut-\u00eatre par des moyens divers, \u00e9clairent justement l\u2019insurmontable aporie qui est au c\u0153ur de toute r\u00e9flexion sur la nature, probablement depuis des temps fort recul\u00e9s. C\u2019est une contradiction :<\/p>\n<ul>\n<li>l\u2019esp\u00e8ce humaine appartient au clade des mammif\u00e8res, est un animal, est un \u00eatre vivant, au m\u00eame titre que le bonobo ou le chien, le vertigo \u00e9troit ou la couleuvre vip\u00e9rine, la calamagrostide argent\u00e9 ou le staphylocoque dor\u00e9. De fait elle appartient \u00e0 la biosph\u00e8re, c\u2019est une \u00e9vidence logique, elle incorpore le vivant, le monde de la nature ;<\/li>\n<li>l\u2019esp\u00e8ce humaine est dou\u00e9e d\u2019une facult\u00e9 symbolique-linguistique, qui lui permet d\u2019imaginer ce qui n\u2019est pas : l\u2019au-del\u00e0, le pass\u00e9 ou le futur, la r\u00e9alit\u00e9 alternative ; la mort, les dieux et les hobbits ; les fantasmes, les mythes et les r\u00e9cits. De fait elle est non seulement d\u00e9tach\u00e9e du monde (le r\u00e9el) (il y a du jeu, qui est le fait du langage), elle est \u00e9galement d\u00e9tach\u00e9e de tous les \u00eatres vivants (la biosph\u00e8re) qui, s\u2019ils ont \u00e9videmment des facult\u00e9s de communication (toute la pr\u00e9dation, toute la sexualit\u00e9 exploite les signes, n\u2019est-ce pas), ne poss\u00e8dent pas un langage articul\u00e9 (et articul\u00e9 \u00e9galement \u00e0 un cerveau capable d\u2019imaginaire, lui-m\u00eame fruit de la station debout).<\/li>\n<\/ul>\n<p>C\u2019est ainsi, il n\u2019y a rien \u00e0 faire : c\u2019est l\u2019aporie originelle, la matrice m\u00eame qui est \u00e0 l\u2019origine du vivant, comme j\u2019ai pu l\u2019\u00e9voquer dans le <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/la-vie\/\">chapitre sur la vie<\/a> : c\u2019est le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne qui fait du vivant un dedans-dehors. Le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne qui fait du m\u00eame l\u2019autre et r\u00e9ciproquement, et \u2013 on aura compris \u2013 le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le <em>lir&amp;crire<\/em>.<\/p>\n<p>On ne peut r\u00e9soudre cette aporie : l\u2019esp\u00e8ce humaine est hors et dans la nature, en m\u00eame temps.<\/p>\n<p>Cette aporie \u00e9videmment pose de mani\u00e8re radicale et infiniment probl\u00e9matique la question de la place de l\u2019homme dans la nature \u2013 je veux dire les cons\u00e9quences de ses actes. Est-il un ph\u00e9nom\u00e8ne naturel, auquel cas le p\u00e9trole, le plastique, l\u2019agriculture, la ville, l\u2019ordinateur, internet et la station Mir sont des \u00ab produits naturels \u00bb ? Est-il v\u00e9ritablement coup\u00e9 de la nature, au point que tout le monde qu\u2019il a b\u00e2ti, la grotte Cosquer, le <i>Stabat Mater<\/i> de Pergolesi, le miel de lavande, le bo-bun, Ispahan, internet et la station Mir, lui est hostile ?<\/p>\n<p>On ne peut r\u00e9pondre, on ne pourra jamais r\u00e9pondre.<\/p>\n<p>\u00c0 ce point, on peut consid\u00e9rer qu\u2019il y a deux conceptions possibles qui s\u2019affrontent. Ou bien on pense avec Descartes que l\u2019homme peut ou doit se penser \u00ab comme ma\u00eetre et possesseur de la nature \u00bb ; ou bien on juge au contraire, la nature est tout, \u00ab deus sive natura \u00bb, comme Spinoza, quitte \u00e0 devoir l\u2019assimiler \u00e0 Dieu : mais dans ce cas est-ce Dieu qui chute dans le monde mat\u00e9riel ou la nature qui est en quelque sorte divinis\u00e9e ? On souligne souvent les rapports contradictoires entre les deux philosophes, et leur dialogue aura probablement form\u00e9 grande part de la science moderne. Si on s\u2019accorde sur leur mat\u00e9rialisme commun, en quelque sorte, on con\u00e7oit le heurt entre le monisme de Spinoza et le dualisme de Descartes. Il est bien \u00e9videmment hors de question d\u2019entrer ici dans des consid\u00e9rations m\u00e9taphysiques et \u00e9thiques (puisque pr\u00e9cis\u00e9ment, j\u2019aurais souhait\u00e9 rester au ras des p\u00e2querettes, du point de vue de la pelouse), mais on peut souligner l\u2019\u00e9trange r\u00e9sonance que \u00ab deus sive natura \u00bb et \u00ab comme ma\u00eetre et possesseur de la nature \u00bb provoque. On se doit, en outre de constater que l\u2019\u00e9cologie contemporaine se joue pr\u00e9cis\u00e9ment sur des questions m\u00e9taphysiques et \u00e9thiques ! Ce qui permet ainsi au pape Fran\u00e7ois d\u2019\u00e9crire dans <i>Laudato si\u2019 !<\/i> :<\/p>\n<blockquote><p>Alors que \u00ab cultiver \u00bb signifie labourer, d\u00e9fricher ou travailler, \u00ab garder \u00bb signifie prot\u00e9ger, sauvegarder, pr\u00e9server, soigner, surveiller. Cela implique une relation de r\u00e9ciprocit\u00e9 responsable entre l\u2019\u00eatre humain et la nature.<\/p><\/blockquote>\n<p>Cette r\u00e9ciprocit\u00e9 est bien r\u00e9elle, mais l\u2019interpr\u00e9tation qu\u2019on en fait peut \u00e9videmment \u00eatre double (puisque nous nageons en pleine aporie) ; en v\u00e9rit\u00e9 ce ne sont pas deux, mais quatre conceptions qui s\u2019affrontent :<\/p>\n<table width=\"100%\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"4\">\n<colgroup>\n<col width=\"128*\" \/>\n<col width=\"128*\" \/> <\/colgroup>\n<tbody>\n<tr valign=\"top\">\n<td width=\"50%\">\nl\u2019homme est tout\n<\/td>\n<td width=\"50%\">\nle non-homme est tout\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr valign=\"top\">\n<td width=\"50%\">\nla nature est tout\n<\/td>\n<td width=\"50%\">\nla non-nature est tout\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>On ne poussera pas le bouchon \u00e0 d\u00e9doubler ces propositions encore en repla\u00e7ant \u00ab tout \u00bb par \u00ab rien \u00bb, cela ne changerait pas grand-chose. En revanche on voit bien que le doute persiste de savoir si la non-nature est humaine et si le non-homme est la nature.<\/p>\n<p>Dans les glissements progressifs entre chacune des propositions s\u2019infiltre la morale (un moralisme voisin de la morale chr\u00e9tienne), \u00e9thique et m\u00e9taphysique. C\u2019est \u00e9galement \u00e0 cet endroit que g\u00eet mon malaise d\u2019\u00e9cologue.<\/p>\n<p>Il touche pr\u00e9cis\u00e9ment au propre de la biologie que l\u2019on n\u2019a cess\u00e9 d\u2019affronter jusqu\u2019ici, m\u00eame silencieusement : la danse entre d\u00e9terminisme et \u00e9volutionnisme (ou en quelque sorte entre fronti\u00e8re et infini). Vouloir \u00e9chapper \u00e0 l\u2019aporie conduit inexorablement \u00e0 une position tranch\u00e9e : anthropocentrique ou au contraire \u00e9cocentrique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>3.Nous avons perdu le monde et le monde nous<\/h3>\n<p>Ce qui rassemble Latour et Descola est plus fort que ce qui les s\u00e9pare, et en particulier cette \u00e9trange ind\u00e9cidabilit\u00e9 dont ils sont, \u00e0 mon avis, embl\u00e9matiques. De quoi est-elle l\u2019embl\u00e8me ? Je pose qu\u2019ils sont tous les deux des structuralistes, au sens pratiquement id\u00e9ologique du terme : deux constructivistes, \u00e0 l\u2019aise dans l\u2019\u00e9poque de la mort de l\u2019homme, de la revendication individuelle et de lib\u00e9ralisme mental, social et \u00e9conomique !<\/p>\n<p>Bruno Latour r\u00e9cuse cet h\u00e9ritage, et le critique s\u00e9v\u00e8rement, et il se d\u00e9finit plut\u00f4t comme un amoderne. Mais on devine, \u00e0 la mani\u00e8re dont il s\u2019attache \u00e0 interpr\u00e9ter le monde naturel \u00e0 travers la promotion des objets hybrides, du mouvement ou du r\u00e9seau, comme une esp\u00e8ce de nomadisme deleuzien qu\u2019on pourrait qualifier pourquoi pas d\u2019intersectionnel, d\u00e9note de cette familiarit\u00e9. Ce qu\u2019on retient aussi, c\u2019est l\u2019aversion pour le monde occidental, jug\u00e9 n\u00e9gativement dans ses m\u00e9thodes et ses effets, concourant \u00e0 une esp\u00e8ce de culpabilisation propre au mouvement.<\/p>\n<blockquote><p>Quoi qu\u2019ils fassent, les Occidentaux apportent l\u2019histoire dans les coques de leurs caravelles et de leurs canonni\u00e8res, dans les cylindres de leurs t\u00e9lescopes et les pistons de leurs seringues \u00e0 vacciner. Ce fardeau de l\u2019homme blanc, ils le portent tant\u00f4t comme une t\u00e2che exaltante, tant\u00f4t comme une trag\u00e9die, mais toujours comme un destin. Ils ne pr\u00e9tendent pas seulement qu\u2019ils diff\u00e8rent des autres comme les Sioux des Algonquins, ou les Baoul\u00e9s des Lapons, mais qu\u2019ils diff\u00e8rent radicalement, absolument, au point que l\u2019on peut mettre d\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019Occidental et, de l\u2019autre, toutes les cultures puisqu\u2019elles ont toutes en commun d\u2019\u00eatre justement des cultures parmi d\u2019autres. L\u2019occident, et lui seul, ne serait pas une culture, pas seulement une culture.<\/p><\/blockquote>\n<p>Philippe Descola reconna\u00eet lui les liens qui l\u2019ont attach\u00e9 \u00e0 Claude Levi-Strauss : il n\u2019use pas, comme son confr\u00e8re, de la provocation, et para\u00eet plus mesur\u00e9. Il l\u2019affiche m\u00eame, cette h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, \u00e0 travers sa typologie des quatre ontologies d\u00e9crites dans <i>Par-del\u00e0 nature et culture<\/i> distribu\u00e9es dans un tableau \u00e0 double entr\u00e9e ayant pour abscisse le mode d\u2019interaction avec le monde (fusion ou fragmentation), pour ordonn\u00e9e le degr\u00e9 de s\u00e9paration d\u2019avec le monde (\u00e9cocentrique = cosmog\u00e9nique ou anthropocentrique = anthropog\u00e9nique). L\u00e0 encore, le monde occidental est critiqu\u00e9, qui produit une ontologie de la division g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e (fragmentation + anthropog\u00e9nie), jug\u00e9e \u00ab probl\u00e9matique \u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Cas-9-1024x724.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"453\" class=\"aligncenter size-large wp-image-1364\" srcset=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Cas-9-1024x724.jpg 1024w, http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Cas-9-300x212.jpg 300w, http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Cas-9-768x543.jpg 768w, http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Cas-9.jpg 1447w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/p>\n<p>Soyons pr\u00e9cis : les deux auteurs ne sont pas dupes, ils sont bel et bien relativistes, ils ne nient pas, ni l\u2019un ni l\u2019autre, que l\u2019\u00e9tat d\u00e9sastreux des soci\u00e9t\u00e9s occidentales ne soit qu&rsquo;un possible parmi les multiples possibles d\u2019\u00eatre au monde ; et ils savent bien que les soci\u00e9t\u00e9s en elles-m\u00eames, je veux dire le peuple des gens qui les forment, ne sont ni responsables ni probablement satisfaites de cet \u00e9tat de choses.<\/p>\n<p>Ainsi Descola :<\/p>\n<blockquote><p>Le dualisme de la nature et de la culture est une mani\u00e8re parmi d\u2019autres de rep\u00e9rer des continuit\u00e9s dans les plis du monde ; et il n\u2019y a gu\u00e8re de raison de trouver plus d\u00e9raisonnable ou arbitraire qu\u2019une autre cette distribution ontologique qui nous est famili\u00e8re depuis maintenant plus d\u2019un si\u00e8cle<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_5');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_5');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_731_1_5\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[5]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_731_1_5\" class=\"footnote_tooltip\">Philippe Descola, \u00ab L\u2019\u00e9cologie des autres \u00bb, <i>art.cit<\/i><\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_731_1_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_731_1_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Et Latour :<\/p>\n<blockquote><p>Les nations indiennes au c\u0153ur de la for\u00eat amazonienne n\u2019ont rien \u00e0 voir avec \u00ab l\u2019origine anthropique \u00bb du changement climatique \u2013 du moins tant que des politiciens en campagne \u00e9lectorale ne leur ont pas distribu\u00e9 des tron\u00e7onneuses. Pas plus que les pauvres des bidonvilles de Bombay qui ne peuvent que r\u00eaver d\u2019avoir une empreinte carbone plus importante que celle laiss\u00e9e par la suie \u00e9mise par leurs foyers de fortune. Pas plus que l\u2019ouvri\u00e8re oblig\u00e9e de faire de longs trajets en voiture parce qu\u2019elle n\u2019a pas pu trouver un logement abordable pr\u00e8s de l\u2019usine o\u00f9 elle travaille : qui oserait lui faire honte de sa trace carbone ? C\u2019est pourquoi l\u2019Anthropoc\u00e8ne, malgr\u00e9 son nom, n\u2019est pas une extension immod\u00e9r\u00e9e de l\u2019anthropocentrisme<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_6');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_6');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_731_1_6\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[6]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_731_1_6\" class=\"footnote_tooltip\">Bruno Latour, Face \u00e0 Ga\u00efa. Huit conf\u00e9rences sur le nouveau r\u00e9gime climatique, La D\u00e9couverte\/Les Emp\u00eacheurs, 2015.\nOn pourrait ici souligner toutefois le parti-pris qui g\u00eet au fond de la&nbsp;&#x2026; <span class=\"footnote_tooltip_continue\"  onclick=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_6');\">Continue reading<\/span><\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_731_1_6').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_731_1_6', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Mais leur relativisme ne les am\u00e8ne pas \u00e0 revoir, de fond en comble, le fondement m\u00eame de leur proposition : \u00e0 savoir que l\u2019\u00e9mancipation philosophique et scientifique sont n\u00e9cessairement irr\u00e9m\u00e9diablement synonymes de d\u00e9rives autoritaires et de n\u00e9olib\u00e9ralisme. Et c\u2019est l\u00e0 une terrible subtilit\u00e9 qu\u2019il convient de d\u00e9samorcer urgemment sous peine de tomber dans le <em>wokisme<\/em> le plus ben\u00eat (ou bien dans l\u2019incantation libertaire qui ne produit qu\u2019une confortable prise de conscience d\u00e9nu\u00e9e d\u2019effets).<\/p>\n<p>On ne peut que souscrire \u00e0 l\u2019id\u00e9e que l\u2019homme blanc occidental a asservi durablement le reste du monde et notamment sous le couvert de la raison et des Lumi\u00e8res \u2013 qui aujourd\u2019hui pourrait contredire cela ? \u2013 mais, comme le souligne Alain Caill\u00e9, \u00ab faire de la f\u00e9tichisation de la science une machine de guerre invent\u00e9e par l\u2019Occident pour conjurer le politique, c\u2019est, dans une sorte de foucaldisme radicalis\u00e9, oublier que c\u2019est, tout autant ou plus, au nom et gr\u00e2ce \u00e0 cette c\u00e9l\u00e9bration de la science qu\u2019a pu \u00eatre desserr\u00e9e la pr\u00e9gnance de l\u2019h\u00e9t\u00e9ronomie religieuse et conquis un espace effectif pour la libert\u00e9 civique et la d\u00e9mocratie. Au reste, il n\u2019est pas s\u00fbr que Latour, quelques d\u00e9tours qu\u2019il s\u2019autorise, parle au nom d\u2019un autre id\u00e9al que celui de la science<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_7');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_7');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_731_1_7\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[7]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_731_1_7\" class=\"footnote_tooltip\">Alain Caill\u00e9, \u00ab Une politique de la nature sans politique. \u00c0 propos de <i>Politiques de la nature <\/i>de Bruno Latour \u00bb, in <i>Revue du MAUSS<\/i> n\u00b017, 94-116, 2001.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_731_1_7').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_731_1_7', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>. \u00bb <\/p>\n<p>Et d\u2019autre part, Fran\u00e7ois Herran, concernant les quatre ontologies : \u00ab On peut se demander toutefois s\u2019il n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 souhaitable de mettre \u00e0 l\u2019\u00e9tude une autre approche plus d\u00e9monstrative : l\u2019exploitation du vaste fichier des \u2018relations humaines par aires culturelles\u2019 con\u00e7u par George Murdock, dont il existe une copie au laboratoire d\u2019anthropologie que dirige Descola au Coll\u00e8ge de France. T\u00e2che difficile, tant cette base de donn\u00e9es est peu standardis\u00e9e, mais qui viserait \u00e0 cerner les facteurs associ\u00e9s de fa\u00e7on pr\u00e9f\u00e9rentielle \u00e0 telle ou telle conception des liens entre monde humain et monde animal. Ces facteurs pourraient \u00eatre des traits aussi simples que la taille du groupe, sa localisation, les formes de chasse et de domestication, la pr\u00e9sence de l\u2019institution chamanique, peut-\u00eatre aussi des traits culturels plus \u00e9labor\u00e9s comme la nature des divisions tot\u00e9miques ou l\u2019existence de hi\u00e9rarchies c\u00e9lestes. Bref une approche multivari\u00e9e et non plus typologique, qui mesurerait la contribution in\u00e9gale des divers facteurs \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une conception donn\u00e9e, sans que la pr\u00e9sence de contre-exemples suffise \u00e0 nier la corr\u00e9lation. On rejoindrait ainsi une observation r\u00e9it\u00e9r\u00e9e de Descola, selon laquelle les divers types d\u2019ontologie, loin d\u2019\u00eatre exclusifs, pourraient coexister \u00e0 divers degr\u00e9s dans une m\u00eame soci\u00e9t\u00e9, ainsi que son souhait, exprim\u00e9 <em>in fine<\/em>, de progresser un jour vers la recherche des \u2018causes<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_8');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_8');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_731_1_8\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[8]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_731_1_8\" class=\"footnote_tooltip\">Fran\u00e7ois H\u00e9ran, \u00ab Vers une sociologie des relations avec la nature \u00bb, in <i>Revue Fran\u00e7aise de Sociologie <\/i>n\u00b048\/4, 795-806, 2007.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_731_1_8').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_731_1_8', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>\u2019 \u00bb.<\/p>\n<p>Bien au contraire, le relativisme g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 devient \u2013 comme malheureusement c\u2019est le cas dans la plupart des mouvements de d\u00e9nonciation cultiv\u00e9s par l\u2019\u00e9lite lib\u00e9rale \u2013 l\u2019occasion de jeter tous les b\u00e9b\u00e9s avec toutes les eaux de tous les bains, sous la banni\u00e8re vaguement libertaire, sauvagement multiculturaliste.<\/p>\n<blockquote><p>Il n\u2019y a [\u2026] gu\u00e8re de sens \u00e0 opposer, comme le fait l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie moderniste, un monde unique et vrai, compos\u00e9 de tous les objets potentiellement connaissables, aux mondes multiples et relatifs que chacun de nous se forge dans l\u2019exp\u00e9rience du quotidien<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_9');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_9');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_731_1_9\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[9]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_731_1_9\" class=\"footnote_tooltip\">Descola, \u00ab L\u2019\u00c9cologie des autres \u00bb, <i>art.cit<\/i><\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_731_1_9').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_731_1_9', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Et :<\/p>\n<blockquote><p>C\u2019est bien plut\u00f4t l\u2019humain comme agent unifi\u00e9, comme simple entit\u00e9 politique virtuelle, comme concept universel, qui doit \u00eatre d\u00e9compos\u00e9 en plusieurs peuples distincts, dot\u00e9s d\u2019int\u00e9r\u00eats contradictoires, et convoqu\u00e9s sous les auspices d\u2019entit\u00e9s en guerre \u2013 pour ne pas dire de divinit\u00e9s en guerre. L\u2019anthropos de l\u2019anthropoc\u00e8ne ? C\u2019est Babel apr\u00e8s la chute de la tour g\u00e9ante. Enfin l\u2019humain n\u2019est plus unifiable ! Enfin il n\u2019est plus hors sol ! Enfin il n\u2019est plus hors de l\u2019histoire terrestre<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_10');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_10');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_731_1_10\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[10]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_731_1_10\" class=\"footnote_tooltip\">Latour, <i>Face \u00e0 Ga\u00efa<\/i>, <i>op.cit.<\/i><\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_731_1_10').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_731_1_10', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script> !<\/p><\/blockquote>\n<p>Il est proprement rageant, d\u2019un strict point de vue heuristique, d&rsquo;\u00e9chouer \u00e0 saisir cette queue de poisson. C\u2019est comme si nos deux auteurs voulaient racheter tout le mal commis par toute l\u2019histoire occidentale \u2013 dont, je le r\u00e9p\u00e8te, on ne peut nier la mainmise imp\u00e9rialiste sur le reste du monde \u2013 mais tout en s\u2019aveuglant sur les v\u00e9ritables causes, et par cons\u00e9quent, les v\u00e9ritables leviers qu\u2019il conviendrait d\u2019actionner.<\/p>\n<p>Au sortir de leur lecture, un go\u00fbt amer me reste en bouche : parce qu\u2019il me para\u00eet difficile de consid\u00e9rer d\u2019un bloc, tout ou rien, au moment m\u00eame o\u00f9 est promu un impitoyable relativisme : il est un point crucial o\u00f9 subitement le discours alternatif, loin de voler en \u00e9clat (comme fracass\u00e9 sur le mur des dogmes traditionnels) subitement se retourne, \u00e0 la mani\u00e8re du scorpion, et se retourne contre lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>En v\u00e9rit\u00e9, ce qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre, peut-\u00eatre \u00e0 leur corps d\u00e9fendant, c\u2019est une esp\u00e8ce de chausse-trappe, \u00e0 mon avis tr\u00e8s dommageable, o\u00f9 ils tombent : en se focalisant sur la figure de l\u2019homme occidental moderne comme origine de tout mal, et ils le font tous les deux, ils ajoutent \u00e0 la confusion initiale une nouvelle confusion : que le Papou ou l\u2019Inuit, pour vivre en harmonie avec son monde, les \u00eatres vivants et non-vivants, et les autres civilisations, n\u2019en sont pas moins des hommes.<\/p>\n<p>Et qu\u2019en v\u00e9rit\u00e9, chacun, \u00e0 sa mani\u00e8re, suscite et organisme son propre dehors : il y a toujours du \u00ab eux \u00bb quand il y a du \u00ab nous \u00bb, et je ne sache pas qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 ne se pr\u00e9vale pas, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, d\u2019une \u00ab courroie d\u2019identit\u00e9 \u00bb .<\/p>\n<p>Ainsi, quel que soit le type d\u2019organisation que telle soci\u00e9t\u00e9 \u00e9rige, quelle que soit la partition entre les savoirs, et quel que soit le rapport au tout autre, ce type d\u2019organisation est une organisation du monde : le sauvage devient domestique, le brouillon foisonnant un catalogue de lex\u00e8mes, l\u2019inintelligible et l\u2019infini m\u00eames deviennent les mythes et les dieux. Il y aune place pour chaque mot, mais il y a un mot pour chaque myst\u00e8re, de sorte qu\u2019il n\u2019y a jamais de myst\u00e8re.<\/p>\n<p>Ce que je veux dire, et je redis une fois encore mon admiration pour le travail d&rsquo;Augustin Berque, l\u2019\u00eatre humain produit son monde, y compris son monde naturel, tout comme le monde produit l\u2019\u00eatre humain : nous n\u2019avons pas vacill\u00e9, et sommes toujours dans l\u2019aporie. Il y a une trajectoire entre le sujet son milieu. Celle-ci est de la mati\u00e8re du regard dont on fait les paysages, des attentions dont on fait la relation.<\/p>\n<p>Yseult a un mot fantastique pour d\u00e9crire cela : dans la relation d\u2019un \u00e0 un, dans la soci\u00e9t\u00e9 amoureuse, c\u2019est le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne, aggrav\u00e9, sans doute, qui est en jeu. Il y a n\u00e9cessaire rupture, puisque le d\u00e9sir est un langage. Elle prend acte de l\u2019aporie insurmontable. Elle est le gage de leur amour. Elle dit \u00e0 Tristan :<\/p>\n<blockquote><p>Nous avons perdu le monde, et le monde nous<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>R\u00e9sultat des courses<\/h2>\n<p>Les tenants et les th\u00e8ses de l\u2019anthropoc\u00e8ne et de l\u2019\u00e9cocentrisme font aujourd\u2019hui flor\u00e8s. C\u2019est pour moi tr\u00e8s perturbant.<\/p>\n<p>D\u2019abord, pour faire transition avec ce qui pr\u00e9c\u00e8de, associer ontologie et repr\u00e9sentation scientifique me para\u00eet un tantinet sp\u00e9cieux. Il n\u2019est pas vrai comme on le sous-entend parfois, que le n\u00e9olib\u00e9ralisme s\u2019appuie sur les sciences naturelles ; du moins si les sciences naturelles offrent \u00e9videmment un excellent terrain pour le lib\u00e9ralisme, ce n\u2019est d\u2019abord pas plus ou moins que n\u2019importe quelle autre science, et surtout ce n\u2019est pas la description de la nature qui est en cause, mais bien lorsque est \u00e9valu\u00e9e sa valeur propre, lorsqu\u2019elle est id\u00e9alis\u00e9e, essentialis\u00e9e comme rare, menac\u00e9e, prot\u00e9g\u00e9e ou invasive\u2026 De fait l&rsquo;\u00e9cologisme nous appara\u00eet comme un formidable avant-poste de l&rsquo;id\u00e9ologie destructrice du n\u00e9olib\u00e9ralisme.<\/p>\n<p>Ensuite, je vois dans l\u2019agitation de ces th\u00e8mes deux victimes directes : la nature, et l\u2019homme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>1. L\u2019\u00e9cocentrisme contre la nature<\/h3>\n<p>L\u2019\u00e9cocentrisme est une pens\u00e9e qui souhaite faire de l\u2019\u00e9cologie le centre des pr\u00e9occupations sociales et politiques de la soci\u00e9t\u00e9 ; elle se d\u00e9finit d\u2019embl\u00e9e comme un fait soci\u00e9tal, il faut donc bien qu\u2019elle prenne naissance dans une culture donn\u00e9e.<\/p>\n<p>Elle s\u2019appuie sur la rupture entre nature et culture qui, comme nous venons de le voir, n\u2019est pas \u00e9vidente le moins du monde.<\/p>\n<p>Mais en id\u00e9alisant la nature, comme elle id\u00e9alise aussi le \u00ab bon sauvage \u00bb et tout ce qui incarne l\u2019Autre en g\u00e9n\u00e9ral (l\u2019autre de l\u2019humain, l\u2019autre du m\u00e2le, l\u2019autre du blanc, l\u2019autre de l\u2019occidental, puis pourquoi pas l\u2019autre de l\u2019adulte et l\u2019autre de n\u2019importe quelle fonction sociale traditionnelle et institu\u00e9e), cette pens\u00e9e la charge non seulement \u00e9galement d\u2019une valeur aussi bien discr\u00e8te que morale, mais elle lui assigne \u00e9galement une place, elle l\u2019utilitarise.<\/p>\n<p>Comme on le voit souvent par exemple dans les contradictions de l\u2019antiracisme, le pronaturel se tire une balle dans le pied et en vient \u00e0 valider son anthropocentrisme, et, par le fait, tous les -centrismes qui vont avec.<\/p>\n<p>La nature, noy\u00e9e dans un fait humain, n\u2019est plus ce qu\u2019elle aurait d\u00fb \u00eatre, et il y a fort \u00e0 parier qu\u2019elle en sorte une fois encore meurtrie (je pourrais citer mille exemples de gestion d\u2019espaces naturels qui se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s nocifs, mais ce n\u2019est pas le lieu).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>2. L\u2019anthropoc\u00e8ne contre l\u2019homme<\/h3>\n<p>Par un \u00e9trange retour de balancier, cette extension de la nature \u00e0 toute chose humaine, cette fusion, ne nuit pas seulement \u00e0 cette nature, mais \u00e9galement \u00e0 l\u2019homme, mais pas seulement, cette fois, \u00e0 l\u2019homme m\u00e2le blanc occidental, mais \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 m\u00eame.<\/p>\n<p>En effet, derri\u00e8re la naturalisation de tout, derri\u00e8re Ga\u00efa, il y a bien \u00e9videmment un projet politique. Et Descola comme Latour sous-entendent bien redistribuer les \u00e9l\u00e9ments juridiques et politiques comme ils l\u2019ont fait des \u00e9l\u00e9ments \u00e9pist\u00e9mologiques ou ethnosociologiques, \u00e9tant entendu qu\u2019il n\u2019y a plus de limite <i>du tout<\/i>. C\u2019est l\u2019id\u00e9e folle de Latour du \u00ab parlement des choses \u00bb, id\u00e9e folle et farfelue reprise par plusieurs artistes en mal d\u2019aventure, d\u2019ailleurs, mais par ailleurs d\u00e9j\u00e0 en vogue et en action par le droit international.<\/p>\n<p>Pourquoi cela est-il dangereux (fou et farfelu) ? Parce que ce faisant, on pose deux postulats : non seulement, on en vient \u00e0 toucher au principe m\u00eame de la d\u00e9mocratie dans une vision d\u00e9lirante de l\u2019\u00e9conomie et de la technique, substituant comme ce n\u2019\u00e9tait que trop pr\u00e9visible la main du march\u00e9 \u00e0 la r\u00e8gle de la d\u00e9mocratie ; mais en plus, dans ce m\u00eame mouvement dont j\u2019ai tent\u00e9 de d\u00e9montrer l\u2019inique intention, on ram\u00e8ne aux choses humaines ce que l\u2019on pr\u00e9tend conserver dans son alt\u00e9rit\u00e9 : on domestique le sauvage ! \u00ab Autant il est plausible de soutenir que, sous certaines conditions, il n\u2019existe pas de meilleure mani\u00e8re de r\u00e9gler les affaires humaines que le mode d\u00e9mocratique, autant il ne saute pas aux yeux que la science et la nature soient solubles dans la d\u00e9mocratie. Que la proposition 2 + 2 = 4 ou la th\u00e9orie de la relativit\u00e9 doivent \u00eatre adopt\u00e9es par un vote \u00e0 la majorit\u00e9. Ou alors, il faut pr\u00e9ciser \u00e0 quelles conditions cette entr\u00e9e des sciences en d\u00e9mocratie est envisageable \u00bb , souligne justement Caill\u00e9. \u00ab Chantal Mouffe [2000] montre tr\u00e8s bien comment l\u2019id\u00e9e moderne de d\u00e9mocratie consiste dans la liaison instable entre deux mod\u00e8les irr\u00e9ductibles : le mod\u00e8le lib\u00e9ral de la d\u00e9lib\u00e9ration infinie d\u2019une part, et la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un peuple, \u00e0 un demos de l\u2019autre. Aussit\u00f4t qu\u2019on se d\u00e9barrasse d\u2019une de ces composantes \u2013 soit qu\u2019on vise un lib\u00e9ralisme sans le peuple, soit qu\u2019on fantasme un peuple sans lib\u00e9ralisme \u2013, on sort du champ de la d\u00e9mocratie. Or, dans la conception latourienne, le principe d\u2019ouverture \u00e0 l\u2019infinit\u00e9 du d\u00e9bat est \u00e0 coup s\u00fbr respect\u00e9, voire exacerb\u00e9, mais on voit mal quel peuple est susceptible de subsister ni, plus g\u00e9n\u00e9ralement, quel sujet humain serait susceptible de survivre longtemps au fait d\u2019\u00eatre plac\u00e9 par principe sur le m\u00eame plan que n\u2019importe quel \u00e9lectron, amibe, virus ou cl\u00e9 \u00e0 mollette<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_11');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_11');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_731_1_11\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[11]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_731_1_11\" class=\"footnote_tooltip\">Caill\u00e9, <em>art.cit.<\/em><\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_731_1_11').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_731_1_11', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Provincialiser l\u2019Occident \u00bb, voila ce que pr\u00e9conise Pierre Charbonnier<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_12');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_12');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_731_1_12\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[12]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_731_1_12\" class=\"footnote_tooltip\"><em>Abondance et libert\u00e9. Une histoire environnementale des id\u00e9es politiques<\/em>, La D\u00e9couverte, 2019.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_731_1_12').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_731_1_12', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>, dans un ouvrage nous dit-on valid\u00e9 par nos deux philosophes, avec pour objectif que \u00ab la transformation de nos id\u00e9es politiques doit \u00eatre d\u2019une magnitude au moins \u00e9gale \u00e0 celle de la transformation g\u00e9o-\u00e9cologique que constitue le changement climatique \u00bb, faisant \u00e9cho, le grand concert des mondialistes, a un autre malheureux exemple d\u2019aveuglement qu\u2019est <i>L\u2019histoire mondiale de la France<\/i> dirig\u00e9e par Patrick Boucheron<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_13');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_13');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_731_1_13\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[13]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_731_1_13\" class=\"footnote_tooltip\">Le Seuil, 2017.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_731_1_13').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_731_1_13', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>, nous voil\u00e0 partis, bras-dessus bras-dessous, vers de hasardeuses exp\u00e9rimentations politiques, aussi \u00ab debout \u00bb que cul de jatte, et largement expos\u00e9es dans les journaux, \u00ab de gauche \u00bb \u00e9videment, notamment :<\/p>\n<blockquote><p>Les \u00ab sachants \u00bb, notamment les scientifiques, ont une id\u00e9e assez claire de ce qui va se passer, une catastrophe climatique et socio-\u00e9conomique ; une partie de la population est plus ou moins sensible \u00e0 cette id\u00e9e, mais celle-ci reste tr\u00e8s abstraite ; sans oublier ceux qui pour des raisons politiques de tr\u00e8s court terme choisissent de nier le r\u00e9chauffement, et enfin les populations qui sont en premi\u00e8re ligne mais ne comprennent pas toujours ce qui se passe. Il nous faut une r\u00e9volution mentale : les humains n\u2019ont pas de droits sur la nature, c\u2019est la nature qui a des droits sur eux. Descola dans <i>Le Monde <\/i>du 31\/01\/19<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p>Les scientifiques d\u00e9couvrent la fabuleuse complexit\u00e9 de ces territoires. Appartenir \u00e0 un territoire, \u00e7a ne signifie pas du tout un retour \u00e0 la terre, c\u2019est une d\u00e9couverte, une invention. Il y a donc un \u00e9norme travail de r\u00e9appropriation \u00e0 faire, par les sciences, de ce qu\u2019est par exemple un sol, un bassin versant, un <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips9'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips9'>biotope<\/span><\/span><\/span><\/span>. C\u2019est la d\u00e9couverte d\u2019un nouveau monde, d\u2019o\u00f9 l\u2019analogie que je trace avec le si\u00e8cle des grandes d\u00e9couvertes.<br \/>\nIl va nous falloir atterrir dans ce monde-l\u00e0. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance de la migration, qui est directement li\u00e9e \u00e0 la question \u00e9cologique, et qui fait paniquer beaucoup de personnes, parce que la question de l\u2019atterrissage, du lieu o\u00f9 l\u2019on va vivre, se pose \u00e0 tout le monde. C\u2019est cette nouvelle universalit\u00e9 perverse dont je parle : le sol se d\u00e9robe sous nos pieds \u00e0 tous. On l\u2019avait n\u00e9glig\u00e9e, parce qu\u2019on pensait que le Global allait tout englober, qu\u2019on se dirigeait vers lui, or on s\u2019aper\u00e7oit maintenant que cet attracteur n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s r\u00e9aliste et peu d\u00e9fini. On r\u00e9alise r\u00e9trospectivement que le Global \u00e9tait une utopie. Et du coup, la r\u00e9action universelle est d\u2019une brutalit\u00e9 exceptionnelle : on en revient au nationalisme le plus \u00e9triqu\u00e9. Latour dans <i>Lib\u00e9ration <\/i>du 13\/05\/20<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p>Ces efflorescences de mouvements locaux sont autant de formes singuli\u00e8res d\u2019attachement au territoire et de relations avec des non-humains. J\u2019ai l\u2019espoir de voir se r\u00e9unir des exp\u00e9riences parties de pr\u00e9misses ontologiques tr\u00e8s diff\u00e9rentes mais o\u00f9 domine un attachement local. Comment puiser dans ces exp\u00e9riences pour faire face au r\u00e9chauffement climatique ? Ne faut-il pas imaginer un nouveau f\u00e9d\u00e9ralisme ? Avec quelles composantes ? Quel devenir pour l\u2019\u00c9tat ? Je n\u2019ai pas de r\u00e9ponses, ce doit \u00eatre l\u2019objet d\u2019un \u00e9norme effort d\u2019imagination collectif. Descola dans <i>Lib\u00e9ration<\/i> le 30\/01\/19<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p>Je ne peux m\u2019emp\u00eacher de me r\u00e9jouir que le virus nous donne une contre-le\u00e7on formidable : il est enti\u00e8rement en r\u00e9seau ! Il nous rappelle que le choix devant lequel nous sommes n\u2019est pas une simple alternative entre l\u2019action individuelle et la conqu\u00eate de l\u2019appareil d\u2019Etat. Le virus n\u2019a pas conquis l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat, et il n\u2019est pas non plus rest\u00e9 individuel, sans quoi il serait toujours sur les chauve-souris de Chine. Il est viral, il devient global en passant de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. C\u2019est le rappel d\u2019un syst\u00e8me d\u2019action dr\u00f4lement efficace Latour dans <i>Lib\u00e9ration<\/i> du 13\/05\/20<\/p><\/blockquote>\n<p>De fait, en d\u00e9nouant le lien politique, qui est le fondement m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9, puisque <i>toute soci\u00e9t\u00e9 est politique<\/i>, les \u00ab no-borders \u00bb de tout poil, philosophes ou non, rejoignent les aspirations les plus essentielles des n\u00e9olib\u00e9raux. Ce n\u2019est plus seulement la nature qui est menac\u00e9e alors, c\u2019est aussi et simplement le simple fait pour l\u2019homme d\u2019organiser son destin collectif, et plus encore, absolument \u00e9tonnant de la part d\u2019un anthropologue et d\u2019un sociologue : c\u2019est le fait d\u2019enlever \u00e0 l\u2019homme sa peau m\u00eame, sa peau sociale<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_14');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_14');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_731_1_14\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[14]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_731_1_14\" class=\"footnote_tooltip\">Je n\u2019aurais pas voulu \u00e9crire ce texte sans \u00e9voquer la m\u00e9moire du roboratif dialogue que les deux amis Jacques Ellul et Pierre Charbonneau fa\u00e7onn\u00e8rent, notamment sur fond de lecture de&nbsp;&#x2026; <span class=\"footnote_tooltip_continue\"  onclick=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_14');\">Continue reading<\/span><\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_731_1_14').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_731_1_14', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Les deux \u00e9cueils de l&rsquo;universel<\/h2>\n<p>J&rsquo;ajoute ici rapidement que j&rsquo;ai la nette impression que l&rsquo;ensemble des d\u00e9sagr\u00e9ments ou des malaises th\u00e9oriques que j&rsquo;\u00e9prouve \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de toutes ces pens\u00e9es, aussi \u00e9labor\u00e9es ou sophistiqu\u00e9es soient-elles, aussi bienveillantes et volontaires soient-elles, r\u00e9side originairement dans leur enracinement philosophique.<\/p>\n<p>Je d\u00e9couvre peu \u00e0 peu l&rsquo;importance de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;inscrire la pens\u00e9e \u00e9cologique (m\u00eame comme science) dans une histoire philosophique longue mais aussi presque banale, parce que fondatrice, du rapport humain-nature.<\/p>\n<p>Celle-ci passe par des moments tr\u00e8s forts, dans la pens\u00e9e occidentale (et en \u00e9cho plus ou moins frictionnel avec la pens\u00e9e orientale), que symbolisent des noms comme Platon, Heidegger, Bergson \/ Nishida, Watsuji et, on l&rsquo;aura compris, c\u2019est tout le m\u00e9rite d&rsquo;Augustin Berque de nous avoir ainsi offert des clefs de lecture aussi pr\u00e9cises et patientes que roboratives. On peut d&rsquo;ailleurs s&rsquo;\u00e9tonner sur le fait que l&rsquo;\u0153uvre de Berque n&rsquo;est pas \u00e0 ce point connue et diffus\u00e9e. Je n&rsquo;ai jamais eu l&rsquo;occasion de le rencontrer dans mon parcours de formation litt\u00e9raire et, pis, jamais son nom n&rsquo;a-t-il \u00e9t\u00e9 prof\u00e9r\u00e9 dans tout mon parcours \u00e9cologique. C&rsquo;est probablement que son parcours \u00e0 lui, hybride, peine \u00e0 trouver son espace d\u2019inscription dans la pens\u00e9e contemporaine, je veux dire dans l&rsquo;acad\u00e9mie, dans la doxa scientifique.<\/p>\n<p>C\u2019est justement dans son livre fondateur, <em>\u00c9coum\u00e8ne<\/em>, que l&rsquo;on trouve non seulement la raison de cet \u00e9cart mais, pour ce qui nous concernait jusqu&rsquo;ici, une explication du malaise dont je parlais.<\/p>\n<p>La science (occidentale), dans sa qu\u00eate d&rsquo;universel, commet ainsi l&rsquo;erreur fatale de confondre l&rsquo;ordre humain et l&rsquo;ordre naturel : l&rsquo;homme se fonde en la nature, mais ne peut s&rsquo;y r\u00e9duire. Berque \u00e9voque cette universion, la \u00ab\u00a0r\u00e9duction du divers \u00e0 l&rsquo;un, et de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 une version unique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote><p>L&rsquo;universion n&rsquo;est en effet possible que selon deux vies : soit par \u00e9limination de l&rsquo;incommensurable au profit du commensurable (c&rsquo;est la voie du positivisme moderne), soit par abolition de toute mesure (c&rsquo;est la voie du mysticisme). Dans les deux cas, elle \u00e9choue \u00e0 saisir, ou m\u00e9prise d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment, l&rsquo;essentielle diversit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9coum\u00e8ne ; laquelle [&#8230;] rel\u00e8ve ontologiquemnt du double registre du mesurable et de l&rsquo;incommensurable, et de l\u00e0 tient justement son infinie diversit\u00e9. Dans l&rsquo;\u00e9coum\u00e8ne, il y a toujours, simultan\u00e9ment, <i>des<\/i> v\u00e9rit\u00e9s en-de\u00e7a et au-del\u00e0 de l&rsquo;horizon ; parce que &#8211; premi\u00e8re v\u00e9rit\u00e9 &#8211; chacun de nous, tel le <i>wang<\/i> de la Chine ancienne, a les pieds sur terre, mais aussi la t\u00eate dans le ciel. Mat\u00e9rielle et spirituelle, voil\u00e0 en effet la condition humaine.<\/p><\/blockquote>\n<p>Nos chers penseurs de l&rsquo;<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>\u00e9cologie<\/span>, Latour et Descola, mais encore Dominique Bourg<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_15');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_15');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_731_1_15\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[15]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_731_1_15\" class=\"footnote_tooltip\">Voir Jean Jacob, \u00ab\u00a0Le <em>Dictionnaire de la pens\u00e9e \u00e9cologique<\/em> comme il faut\u00a0\u00bb, <em>Zilsel<\/em> n\u00b04, 2018, p.381-403.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_731_1_15').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_731_1_15', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>, Camille de Toledo<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_16');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_16');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_731_1_16\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[16]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_731_1_16\" class=\"footnote_tooltip\">Voir Jean-Marie Harribey, <em>La nature entre animisme et fiction ?<\/em>, <em>AOC<\/em> <<span class=\"footnote_url_wrap\">https:\/\/aoc.media\/opinion\/2021\/12\/09\/la-nature-entre-animisme-et-fiction><\/span><\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_731_1_16').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_731_1_16', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>, et consorts, qui pr\u00e9cis\u00e9ment oscillent entre les deux b\u00eates noires dont je r\u00e9p\u00e8te (<a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/sciences-naturelles-sciences-humaines-avec-emmanuel-catteau\/\">chapitre 6<\/a>) qu&rsquo;elle nuisent aux sciences naturelles et au naturalisme : les statistiques comme unique horizon ; le recours \u00e0 la gr\u00e2ce comme unique lien.<\/p>\n<p>Berque nous l&rsquo;exprime bien : ces deux \u00e9cueils, positiviste et mystique, proviennent d&rsquo;une interpr\u00e9tation du monde initialement biais\u00e9e. Si l&rsquo;une et l&rsquo;autre des tentations universalistes peut d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en dogmatisme avec toutes les cons\u00e9quences n\u00e9fastes que les si\u00e8cles pass\u00e9s nous ont largement d\u00e9montr\u00e9s, la modernit\u00e9 d\u00e9mocratique a bien d\u00fb trouver \u00ab\u00a0une voie moins directement violente\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0supprimer la <em>ch\u00f4ra<\/em> qui, ontologiquement, est n\u00e9cessaire \u00e0 la <em>genesis<\/em> ; autrement dit, neutraliser le d\u00e9ploiement des lieux singuliers de l&rsquo;\u00e9coum\u00e8ne au b\u00e9n\u00e9fice d&rsquo;une espace universel<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_17');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_17');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_731_1_17\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[17]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_731_1_17\" class=\"footnote_tooltip\"><em>\u00c9coum\u00e8ne<\/em>, op.cit., p.64-67.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_731_1_17').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_731_1_17', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script> Je l&rsquo;ai \u00e9voqu\u00e9 trop rapidement dans le <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/terraque-le-monde-1-dans-l-espace\/\">chapitre 1<\/a>, o\u00f9 je cite la d\u00e9finition (une d\u00e9finition ?) de <em>ch\u00f4ra<\/em>, \u00e0 laquelle je renvoie le lecteur. Ou voir directement en ligne l&rsquo;article \u00ab\u00a0Lieu\u00a0\u00bb d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 : <https:\/\/www.espacestemps.net\/articles\/lieu-def1\/>.\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9cologie soci\u00e9tale ou politique, qui est un ersatz de la science \u00e9cologique, achoppe ainsi \u00e0 sa propre imposture : puisqu&rsquo;elle a choisi de laisser tomber les concepts propres de l&rsquo;\u00e9cologie (aussi orient\u00e9s soient-ils, ceci est un autre <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/les-deux-ou-trois-ecologies\/\">d\u00e9bat<\/a>) pour se focaliser sur l&rsquo;un des aspects du probl\u00e8me : la morale et la r\u00e8gle, ne peut que se fondre dans une esp\u00e8ce de position politique questionnable, id\u00e9ologiquement ambig\u00fce. Le naturaliste en moi n&rsquo;y trouve pas son compte. Pas plus que l&rsquo;\u00e9crivain.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>L\u2019individu contre l\u2019esp\u00e8ce<\/h2>\n<p>Pour conclure pr\u00e9cis\u00e9ment sur cette part plus sensible du probl\u00e8me, je voudrais poser cette nouvelle citation de Francis Ponge, av\u00e9r\u00e9 d\u00e9cid\u00e9ment meilleur herm\u00e9neute que bien des sp\u00e9cialistes :<\/p>\n<blockquote><p>Mais c\u2019est ici que je touche \u00e0 l\u2019un des points principaux de leur le\u00e7on [aux escargots !], qui d\u2019ailleurs ne leur est pas particuli\u00e8re mais qu\u2019ils poss\u00e8dent en commun avec tous les \u00eatres \u00e0 coquilles : cette coquille, partie de leur \u00eatre, est en m\u00eame temps \u0153uvre d\u2019art, monument. Elle, demeure plus longtemps qu\u2019eux.<br \/>\nEt voil\u00e0 l\u2019exemple qu\u2019ils nous donnent. Saints, ils font \u0153uvre d\u2019art de leur vie, \u2013 \u0153uvre d\u2019art de leur perfectionnement, Leur s\u00e9cr\u00e9tion m\u00eame se produit de telle mani\u00e8re qu\u2019elle se met en forme. Rien d\u2019ext\u00e9rieur \u00e0 eux, \u00e0 leur n\u00e9cessit\u00e9, \u00e0 leur besoin n\u2019est leur \u0153uvre. Rien de disproportionn\u00e9 \u2013 d\u2019autre part \u2013 \u00e0 leur \u00eatre physique. Rien qui ne lui soit n\u00e9cessaire, obligatoire.<br \/>\nAinsi tracent-ils aux hommes leur devoir. Les grandes pens\u00e9es viennent du c\u0153ur. Perfectionne-toi moralement et tu feras de beaux vers. La morale et la rh\u00e9torique se rejoignent dans l\u2019ambition et le d\u00e9sir du sage.<br \/>\nMais saints en quoi : en ob\u00e9issant pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 leur nature. Connais-toi donc d\u2019abord toi-m\u00eame. Et accepte-toi tel que tu es. En accord avec tes vices. En proportion avec ta mesure.<br \/>\nMais quelle est la notion propre de l\u2019homme : la parole et la morale. L\u2019humanisme.<\/p><\/blockquote>\n<p>Voil\u00e0 une belle image du <i>milieu<\/i>, le monde du gast\u00e9ropode ! Et ne nous m\u00e9prenons pas sur le mot &lsquo;morale&rsquo; de Ponge ; s&rsquo;il y a mystique ici, elle (comme chez Paulhan) est n\u00e9gative &#8211; on le pressent d&rsquo;ailleurs \u00e0 sa proximit\u00e9 d&rsquo;avec la parole ou la rh\u00e9torique. Mais ce qui est le plus difficile \u00e0 accepter, comme \u00e0 se repr\u00e9senter, h\u00e9las trois fois h\u00e9las ! est que ce sont toutes nos aspirations individuelles qui sont en cause, je veux dire nos repr\u00e9sentations justement\u2026 de l\u2019humanisme.<\/p>\n<p>Ici se glisse un pi\u00e8ge pour l\u2019intuition, celle qui est la n\u00f4tre, disons, depuis l\u2019ouverture du monde aux hommes : on pourrait songer \u00e0 Prom\u00e9th\u00e9e ou \u00e0 Ath\u00e8nes, \u00e0 Babel ou \u00e0 Job, on pourrait renvoyer, \u00e0 Descartes ou Spinoza, \u00e0 Darwin et Lamarck, comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9. Mais c\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne pourtant relativement simple \u00e0 saisir, celui m\u00eame de l\u2019aporie du vivant (appliqu\u00e9 aux choses humaines).<\/p>\n<p>Nous sommes et nous ne sommes pas vivants : nous sommes et nous ne sommes pas humains. C\u2019est cela que signifie \u00ab ob\u00e9ir \u00e0 la nature \u00bb . C\u2019est que nos fantasmes personnels, nos angoisses et obsessions individuelles ne sauraient devenir le seul et unique moteur de notre vie, je veux dire : de la soci\u00e9t\u00e9, de la po\u00e9tique, de la pens\u00e9e. Puisqu\u2019en nous veille l\u2019esp\u00e8ce, qui, en quelque sorte, devrait nourrir l\u2019espoir d\u2019humanisme.<\/p>\n<p>Las ! Ce que r\u00e9v\u00e8le au final l\u2019\u00e9trange concat\u00e9nation d\u2019\u00e9v\u00e8nements et de ph\u00e9nom\u00e8nes socioculturels, politiques, et id\u00e9ologiques, de fait, qui a men\u00e9, bien apr\u00e8s tous les d\u00e9centrements, l\u2019infinitisation du monde telle que l\u2019a magistralement d\u00e9montr\u00e9 Alexandre Koyr\u00e9<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_18');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_18');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_731_1_18\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[18]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_731_1_18\" class=\"footnote_tooltip\"><i>Du monde clos \u00e0 l\u2019univers infini<\/i>, Gallimard, 1961.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_731_1_18').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_731_1_18', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>, d\u00e9truisant tous les carcans qui emp\u00eachaient d\u2019\u00eatre r\u00e9ellement ma\u00eetre de son destin, c\u2019est au contraire le renforcement des communautarismes, des corporatismes, des \u00e9gocentrismes de tout poil, qui semble devoir devenir une esp\u00e8ce de contre-coup du trop-plein de libre-arbitre, lequel projette l\u2019homme dans un mode effrayant.<\/p>\n<p>Comme le dit astucieusement Gilles Amiel de M\u00e9nard (en particulier au sujet de la crise qui enrobe la pand\u00e9mie du Covid-19), nous somme des citoyens rest\u00e9s au statut d\u2019enfants : la politique des adultes ne nous concerne pas, ne nous regarde pas.<\/p>\n<p>Alors nous franchissons ce pas essentiel : celui qui permette de substituer aux aspirations individuelles la destin\u00e9e collective. La p\u00e9riode qui nous fait passer de la r\u00e9sistance \u00e0 la r\u00e9silience, comme dit le mot populaire et \u00e0 la mode, et qui \u00e0 partir des ann\u00e9es 50 puis 60 et 70 conduit \u00e0 mai 68, puis \u00e0 la mitterrandisation du Monde (l\u2019institutionnalisation du n\u00e9olib\u00e9ralisme globalis\u00e9), puis \u00e0 la <i>cancel culture<\/i> et au deboutisme, mauvaise traduction du mauvais <i>woke<\/i><span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_19');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_19');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_731_1_19\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[19]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_731_1_19\" class=\"footnote_tooltip\">Heureusement tout le monde universitaire n&rsquo;est-il pas fascin\u00e9 par cette funeste entreprise : Nathalie Heinich, Ce que le militantisme fait \u00e0 la recherche, Gallimard, 2021. Dans un autre&nbsp;&#x2026; <span class=\"footnote_tooltip_continue\"  onclick=\"footnote_moveToReference_731_1('footnote_plugin_reference_731_1_19');\">Continue reading<\/span><\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_731_1_19').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_731_1_19', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>, se caract\u00e9rise par le recul des droits sociaux, \u00e0 travers la sape de l\u2019\u00c9tat-nation social, la g\u00e9n\u00e9ralisation de la culture d\u2019entreprise (innovation\/\u00e9valuation), la technicisation de tous les domaines, l\u2019exaltation des fiert\u00e9s singuli\u00e8res au d\u00e9triment d\u2019une humilit\u00e9 collective, pour finir dans la guerre entre pauvres, tous \u00e9galement (enfin) marginalis\u00e9s, s\u00e9gr\u00e9g\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\"><b>[<em>Cap au seuil<\/em>|Sommaire rapide]<\/b> <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/avant-propos\/\">Avant propos<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/terraque-le-monde-1-dans-lespace\/\">espace<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/la-vie\/\">la vie<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/terraque-le-monde-2-a-la-maison\/\">monde<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/les-deux-ou-trois-ecologies\/\">les \u00e9cologies<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/pour-la-cenologie\/\">c\u00e9nologie<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/sciences-naturelles-sciences-humaines-avec-emmanuel-catteau\/\">sciences naturelles<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/interlude\/\">interlude<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/nagoya-mon-amour\/\">protection de la nature<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/l-arbre-qui-plantait-des-hommes\/\">arbres<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/lanthropocene-contre-lhomme-lecocentrisme-contre-la-nature\/\">anthropoc\u00e8ne<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/lettre-a-ma-maman-sur-leffondrement\/\">catastrophe<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/mon-herbier-mon-coquillier\/\">herbier\/coquillier<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/ouverture-de-la-choreologie-avec-eric-tabuchi\/\">ouverture : r\u00e9gions naturelles<\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/l-arbre-qui-plantait-des-hommes\/\">L&rsquo;arbre qui plantait des hommes<\/a> &lt; <strong>L\u2019anthropoc\u00e8ne contre l\u2019homme, l\u2019\u00e9cocentrisme contre la nature<\/strong> &gt; <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/lettre-a-ma-maman-sur-leffondrement\/\">Lettre \u00e0 ma maman sur l&rsquo;effondrement<\/a><\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_731_1();\">References<\/span><span role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_731_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_731_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_731_1\" style=\"\"><table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"><caption class=\"accessibility\">References<\/caption> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_731_1('footnote_plugin_tooltip_731_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_731_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>1<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Actes Sud, 2021<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_731_1('footnote_plugin_tooltip_731_1_2');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_731_1_2\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>2<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\"><i>Sur la piste animale<\/i>, 2018 et <i>Mani\u00e8res d\u2019\u00eatre vivants<\/i>, 2020, chez le m\u00eame \u00e9diteur, dans la m\u00eame collection, \u00ab Mondes sauvages \u00bb .<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_731_1('footnote_plugin_tooltip_731_1_3');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_731_1_3\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>3<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Bruno Latour, <em>Politiques de la nature. Comment faire entrer les sciences en d\u00e9mocratie ?<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte, 1999.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_731_1('footnote_plugin_tooltip_731_1_4');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_731_1_4\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>4<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Philippe Descola, \u00ab L\u2019\u00e9cologie des autres. L\u2019anthropologie et la question de la nature \u00bb , in id. (\u00e9d.), <em>L\u2019\u00e9cologie des autres<\/em>, Quae, 2011.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_731_1('footnote_plugin_tooltip_731_1_5');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_731_1_5\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>5<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Philippe Descola, \u00ab L\u2019\u00e9cologie des autres \u00bb, <i>art.cit<\/i><\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_731_1('footnote_plugin_tooltip_731_1_6');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_731_1_6\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>6<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Bruno Latour, <i>Face \u00e0 Ga\u00efa. Huit conf\u00e9rences sur le nouveau r\u00e9gime climatique<\/i>, La D\u00e9couverte\/Les Emp\u00eacheurs, 2015.<br \/>\nOn pourrait ici souligner toutefois le parti-pris qui g\u00eet au fond de la r\u00e9flexion, \u00e0 savoir que l&rsquo;homme est naturellement bon, d&rsquo;une part, d&rsquo;autre part que quelque chose comme l&#8217;empreinte carbone est l&rsquo;unique d\u00e9nominateur de la lutte politique. Si la destruction de la nature est un probl\u00e8me en soi, jamais on ne souhaite affronter ses causes r\u00e9elles ; on pr\u00e9f\u00e8re se cacher derri\u00e8re le petit doigt d&rsquo;un \u00e9cologisme b\u00e9at, inapte et fallacieux.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_731_1('footnote_plugin_tooltip_731_1_7');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_731_1_7\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>7<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Alain Caill\u00e9, \u00ab Une politique de la nature sans politique. \u00c0 propos de <i>Politiques de la nature <\/i>de Bruno Latour \u00bb, in <i>Revue du MAUSS<\/i> n\u00b017, 94-116, 2001.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_731_1('footnote_plugin_tooltip_731_1_8');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_731_1_8\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>8<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Fran\u00e7ois H\u00e9ran, \u00ab Vers une sociologie des relations avec la nature \u00bb, in <i>Revue Fran\u00e7aise de Sociologie <\/i>n\u00b048\/4, 795-806, 2007.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_731_1('footnote_plugin_tooltip_731_1_9');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_731_1_9\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>9<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Descola, \u00ab L\u2019\u00c9cologie des autres \u00bb, <i>art.cit<\/i><\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_731_1('footnote_plugin_tooltip_731_1_10');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_731_1_10\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>10<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Latour, <i>Face \u00e0 Ga\u00efa<\/i>, <i>op.cit.<\/i><\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_731_1('footnote_plugin_tooltip_731_1_11');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_731_1_11\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>11<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Caill\u00e9, <em>art.cit.<\/em><\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_731_1('footnote_plugin_tooltip_731_1_12');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_731_1_12\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>12<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\"><em>Abondance et libert\u00e9. Une histoire environnementale des id\u00e9es politiques<\/em>, La D\u00e9couverte, 2019.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_731_1('footnote_plugin_tooltip_731_1_13');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_731_1_13\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>13<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Le Seuil, 2017.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_731_1('footnote_plugin_tooltip_731_1_14');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_731_1_14\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>14<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Je n\u2019aurais pas voulu \u00e9crire ce texte sans \u00e9voquer la m\u00e9moire du roboratif dialogue que les deux amis Jacques Ellul et Pierre Charbonneau fa\u00e7onn\u00e8rent, notamment sur fond de lecture de l\u2019\u00e9cologie comme de politique en plein p\u00e9riode des Trente Glorieuses. \u00c9videmment dat\u00e9es, ces r\u00e9flexions conservent pourtant une \u00e9vidente actualit\u00e9 quant au contenu g\u00e9n\u00e9tique m\u00eame de la pens\u00e9e \u00e9cologiste (que je distingue donc ici de l\u2019\u00e9cologie comme science) ; Charbonnier, \u00e9videmment, puisque je tombe dessus, ne le consid\u00e8re pas d\u2019un bon \u0153il (\u00ab Jacques Ellul ou l\u2019\u00e9cologie contre la modernit\u00e9 \u00bb, in <i><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>\u00c9cologie<\/span> &amp; politique<\/i> n\u00b050, 1995) C\u2019est d\u2019autant plus \u00e9tonnant que Ellul est non seulement un \u00e9cologiste, au sens politique du terme, mais aussi un croyant ; que Charbonneau (d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 \u00e7\u00e0 et l\u00e0 pour son <i>Feu vert<\/i>) est une esp\u00e8ce de libertaire : ainsi les deux amis ont-ils tout \u00e0 partager avec les \u00e9cologistes actuels\u2026 leur \u00ab r\u00e9actionnisme \u00bb ne devrait pas les surprendre (on regrette en passant qu&rsquo;un recueil des deux auteurs publi\u00e9 en 2014 au Seuil le soit dans une collection nomm\u00e9e &lsquo;Anthropoc\u00e8ne&rsquo; : <em>Nous sommes des r\u00e9volutionnaires malgr\u00e9 nous <\/em>). En lisant cet article, on con\u00e7oit combien l\u2019empreinte n\u00e9olib\u00e9rale a marqu\u00e9 ces soi-disant progressistes, jusque dans leur discernement \u2013 \u00e0 moins qu\u2019il ne s\u2019agisse d\u2019une moins-value intellectuelle due au programme id\u00e9ologique ?<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_731_1('footnote_plugin_tooltip_731_1_15');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_731_1_15\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>15<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Voir Jean Jacob, \u00ab\u00a0Le <em>Dictionnaire de la pens\u00e9e \u00e9cologique<\/em> comme il faut\u00a0\u00bb, <em>Zilsel<\/em> n\u00b04, 2018, p.381-403.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_731_1('footnote_plugin_tooltip_731_1_16');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_731_1_16\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>16<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Voir Jean-Marie Harribey, <em>La nature entre animisme et fiction ?<\/em>, <em>AOC<\/em> <<span class=\"footnote_url_wrap\">https:\/\/aoc.media\/opinion\/2021\/12\/09\/la-nature-entre-animisme-et-fiction><\/span><\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_731_1('footnote_plugin_tooltip_731_1_17');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_731_1_17\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>17<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\"><em>\u00c9coum\u00e8ne<\/em>, op.cit., p.64-67.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_731_1('footnote_plugin_tooltip_731_1_18');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_731_1_18\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>18<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\"><i>Du monde clos \u00e0 l\u2019univers infini<\/i>, Gallimard, 1961.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_731_1('footnote_plugin_tooltip_731_1_19');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_731_1_19\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>19<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Heureusement tout le monde universitaire n&rsquo;est-il pas fascin\u00e9 par cette funeste entreprise : Nathalie Heinich, <i>Ce que le militantisme fait \u00e0 la recherche<\/i>, Gallimard, 2021. Dans un autre registre, on lira avec int\u00e9r\u00eat la d\u00e9cillante critique sur la r\u00e9silience de Thierry Ribault, justement intitul\u00e9e <em>Contre la r\u00e9silience<\/em>, L\u2019\u00c9chapp\u00e9e, 2021, dont je n\u2019ai pris h\u00e9las connaissance qu\u2019\u00e0 la fin de la pr\u00e9sente r\u00e9daction.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_731_1() { jQuery('#footnote_references_container_731_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_731_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_731_1() { jQuery('#footnote_references_container_731_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_731_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_731_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_731_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_731_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_731_1(); } } function footnote_moveToReference_731_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_731_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_731_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_731_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }<\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips1','D\u00e9finition originelle, de Arthur Tansley 1935\u00a0: association entre un biotope* et une bioc\u00e9nose*, mais cette d\u00e9finition, n\u00e9e en contradiction avec les travaux de phytog\u00e9ographes ou phytoc\u00e9nologues, ne peut \u00eatre conserv\u00e9e, dans une optique c\u00e9nologique ; en outre dans cette optique, \u00e9cosyst\u00e8me est tant\u00f4t synonyme de biome* (ou formation*) ou de bioc\u00e8ne* (grand type d\\'habitat, indissociable du bio\u00e8ce*) : le mot est proscrit\u00a0| Un \u00e9cosyst\u00e8me est une entit\u00e9 de niveau variable (global \u00e0 local) qui est une esp\u00e8ce de super- ou m\u00e9taorganisme limit\u00e9 par des fronti\u00e8res, lesquelles sont poreuses (comme le sont les fronti\u00e8res du vivant), et au sein duquel un groupement* d\u2019esp\u00e8ces interagit, notamment pour des \u00e9changes de mati\u00e8re et d\u2019\u00e9nergie, mais pas seulement\u00a0; le cas d\u2019\u00e9tude (qui sont aussi des cas limite, car ils sont sp\u00e9cialement clos) est le lac (Lindeman, Cowles) | Voir absolument <em><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>Ecologie<\/span>*<\/em>, <em><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>Ecobioc\u00e9notique<\/span>*<\/em>'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips4','La <strong>c\u00e9nologie<\/strong>, synonyme partiel d\\'<strong><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>\u00c9cobioc\u00e9notique<\/span>*<\/strong>, est la science qui, au sein de l\\'\u00e9cologie* (au sens actuel, flou) s\\'int\u00e9resse particuli\u00e8rement aux groupements <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>\u00e9cologiques<\/span> d\\'esp\u00e8ces ; ces groupements sont \u00e9cologiques, c\\'est-\u00e0-dire qu\\'ils ne sont ni phylog\u00e9n\u00e9tiques (ou familiaux), ni simplement morphologiques, ni strictement fonctionnels. En v\u00e9rit\u00e9 ils sont \u00e9videmment <i>aussi<\/i> ceux-l\u00e0, puisque l\\'\u00e9cologie est une science holistique (Vincent 2021). La description, la d\u00e9nomination et la classification de ces groupements* sont son domaine d\\'intervention. Ceux-ci touchent tous les \u00eatres vivants, les grands \"r\u00e8gnes\" classiques : bact\u00e9ries, plantes (phytoc\u00e9noses > phytoc\u00e9nologie = phytosociologie*) et animaux (zooc\u00e9nologie). La c\u00e9nologie concerne la biosph\u00e8re* ; lorsque le sujet d\\'\u00e9tude touche \u00e9galement \u00e0 la g\u00e9osph\u00e8re*, on parlerait plus volontiers de biog\u00e9ographie* ; lorsqu\\'il touche \u00e9galement aux affaires humaines (terroir, agriculture, paysage, urbanisme), \u00e0 la noosph\u00e8re*, on entre dans un autre domaine encore, que je d\u00e9nomme prop parte ici chor\u00e9ologie* (science du territoire*).'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips6','<strong>Ecobioc\u00e9notique<\/strong> est le terme pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 : science dont l\u2019objet est traditionnellement la relation du monde physico-chimique (inerte) avec les \u00eatres vivants, et des \u00eatres vivants entre eux. | <strong>Ecologie :<\/strong> litt\u00e9ralement le discours sur l\u2019<em>oikos<\/em> = la maison\u00a0; il y aurait une \u00e9tendue ou un volume, et des fronti\u00e8res\u00a0; c\u2019est l\u2019histoire racont\u00e9e dans ces pages\u00a0: des d\u00e9ambulations dans l\u2019\u00e9tendue ou le volume, ou \u00e0 travers les fronti\u00e8res. C\u2019est le sens du <em>cap au seuil<\/em> | Selon Jean-Antoine Rioux 1958, l\\'<strong>\u00e9cologie<\/strong> poss\u00e8de deux grands domaines : l\\'<strong>\u00e9cologie m\u00e9sologique<\/strong>, la science du milieu* (ou <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'>bio\u00e8ce<\/span><\/span>*\/biotope*) et l\\'<strong>\u00e9cologie \u00e9thologique<\/strong>, qui s\\'int\u00e9resse aux organismes (<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'>bioc\u00e8ne<\/span><\/span><\/span>*\/<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'>bioc\u00e9nose<\/span><\/span>). Ces deux sous-domaines formeraient <i>toute<\/i> donc \u00e0 l\\'\u00e9cologie, mais le sens courant et actuel du terme, par le truchement du terme en vogue \"ecosyst\u00e8me*\", met essentiellement l\\'accent sur le premier domaine ; en r\u00e9alit\u00e9 l\\'\u00e9cobioc\u00e9nologie ne peut se passer de l\\'une ni de l\\'autre. Nous sommes donc aujourd\\'hui dans une impasse \u00e9pist\u00e9mologique, ou tout du moins dans un d\u00e9s\u00e9quilibre \u00e9pist\u00e9mologique, chose rare et \u00e9trange. | Selon Roger Molonier et Pierre Vignes 1971, \"L\\'<strong>Ecobioc\u00e9notique<\/strong> r\u00e9sulte de la confluence de deux grands courants scientifiques [...] Elle repr\u00e9sente l\\'aboutissement des sciences naturelles dites \"de terrain\" [...] elle ne saurait \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e un jour par une discinpline plus vaste. Elle constitue une limite vers laquelle tendent asymptotiquement, volontairement ou non, tous les efforts des naturalistes qui se vouent \u00e0 l\\'\u00e9tude du milieu.\" | L\\'\u00e9cologie n\\'est pas une science normale au sens de Kuhn+, mais une science complexe (sensu non-Morin+), qui s\\'adosse \u00e0 d\\'autres domaines du savoir : la g\u00e9ographie et la biologie, la syst\u00e9matique et la taxonomie, mais aussi la physique et la chimie, la climatologie, et bien entendue l\\'anthropologie et la sociologie, ainsi que la politique. | (Tout ce qui concerne le d\u00e9veloppement durable, la biodiversit\u00e9, l\\'\u00e9conomie verte, etc., bref tout ce qui int\u00e9resse de pr\u00e8s ou de loin l\\'\u00e9cologie politique rel\u00e8ve d\\'un autre domaine de l\\'\u00e9cologie comme science : histoire, politique, id\u00e9ologie, anthropomorphisme, \u00e9cocentrisme, anthropoc\u00e9nologie, catastrophologie ; elles ne nous int\u00e9ressent ici qu\\'\u00e0 la marge, ou par d\u00e9faut.)'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips6','<strong>Ecobioc\u00e9notique<\/strong> est le terme pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 : science dont l\u2019objet est traditionnellement la relation du monde physico-chimique (inerte) avec les \u00eatres vivants, et des \u00eatres vivants entre eux. | <strong>Ecologie :<\/strong> litt\u00e9ralement le discours sur l\u2019<em>oikos<\/em> = la maison\u00a0; il y aurait une \u00e9tendue ou un volume, et des fronti\u00e8res\u00a0; c\u2019est l\u2019histoire racont\u00e9e dans ces pages\u00a0: des d\u00e9ambulations dans l\u2019\u00e9tendue ou le volume, ou \u00e0 travers les fronti\u00e8res. C\u2019est le sens du <em>cap au seuil<\/em> | Selon Jean-Antoine Rioux 1958, l\\'<strong>\u00e9cologie<\/strong> poss\u00e8de deux grands domaines : l\\'<strong>\u00e9cologie m\u00e9sologique<\/strong>, la science du milieu* (ou bio\u00e8ce*\/biotope*) et l\\'<strong>\u00e9cologie \u00e9thologique<\/strong>, qui s\\'int\u00e9resse aux organismes (bioc\u00e8ne*\/bioc\u00e9nose). Ces deux sous-domaines formeraient <i>toute<\/i> donc \u00e0 l\\'\u00e9cologie, mais le sens courant et actuel du terme, par le truchement du terme en vogue \"ecosyst\u00e8me*\", met essentiellement l\\'accent sur le premier domaine ; en r\u00e9alit\u00e9 l\\'\u00e9cobioc\u00e9nologie ne peut se passer de l\\'une ni de l\\'autre. Nous sommes donc aujourd\\'hui dans une impasse \u00e9pist\u00e9mologique, ou tout du moins dans un d\u00e9s\u00e9quilibre \u00e9pist\u00e9mologique, chose rare et \u00e9trange. | Selon Roger Molonier et Pierre Vignes 1971, \"L\\'<strong>Ecobioc\u00e9notique<\/strong> r\u00e9sulte de la confluence de deux grands courants scientifiques [...] Elle repr\u00e9sente l\\'aboutissement des sciences naturelles dites \"de terrain\" [...] elle ne saurait \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e un jour par une discinpline plus vaste. Elle constitue une limite vers laquelle tendent asymptotiquement, volontairement ou non, tous les efforts des naturalistes qui se vouent \u00e0 l\\'\u00e9tude du milieu.\" | L\\'\u00e9cologie n\\'est pas une science normale au sens de Kuhn+, mais une science complexe (sensu non-Morin+), qui s\\'adosse \u00e0 d\\'autres domaines du savoir : la g\u00e9ographie et la biologie, la syst\u00e9matique et la taxonomie, mais aussi la physique et la chimie, la climatologie, et bien entendue l\\'anthropologie et la sociologie, ainsi que la politique. | (Tout ce qui concerne le d\u00e9veloppement durable, la biodiversit\u00e9, l\\'\u00e9conomie verte, etc., bref tout ce qui int\u00e9resse de pr\u00e8s ou de loin l\\'\u00e9cologie politique rel\u00e8ve d\\'un autre domaine de l\\'\u00e9cologie comme science : histoire, politique, id\u00e9ologie, anthropomorphisme, \u00e9cocentrisme, anthropoc\u00e9nologie, catastrophologie ; elles ne nous int\u00e9ressent ici qu\\'\u00e0 la marge, ou par d\u00e9faut.)'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips9','Synonyme approximatif de bio\u00e8ce*, synonyme approximatif de milieu*, et synonyme partiel d\u2019habitat*\u00a0; \u00e9tendue ou volume spatial relativement limit\u00e9(e), inerte, non vivant(e), qui peut servir de support \u00e0 l\u2019expression du vivant, accueillir des individus d\u2019une ou plusieurs esp\u00e8ces, associ\u00e9s ou non en populations, formant un bioc\u00e8ne*.'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips9','Synonyme approximatif de bio\u00e8ce*, synonyme approximatif de milieu*, et synonyme partiel d\u2019habitat*\u00a0; \u00e9tendue ou volume spatial relativement limit\u00e9(e), inerte, non vivant(e), qui peut servir de support \u00e0 l\u2019expression du vivant, accueillir des individus d\u2019une ou plusieurs esp\u00e8ces, associ\u00e9s ou non en populations, formant un bioc\u00e8ne*.'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips12','Synonyme partiel de biochore, bio\u00e8ce, bioc\u00e8ne, biotope, grand habitat, habitat | Terme polys\u00e9mique | Terme vernaculaire courant qui a deux acceptions non synonymes ; d\\'une part il est synonyme d\\'habitat*, et d\u00e9signe un milieu de vie ; d\\'autre part, \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur d\\'int\u00e9gration (par le biais d\\'un saut quantique, qui fait passer du domaine de la biosph\u00e8re \u00e0 celui de la noosph\u00e8re), et dans la perspective de la m\u00e9diologie sensu Watsuji & Berque, le milieu est un concept philosphique, ontologique, d\u00e9signant l\\'espace de relation entre l\\'homme et la nature : le lieu de leur rencontre (par les sens, la connaissance, l\\'exp\u00e9rience, etc.).'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips12','Synonyme partiel de biochore, bio\u00e8ce, bioc\u00e8ne, biotope, grand habitat, habitat | Terme polys\u00e9mique | Terme vernaculaire courant qui a deux acceptions non synonymes ; d\\'une part il est synonyme d\\'habitat*, et d\u00e9signe un milieu de vie ; d\\'autre part, \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur d\\'int\u00e9gration (par le biais d\\'un saut quantique, qui fait passer du domaine de la biosph\u00e8re \u00e0 celui de la noosph\u00e8re), et dans la perspective de la m\u00e9diologie sensu Watsuji & Berque, le milieu est un concept philosphique, ontologique, d\u00e9signant l\\'espace de relation entre l\\'homme et la nature : le lieu de leur rencontre (par les sens, la connaissance, l\\'exp\u00e9rience, etc.).'); <\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[Cap au seuil|Sommaire rapide] Avant propos | espace | la vie | monde | les \u00e9cologies | c\u00e9nologie | sciences naturelles | interlude | protection de la nature | arbres | anthropoc\u00e8ne | catastrophe | herbier\/coquillier | ouverture : r\u00e9gions naturelles &nbsp; L&rsquo;arbre qui plantait des hommes &lt; L\u2019anthropoc\u00e8ne contre l\u2019homme, \u00e9cocentrisme contre la nature [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18,22,14,15,19],"tags":[],"class_list":["post-731","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cap-au-seuil","category-episteme","category-textes","category-theme","category-theorie"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/731","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=731"}],"version-history":[{"count":35,"href":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/731\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1821,"href":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/731\/revisions\/1821"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=731"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=731"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=731"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}