{"id":221,"date":"2019-04-13T15:37:10","date_gmt":"2019-04-13T13:37:10","guid":{"rendered":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/?p=221"},"modified":"2025-08-30T20:29:42","modified_gmt":"2025-08-30T18:29:42","slug":"la-vie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/la-vie\/","title":{"rendered":"La vie"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-size: xx-small;\"><b>[<em>Cap au seuil<\/em>|Sommaire rapide]<\/b> <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/avant-propos\/\">Avant propos<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/terraque-le-monde-1-dans-lespace\/\">espace<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/la-vie\/\">la vie<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/terraque-le-monde-2-a-la-maison\/\">monde<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/les-deux-ou-trois-ecologies\/\">les \u00e9cologies<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/pour-la-cenologie\/\"><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips4'>c\u00e9nologie<\/span><\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/sciences-naturelles-sciences-humaines-avec-emmanuel-catteau\/\">sciences naturelles<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/interlude\/\">interlude<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/nagoya-mon-amour\/\">protection de la nature<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/l-arbre-qui-plantait-des-hommes\/\">arbres<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/lanthropocene-contre-lhomme-lecocentrisme-contre-la-nature\/\">anthropoc\u00e8ne<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/lettre-a-ma-maman-sur-leffondrement\/\">catastrophe<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/mon-herbier-mon-coquillier\/\">herbier\/coquillier<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/ouverture-de-la-choreologie\/\">ouverture : r\u00e9gions naturelles<\/a><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/terraque-le-monde-1-dans-lespace\/\">Terraqu\u00e9 le monde (1)<\/a> &lt; <strong>La vie<\/strong> &gt; <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/terraque-le-monde-2-a-la-maison\/\">Terraqu\u00e9 le monde (2)<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #992699;\">Texte publi\u00e9 le 13 avril 2019, derni\u00e8re mise \u00e0 jour le 30 ao\u00fbt 2025 (39 r\u00e9visions).<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>La vie<\/h2>\n<h3>La mort<\/h3>\n<p>Le th\u00e8me principal qui occupe l\u2019ensemble des communaut\u00e9s et des activit\u00e9s humaines est la mort.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re raison \u00e0 cela est que la mort n\u2019existe en tant que telle que pour les humains, qui disposent d\u2019un univers symbolique (jamais pouss\u00e9 \u00e0 ce point dans le monde animal) et du langage pour se la repr\u00e9senter comme une fin mais, dans le m\u00eame temps, la mort est une fin dont aucun t\u00e9moignage n\u2019existe, et qui reste donc une exp\u00e9rience \u00e9nigmatique, et dont il est impossible de se faire une id\u00e9e.<\/p>\n<p>C\u2019est je crois ce que \u00ab philosopher c\u2019est apprendre \u00e0 mourir \u00bb veut indiquer. Je pense avec Montaigne que l\u2019une de nos plus grandes t\u00e2ches est effectivement de domestiquer la mort, de l\u2019int\u00e9grer comme un fait essentiel, et de vivre avec elle, sans pour autant c\u00e9der \u00e0 de romantiques tortures morbides. Ce que la plupart des cultures humaines, et une grande part du monde vivant parvient \u00e0 faire. Or il semble bien que notre soci\u00e9t\u00e9 contemporaine occidentale ne veut plus op\u00e9rer cette domestication : la peur de vieillir, la peur du vieillard, la d\u00e9ritualisation des \u00e2ges de la vie (les passages initiatiques ne faisant qu\u2019\u00e9clairer, si l\u2019on veut, l\u2019in\u00e9luctable fin), mais aussi le recours aux proth\u00e8ses techniques ou chimiques, la survalorisation de la beaut\u00e9 (physique), celle de la jeunesse, qui l\u2019accompagne, la part non n\u00e9gligeable dans nos vies du loisir, du plaisir, la d\u00e9testation de l\u2019effort et de la douleur, le r\u00f4le pr\u00e9gnant de la contre-culture, tourn\u00e9e vers l\u2019individu, l\u2019invention de toute pi\u00e8ce de l\u2019adolescence, l\u2019\u00e9clatement de la famille, l\u2019occultation du troisi\u00e8me voire du quatri\u00e8me \u00e2ge, l\u2019hygi\u00e9nisation excessive de nos lits, de nos maisons et de nos villes, tout cela et bien d\u2019autres choses encore cherchent \u00e0 nous \u00e9loigner des th\u00e9matiques li\u00e9es \u00e0 la d\u00e9gradation et au pourrissement, \u00e0 la limite et \u00e0 la fin, \u00e0 la disparation comme au n\u00e9ant.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a pourtant pas grand\u2019chose \u00e0 faire, en tout \u00e9tat de cause, contre le fait de mourir. Nous savons que les techniciens parviendront, un jour ou l\u2019autre, \u00e0 produire des \u00eatres hybrides, des transhumains, dont l\u2019esp\u00e9rance de vie se d\u00e9multipliera jusqu\u2019\u00e0 l\u2019infini ; mais nous savons aussi que nous ne le verrons sans doute pas de nos yeux et surtout, que ces traitements seront r\u00e9serv\u00e9s aux plus riches. Comme les m\u00eames \u00e9lites se paieront le luxe d\u2019une vie augment\u00e9e sur quelque lune ou plan\u00e8te hors de la Terre, nous savons nous autres, la plupart des gens, l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 des petites gens, que nous ne pourrons jamais quitter cette terre, et pas plus ne pourrons-nous quitter la mort : l\u2019inhumation est notre destin.<\/p>\n<p>La seconde raison n\u2019est peut-\u00eatre pas beaucoup plus prosa\u00efque : la mort me para\u00eet \u00eatre l\u2019unique d\u00e9finition \u00e0 peu pr\u00e8s perceptible et compr\u00e9hensible du <em>vivant<\/em>. Un \u00eatre vivant est un \u00eatre destin\u00e9 \u00e0 mourir.<\/p>\n<p>Disant cela, je ne veux pas tellement sous-entendre que la vie n\u2019a pour unique pulsion que la r\u00e9sistance \u00e0 la mort, comme l\u2019a pens\u00e9 tout un courant de la biologie \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un Bichat par exemple, mais ce que cela signifie, ou ce que je veux dire, c\u2019est que la mort, au sein de la vie, est notre unique barri\u00e8re face \u00e0 l<em>\u2019autre<\/em> d\u2019une part (le <em>tout autre<\/em>), et face au <em>dehors<\/em> (l\u2019inerte) d\u2019autre part.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Une g\u00e9niale aporie<\/h2>\n<p>En toute logique, la vie est un dr\u00f4le de concept, si l\u2019on y r\u00e9fl\u00e9chit. Elle m\u2019appara\u00eet comme l\u2019une des rares occurrences, sinon l\u2019unique et la seule, qui se pose comme en contradiction avec les grands principes logiques classiques : principe de non-contradiction, principe d\u2019identit\u00e9 et principe du tiers-exclu, et peut-\u00eatre m\u00eame le principe de bivalence.<\/p>\n<p>En effet, c\u2019est en tout cas ma position ici, on ne peut concevoir la vie sans concevoir :<\/p>\n<p>1. qu\u2019est vivant un <em>\u00e9tant<\/em> (prenons ce mot pour l\u2019instant) destin\u00e9 \u00e0 mourir ; un \u00e9tant vivant est essentiellement un \u00e9tant mourant (\u21e8 identit\u00e9) ;<\/p>\n<p>2. qu\u2019en cons\u00e9quence un \u00e9tant vivant n\u2019est pas seulement un \u00e9tant vivant, il est aussi <em>dans le m\u00eame temps<\/em> un \u00e9tant mourant (\u21e8 non contradiction) ;<\/p>\n<p>3. qu\u2019en cons\u00e9quence un \u00e9tant vivant n\u2019est pas seulement un \u00e9tant non-mourant mais un \u00e9tant mourant, ni un non-\u00e9tant mourant mais un non-\u00e9tant non-mourant (\u21e8 tiers-exclu).<\/p>\n<p>Tout ceci est vrai si l&rsquo;on consid\u00e8re les attributs &lsquo;mourant&rsquo; et &lsquo;vivant&rsquo; comme deux \u00e9tats oppos\u00e9s. Or ils sont une seule et m\u00eame chose : le contraire de mourir n\u2019est pas vivre, mais na\u00eetre, certes. Mais, en outre, la mort, ce n\u2019est pas non plus seulement l\u2019antith\u00e8se de la vie<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_1');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_221_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[1]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_221_1_1\" class=\"footnote_tooltip\">C\u2019est le passage d\u2019un \u00e9tat de vie \u00e0 un \u00e9tat de mort qui est aussi impensable qu\u2019inexorable.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_221_1_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_221_1_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>.<\/p>\n<p>Ce qui revient \u00e0 donner une d\u00e9finition tautologique du vivant-mourant : est vivant-mourant ce qui n\u2019est pas inerte ; dit autrement (et une fois admis que la mort n\u2019est pas le contraire de la vie, ni de la naissance, mais l\u2019un de ses \u00e9tats), la vie c\u2019est la vie, et ce qui n\u2019est pas la vie n\u2019est pas la vie.<\/p>\n<p>On voit donc qu\u2019il est quasiment impossible de d\u00e9finir logiquement le vivant<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_2');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_2');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_221_1_2\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[2]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_221_1_2\" class=\"footnote_tooltip\">En toute rigueur, une mani\u00e8re de d\u00e9finir la vie est de passer du c\u00f4t\u00e9 de la physique, mais cela ne pousse qu\u2019\u00e0 accentuer l\u2019aporie. \u00ab\u00a0\u201c\u00ab\u00a0Quel est donc ce pr\u00e9cieux quelque chose,&nbsp;&#x2026; <span class=\"footnote_tooltip_continue\"  onclick=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_2');\">Continue reading<\/span><\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_221_1_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_221_1_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>.<\/p>\n<p>Une solution a \u00e9t\u00e9 \u2013 et persiste \u00e0 \u00eatre \u2013 de faire de l\u2019origine de la vie un myst\u00e8re intangible, impalpable, inexplicable, et de consid\u00e9rer, par la suite, selon une cha\u00eene de cons\u00e9quences logiques et d\u00e9montrables, que le vivant, malgr\u00e9 son origine obscure, est une magnifique et tr\u00e8s compr\u00e9hensible horlogerie. Parce que ne nous leurrons pas : entre les vitalistes et les machinistes, il n\u2019y a pas vraiment de diff\u00e9rence \u2013 et les avanc\u00e9es de la g\u00e9n\u00e9tique semblent ne pas pouvoir se d\u00e9partir du m\u00e9canisme cart\u00e9sien. Et il a fort \u00e0 parier d\u2019ailleurs que, sur l\u2019origine de la vie, le myst\u00e8re demeure entier<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_3');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_3');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_221_1_3\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[3]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_221_1_3\" class=\"footnote_tooltip\">\u00ab\u00a0C\u2019est en \u00e9vitant la d\u00e9composition rapide vers un \u00e9tat inerte \u201cd\u2019\u00e9quilibre\u201d qu\u2019un organisme appara\u00eet si \u00e9nigmatique\u00a0; \u00e0 tel point que depuis les temps les plus lointains de la&nbsp;&#x2026; <span class=\"footnote_tooltip_continue\"  onclick=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_3');\">Continue reading<\/span><\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_221_1_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_221_1_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>. Ce n\u2019est pas ici mon propos. En revanche il est beaucoup plus int\u00e9ressant de chercher \u00e0 comprendre, une fois \u00e9vacu\u00e9es ces solutions peu satisfaisantes, comment on pourrait d\u00e9finir la vie en tant que telle, c\u2019est-\u00e0-dire en nous abstrayant \u00e0 la fois d\u2019une illumination sacr\u00e9e et d\u2019un m\u00e9canisme seulement descriptif.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>D\u00e9finition provisoire<\/h2>\n<p>\u00c0 ce stade, nous pouvons toutefois tenter une premi\u00e8re d\u00e9finition du vivant comme suit :<\/p>\n<p>Un \u00eatre vivant est un ensemble plus ou moins coordonn\u00e9 et int\u00e9gr\u00e9, un <em>syst\u00e8me<\/em>, d\u00e9montrant plusieurs fonctions :<br \/>\n1. la <strong>nutrition<\/strong> : il assure sa continuit\u00e9 hors du temps (ou \u00e0 travers la succession circadienne ou saisonni\u00e8re) ;<br \/>\n2. la <strong>reproduction<\/strong> : il assure la continuit\u00e9 de l\u2019esp\u00e8ce au-del\u00e0 de l\u2019individu (mais alors il faudra d\u00e9finir l\u2019esp\u00e8ce, et, par contre-coup, l\u2019individu dans l\u2019esp\u00e8ce) ;<br \/>\n3. la <strong>relation<\/strong> : il assure la continuit\u00e9 \u00e0 travers l\u2019espace (pour copier la pr\u00e9c\u00e9dente formulation, hors de l\u2019\u00e9tendue), vis-\u00e0-vis des autres individus de son esp\u00e8ce, des individus d\u2019autres esp\u00e8ces, d\u2019autres vivants<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_4');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_4');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_221_1_4\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[4]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_221_1_4\" class=\"footnote_tooltip\">Et moins vivants, comme les virus.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_221_1_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_221_1_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>, et vis-\u00e0-vis de l\u2019inerte ou non vivant.<\/p>\n<p>Certaines d\u00e9finitions du vivant donnent trois fonctions diff\u00e9rentes : la nutrition, la reproduction et la respiration ; or on peut dire que d\u2019un point de vue physiologique, nutrition et respiration ayant chacun pour fonction de transformer de l\u2019\u00e9nergie, sont une seule et m\u00eame chose.<\/p>\n<p>Mais cette d\u00e9finition est biais\u00e9e, car elle est strictement fonctionnelle. Qu\u2019est-ce qu\u2019une voiture ? C\u2019est un v\u00e9hicule, objet destin\u00e9 \u00e0 d\u00e9placer des objets, vivants ou non, d\u2019un point \u00e0 l\u2019autre. Telle est sa d\u00e9finition fonctionnelle. Le vitaliste chercherait la source (artefact) et dirait que l\u2019\u00eatre humain l\u2019a imagin\u00e9e, invent\u00e9e et fabriqu\u00e9e ; le m\u00e9caniste pourrait longuement exposer le fonctionnement du moteur \u00e0 explosion, puis toutes les parties les unes apr\u00e8s les autres. Le formaliste et le fonctionnaliste compl\u00e8tent le tableau : v\u00e9hicule terrestre roulant g\u00e9n\u00e9ralement non-collectif, g\u00e9n\u00e9ralement de la taille d\u2019une famille, etc. On pourrait d\u2019ailleurs lister d\u2019autres fonctions possibles : permettre de travailler par exemple (pour la plupart des gens c\u2019est la seule fonction de la voiture), ou bien prendre du bon temps (draguer, visiter le monde, aller au drive-in).<\/p>\n<p>Dans toutes ces versions, nous percevons, avec quelque difficult\u00e9 certes, ce qu\u2019est l\u2019essence (sans jeu de mot) de la voiture, \u00e0 savoir 1. un <em>artefact<\/em> ; 2. de la cat\u00e9gorie des <em>v\u00e9hicules<\/em> ; 3. avec une forme particuli\u00e8re ; et 4. des fonctions utilitaires d\u00e9finies. Chaque point nous permet de distinguer la voiture 1. d\u2019une pierre, d\u2019un oiseau, d\u2019un r\u00eave, d\u2019un fant\u00f4me ; 2. d\u2019un r\u00e2teau, d\u2019un mythe, d\u2019un clou ; 3. d\u2019un v\u00e9lo, d\u2019un avion ; 4. d\u2019un bouquet de fleurs, d\u2019un film de cin\u00e9ma, d\u2019une brouette ?<\/p>\n<p>Nous voyons que s\u2019il n\u2019est pas si facile de d\u00e9crire un objet aussi banal qu\u2019une voiture du point de vue de son essence, cela est tout de m\u00eame possible. Eh bien pour la vie, qui est l\u2019objet de la science biologique, nous en sommes \u00e0 peu pr\u00e8s au m\u00eame point, voire en-de\u00e7\u00e0.<\/p>\n<p>De toute \u00e9vidence, notre pr\u00e9c\u00e9dente d\u00e9finition de l\u2019\u00eatre vivant par ses fonctions est partiale : nous ne savons pas encore ce qu\u2019est la vie du vivant. Les op\u00e9rations utilitaires de l\u2019artefact sont peu satisfaisantes avec l\u2019\u00eatre vivant. Nous savons la forme, la mati\u00e8re, \u00e9ventuellement la fonction (encore que ce ne sont que les fonctions des parties pour le tout) mais il nous manque de toute \u00e9vidence d\u2019une part l\u2019origine (non m\u00e9caniste ou vitaliste) du mouvement (le vivant de la vie en somme), et, comme je viens de dire, la cause finale : pourquoi le vivant vit-il ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>\u00c9pist\u00e9m\u00e8 de la biologie<\/h2>\n<h3>La notion de vie<\/h3>\n<p>Comme je le disais, la biologie, depuis son origine, et m\u00eame avant, quand elle \u00e9tait encore une partie de la physique, s\u2019est constamment heurt\u00e9e \u00e0 ce probl\u00e8me de d\u00e9finir le vivant ; ce qui peut sembler paradoxal pour une science. Le remarquable ouvrage d\u2019Andr\u00e9 Pichot, <em>Histoire de la notion de vie<\/em> <span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_5');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_5');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_221_1_5\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[5]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_221_1_5\" class=\"footnote_tooltip\">Andr\u00e9 Pichot, <em>Histoire de la notion de vie<\/em>, Gallimard, 1994.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_221_1_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_221_1_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>, sur lequel je vais m\u2019appuyer abusivement dans la suite de mon propos, va nous permettre de v\u00e9rifier cette longue histoire de l\u2019\u00e9vitement.<\/p>\n<p>Pour tenter de r\u00e9sumer rapidement cette somme de mille pages, j\u2019ai t\u00e2ch\u00e9 de synth\u00e9tiser, pour chaque \u00e9poque ici \u00e9tudi\u00e9e, les principales notions avanc\u00e9es.<\/p>\n<p>Pour commencer, je d\u00e9taille le plan de l\u2019ouvrage de Pichot, en particulier les auteurs qui se succ\u00e8dent dans ce panorama \u00e9pist\u00e9mologique :<\/p>\n<ul>\n<li>\u00c9gypte et M\u00e9sopotamie ;<\/li>\n<li>Avant Aristote (Hippocrate et Platon) ;<\/li>\n<li>Aristote ;<\/li>\n<li>Apr\u00e8s Aristote (Galien et le finalisme) ;<\/li>\n<li>Avant Descartes (Van Helmont, Harvey) ;<\/li>\n<li>Descartes et le m\u00e9canisme ;<\/li>\n<li>Apr\u00e8s Descartes (m\u00e9canisme et finalisme au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle) ;<\/li>\n<li>Lamarck et la biologie ;<\/li>\n<li>Claude Bernard et l\u2019exp\u00e9rimentalisme ;<\/li>\n<li>Darwin et le darwinisme (Mendel, Weismann, de Vries, et apr\u00e8s).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Notons d\u2019abord avec l\u2019auteur qu\u2019il est difficile de tracer des paradigmes dans l\u2019histoire de la biologie, science tardive, qui se satisfait tr\u00e8s bien des th\u00e9ories g\u00e9n\u00e9rales (ne recourant pas ou recourant peu \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience), elle n\u2019a connu finalement, au cours de cette longue histoire, que deux grandes conceptions de la vie :<\/p>\n<ul>\n<li>celle d\u2019Aristote, diffus\u00e9e par Galien, n\u00e9e de l\u2019observation, mais qui comprend un concept que la science moderne ne peut accepter, l\u2019\u00e2me ;<\/li>\n<li>celle de Ren\u00e9 Descartes, qui v\u00e9rifie un tant soit peu l\u2019exp\u00e9rience, mais qui s\u2019accommode mal de l\u2019observation et de notre appr\u00e9hension des \u00eatres vivants.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans les deux cas toutefois, le concept de \u00ab vie \u00bb n\u2019est pas consid\u00e9r\u00e9 en tant que tel, et le fonds du biologique, en quelque sorte, \u00e9chappe \u00e0 lui-m\u00eame : Descartes s\u2019int\u00e9resse plus \u00e0 la m\u00e9canique et \u00e0 la psychologie, tandis qu\u2019Aristote ne jure que par la physique.<\/p>\n<p>Avec Descartes, une nouvelle difficult\u00e9 surgit : celui-ci r\u00e9fl\u00e9chit en effet sur l\u2019embryologie, qui est m\u00e9caniste, tandis que sa conception de l\u2019animal-machine est tr\u00e8s empreinte de gal\u00e9nisme (les quatre humeurs, les quatre qualit\u00e9s, le <em>pneuma<\/em>) : on ne sait donc pas trop o\u00f9 on est (ce qui soit-dit en passant, est le propre aussi du cogito, entre raison et foi).<\/p>\n<p>On note que la premi\u00e8re th\u00e9orie m\u00e9caniste scientifique (au sens \u00e9pist\u00e9mologique du terme), celle de Jean Baptiste de Lamarck, n\u2019a \u00ab pas pris \u00bb et c\u2019est un autre m\u00e9canisme, celui induit par Claude Bernard puis Charles Darwin qui s\u2019est affirm\u00e9 ; le m\u00e9canisme lamarckien vient de l\u2019embryologie de Descartes, le darwinisme plut\u00f4t de l\u2019animal-machine\u2026 On a donc une c\u00e9sure nette, mais tr\u00e8s longue, entre le paradigme Aristote-Galien qui perdure jusqu\u2019au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et le paradigme Bernard-Darwin qui se g\u00e9n\u00e9ralise au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. Les XVIII<sup>e<\/sup> et XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, h\u00e9sitent, en biologie, ce qui n\u2019est pas le cas, \u00e0 cette \u00e9poque, dans les math\u00e9matiques, l\u2019histoire ou les lettres\u2026 \u00c0 moins que l\u2019on ne consid\u00e8re que l\u2019\u00e8re des r\u00e9volutions (ce que j\u2019ai appel\u00e9 ailleurs la \u00ab Pararenaissance \u00bb), qui s\u2019\u00e9tend de 1492 \u00e0 1914, ne soit pr\u00e9cis\u00e9ment cette p\u00e9riode <em>\u00e9pocale<\/em> de g\u00e9n\u00e9ralisation du doute et de la relativit\u00e9, et ne forme un continent \u00e0 part enti\u00e8re. Dit autrement : \u00ab il n\u2019y a pas eu de Galil\u00e9e de la biologie<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_6');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_6');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_221_1_6\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[6]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_221_1_6\" class=\"footnote_tooltip\"><em>Ibid.<\/em>., p.36.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_221_1_6').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_221_1_6', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script> \u00bb. La biologie repr\u00e9sente, enfin, un domaine de la pens\u00e9e qui se trouve \u00e0 mi-chemin entre la physique et la psychologie : elle a \u00ab une position centrale dans les sciences, mais elle occupe un centre mal d\u00e9fini<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_7');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_7');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_221_1_7\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[7]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_221_1_7\" class=\"footnote_tooltip\"><em>Ibid.<\/em>, p.10. \u00c0 rapprocher de la position des sciences naturelles entres sciences formelles et sciences humaines (voir <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/sciences-naturelles-sciences-humaines-avec-emmanuel-catteau\/\">le chapitre 6<\/a>).<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_221_1_7').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_221_1_7', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script> \u00bb. Il faudrait toujours garder cette id\u00e9e en t\u00eate lorsqu\u2019on parle de biologie, et <em>a fortiori<\/em> de nature et d\u2019\u00e9cologie : elle h\u00e9site si l\u2019on veut entre la forme et la force, entre la phys\u00e9 (le corps) et la psych\u00e9 (l\u2019esprit).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Synth\u00e8se des synth\u00e8ses<\/h3>\n<p>Apr\u00e8s la roborative lecture de cet ouvrage foisonnant, que j\u2019ai v\u00e9ritablement r\u00e9sum\u00e9 \u00e0 l\u2019emporte-pi\u00e8ce et je m\u2019en excuse par avance, nous pouvons tenter de synth\u00e9tiser les apports et les th\u00e9ories des uns et des autres.<\/p>\n<p>En refaisant le parcours comme je viens de le faire, en relisant donc le livre \u00e0 grandes enjamb\u00e9es, je me suis focalis\u00e9 sur le fonds \u00e9pist\u00e9mologique de chacun. Et en v\u00e9rit\u00e9 je pense qu\u2019on peut ramener toute l\u2019histoire de la biologie \u00e0 trois grands p\u00f4les :<\/p>\n<p>1. Comme dans bien des domaines, les Pr\u00e9socratiques font figure de pionniers et de visionnaires. Ils sont d\u00e9terministes mais transformistes, et ni vitalistes ni m\u00e9canistes. Bien de leurs intuitions et de leurs fulgurations po\u00e9tiques ont trouv\u00e9 une explication scientifique par la suite (typiquement, les atomes) mais le c\u0153ur de la biologie est encore une physique. Je crois qu\u2019il faut les positionner \u00e0 part. En somme on peut les qualifier de <em>mat\u00e9rialistes<\/em>, <em>internalistes<\/em> (ils con\u00e7oivent une identit\u00e9 du vivant), <em>non-d\u00e9terministes<\/em> (ils affectionnent le hasard).<\/p>\n<p>2.1 Les finalistes et les m\u00e9canistes r\u00e9futent ou occultent ou ignorent une sp\u00e9cificit\u00e9 du vivant, et reportent les causes ou les fins sur un ailleurs on pourrait ainsi les regrouper sous le terme d\u2019<em>externalistes<\/em> ou <em>exotistes<\/em>. On y trouverait d\u00e9j\u00e0 Hippocrate, Platon, Galien, Descartes et, par certains aspects, des contemporains comme Monod ou Jacob.<\/p>\n<p>2.2 Les vitalistes sont rares ou sont tomb\u00e9s en d\u00e9su\u00e9tude, mais on pourrait toutefois trouver dans une esp\u00e8ce de cat\u00e9gorie interm\u00e9diaire des penseurs pour qui un principe vital existe bel et bien mais qu\u2019ils placent \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du vivant, et qui, en quelque sorte, l\u2019actualise (ou le code ou le d\u00e9code) ; et de fait ils se retrouvent mi-finalistes, mi-vitalistes, car en fin de compte, cela reste de l\u2019exotisme. Vu sous cet angle on peut associer Claude Bernard, Darwin et le darwinisme<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_8');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_8');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_221_1_8\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[8]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_221_1_8\" class=\"footnote_tooltip\">Ce n\u2019est pas le lieu ici d\u2019aller dans le d\u00e9tail\u00a0; en un mot, le livre d\u2019Andr\u00e9 Pichot nous r\u00e9v\u00e8le, s\u2019il est encore temps\u00a0: 1. que Claude Bernard n\u2019est pas l\u2019inventeur de la m\u00e9thode&nbsp;&#x2026; <span class=\"footnote_tooltip_continue\"  onclick=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_8');\">Continue reading<\/span><\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_221_1_8').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_221_1_8', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>. En somme cet ensemble regroupe des <em>non-mat\u00e9rialistes<\/em>, <em>externalistes<\/em>, <em>d\u00e9terministes<\/em> (les premiers) ou <em>non-d\u00e9terministes<\/em> (les seconds).<\/p>\n<p>3. Restent ceux qui aimeraient trouver dans le vivant m\u00eame la cause de la vie. Je crois qu\u2019on peut ici \u00e9voquer ici Aristote, qui est certes finaliste mais dans un sens qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 celui de l\u2019histoire (et bien moindre que Galien et la suite) ; et surtout, on l\u2019aura compris, le g\u00e9nial Lamarck qui est le seul, au final, par cette intuition fondamentale d\u2019int\u00e9grer le temps au vivant, \u00e0 se payer le luxe de sortir et du m\u00e9canisme et du finalisme, tout en jetant les bases riches sur lesquelles le darwinsime s\u2019\u00e9panouira, tout en lui r\u00e9futant cette paternit\u00e9. C\u2019est d\u2019ailleurs lui qui invente le mot de <em>biologie<\/i><\/em>. Peut-on les qualifier de <em>mat\u00e9rialistes<\/em>, <em>internalistes<\/em>, <em>d\u00e9terministes<\/em> ?<\/p>\n<p>De toute \u00e9vidence, comme le rappelle d\u2019ailleurs Andr\u00e9 Pichot dans l\u2019introduction d\u2019un second fort volume paru quelques ann\u00e9es plus tard, <em>Expliquer la vie. De l\u2019\u00e2me \u00e0 la mol\u00e9cule<\/em>, ces distinctions sont sinon imaginaires, du moins heuristiquement factices, car toutes ces pens\u00e9es sont \u00e9videmment li\u00e9es : j\u2019ai associ\u00e9 Aristote \u00e0 Lamarck, mais c\u2019est un vrai finaliste\u2026 et Descartes, malgr\u00e9 tous ses d\u00e9fauts, s\u2019est retrouv\u00e9, \u00e0 cause de sa propre th\u00e9orie, dans une impasse face \u00e0 l\u2019embryologie, mais c\u2019est certainement l\u00e0 que se tient le secret\u2026 qui remettait en cause tout le cart\u00e9sianisme (la glande pin\u00e9ale ?) !<\/p>\n<p>Dans ce second volume, lui aussi compos\u00e9 par la voix de ses lectures, Pichot propose plut\u00f4t un parcours th\u00e9matique, celles-ci se m\u00e9langeant, se substituant les unes aux autres, se r\u00e9inventant au fil des \u00e2ges et des auteurs ; celle-si sont :<\/p>\n<ul>\n<li>animisme et m\u00e9canisme (Hippocrate, Aristote, Galien, Descartes) ;<\/li>\n<li>m\u00e9canisme et chimie (Descartes, Leibniz, Newton, Bernard, Cannon, Vendry\u00e8s) ;<\/li>\n<li>forme et temps (Maupertuis, Diderot, de Maillet, Robinet, Erasmus Darwin, Lamarck, Cuvier, Geoffroy de Saint-Hilaire, Darwin, les deux darwinismes, Meckel, Von Baer, Serres, M\u00fcller, Haeckel, Lucas\u2026) ;<\/li>\n<li>cellule et mol\u00e9cules (Mirbel, Dutrochet, Raspail, Turpin, Schleiden, Schawann, biochimie, biologie mol\u00e9culaire) ;<\/li>\n<\/ul>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, nous pouvons ainsi, gr\u00e2ce \u00e0 ce long et g\u00e9n\u00e9reux itin\u00e9raire, approcher une deuxi\u00e8me d\u00e9finition du vivant Andr\u00e9 Pichot, en faveur de Lamarck, propose une image qui n\u2019est pas du tout n\u00e9gligeable. Je me permets de la citer in extenso :<\/p>\n<blockquote><p>Assimilons l\u2019\u00eatre vivant \u00e0 un cylindre dont l\u2019axe serait le temps (l\u2019int\u00e9rieur du cylindre \u00e9tant l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00eatre vivant, l\u2019ext\u00e9rieur son environnement). Une premi\u00e8re conception (celle de C.Bernard et de la biologie qui en est issue) est de consid\u00e9rer ce cylindre comme une succession de cercles, dont chacun repr\u00e9sente l\u2019\u00eatre vivant \u00e0 un instant donn\u00e9. Le temps dessine donc le cylindre en empilant les cercles les uns sur les autres. \u00c0 chacun des instants successifs, l\u2019\u00eatre est alors parfaitement d\u00e9fini (comme un cercle qui d\u00e9limite un int\u00e9rieur et un ext\u00e9rieur), et le temps n\u2019alt\u00e8re pas ce caract\u00e8re d\u00e9fini (il fait se succ\u00e9der les cercles, il les empile en un cylindre). Le temps n\u2019est donc pas une des dimensions de la structure de l\u2019\u00eatre vivant, mais une dimension \u00ab externe \u00bb sur laquelle \u00ab avance \u00bb l\u2019\u00eatre d\u00e9fini temporellement [\u2026] Une deuxi\u00e8me mani\u00e8re de consid\u00e9rer le cylindre est de l\u2019imaginer dessin\u00e9, non pas un empilement temporel de cercles, mais par un point qui parcourt une h\u00e9lice recouvrant toute sa surface (c\u2019est-\u00e0-dire un ressort \u00e0 boudin tr\u00e8s serr\u00e9). L\u2019image instantan\u00e9e du cylindre, sa section par un plan perpendiculaire \u00e0 l\u2019axe du temps, n\u2019est plus alors un cercle parfaitement d\u00e9fini ; c\u2019est un point. Autrement dit, l\u2019\u00eatre vivant consid\u00e9r\u00e9 de mani\u00e8re instantan\u00e9e n\u2019est pas parfaitement d\u00e9fini (avec un int\u00e9rieur et un ext\u00e9rieur, tels que les d\u00e9limitait le cercle dans le cas pr\u00e9c\u00e9dent) ; ici, la d\u00e9finition de l\u2019\u00eatre vivant (avec un int\u00e9rieur et un ext\u00e9rieur) est donc n\u00e9cessairement temporelle. Le temps fait partie de la structure vivante, il ne lui est pas surajout\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>R\u00e9p\u00e9tant ensuite le mot de Bergson, encore un g\u00e9nial <em>intuiteur<\/em>, selon lequel la forme de l\u2019\u00eatre vivant est \u00ab le contour d\u2019un \u00e9v\u00e8nement \u00bb.<\/p>\n<p>Pichot donne, dans sa conclusion, sa propre d\u00e9finition, que je cite \u00e0 nouveau :<\/p>\n<blockquote><p>Entre l\u2019\u00eatre vivant et son <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips12'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips12'>milieu<\/span><\/span>, il n\u2019y a donc ni s\u00e9paration radicale (nombreux \u00e9changes entre eux), ni continuit\u00e9 physico-chimique (disjonction des \u00e9volutions) ; et ceci sans que les lois naturelles soient le moins du monde viol\u00e9es, et sans recours \u00e0 une quelconque force vitale.<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p>On tient l\u00e0 une diff\u00e9rence fondamentale entre les \u00eatres vivants et les objets inanim\u00e9s : les objets inanim\u00e9s, m\u00eame ceux qui s\u2019auto-construisent (cristaux, structures dissipatives), sont s\u00e9par\u00e9s de leur environnement selon l\u2019espace (ils ont des formes d\u00e9finies) mais reli\u00e9s \u00e0 lui selon la physique (ils \u00e9voluent avec lui) ; les \u00eatres vivants sont s\u00e9par\u00e9s de leur environnement non seulement selon l\u2019espace (ils ont des formes d\u00e9finies) mais aussi selon la physique (leur \u00e9volution disjointe a cr\u00e9\u00e9 un \u00e9cart, une discontinuit\u00e9<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_9');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_9');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_221_1_9\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[9]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_221_1_9\" class=\"footnote_tooltip\">Je poursuis ici la citation, qui est la fin du livre\u00a0: \u00ab\u00a0Nous avons expliqu\u00e9 ci-avant que l\u2019\u00eatre vivant ne reste en vie que tant qu\u2019il maintient son \u00e9volution disjointe de celle de&nbsp;&#x2026; <span class=\"footnote_tooltip_continue\"  onclick=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_9');\">Continue reading<\/span><\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_221_1_9').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_221_1_9', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>).<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Apostille sous forme de r\u00eave<\/h2>\n<p>Je terminerai cette trop longue et impr\u00e9cise divagation sur un r\u00eave, songeant \u00e0 ces pages. J\u2019ai r\u00eav\u00e9 de ces notions (comme cela m\u2019arrive de plus en plus souvent), et j\u2019ai r\u00eav\u00e9 de cette formule, qui vaut ce qu\u2019elle vaut, mais que je retranscris tout de m\u00eame : un \u00e9tant-vivant est une entit\u00e9 (autonome) qui se s\u00e9pare d\u2019un dehors et forme un dedans (mais dont la forme &#8212; le dehors de ce dedans &#8212; est fonction du dedans du dehors : la nutrition\/la respiration) et ce qui se distingue d\u2019un autre \u00e9tant-vivant (et j\u2019ajoute, \u00e9veill\u00e9) par la divergence individuelle (la reproduction) et la distance sp\u00e9cifique (l\u2019\u00e9volution) : cette divergence est sa capacit\u00e9 de relation. Ouf.<\/p>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<p>Nous \u00e9voluons dans le monde, conscients de notre s\u00e9paration de lui, et \u00e9galement de notre s\u00e9paration des autres choses du monde. Observons cet iule qui grimpe sur le mur, regardons le ch\u00eane que la foudre ou l&rsquo;\u00e2ge a abattu, toujours vert, au fond du jardin. Portons encore notre regard sur le soleil, la th\u00e9i\u00e8re, accordons notre attention \u00e0 ce solo de contrebasse ou au ronron de la radio. Racontons ce r\u00eave que nous avons fait ou \u00e9coutons l\u2019histoire de notre grand-m\u00e8re\u2026 Tous ces ph\u00e9nom\u00e8nes, nous savons dire s\u2019ils sont vivants ou non (et m\u00eame le fruit du vivant ou non), mat\u00e9riels ou non, s\u2019ils sont des choses naturelles ou des artefacts\u2026 Tout cela nous pouvons le dire intuitivement.<\/p>\n<p>Nous sommes en mesure de concevoir des liens ou des non-liens entre les ph\u00e9nom\u00e8nes, les objets, les \u00eatres, les personnes, les noms, les \u0153uvres d\u2019art.<\/p>\n<p>Cela est.<\/p>\n<p>\u00c0 pr\u00e9sent, consid\u00e9rons un individu, vous ou moi. Chacun de nous poss\u00e8de sa propre vie (et peut-\u00eatre m\u00eame l\u2019iule, et le ch\u00eane), avec nos sensations, nos sentiments, nos soucis, etc. Nous avons des parents, peut-\u00eatre avons-nous des enfants. \u00c0 un moment donn\u00e9, ces vies consid\u00e9r\u00e9es comme autonomes se sont solidaris\u00e9s et ont cr\u00e9\u00e9 un \u00eatre nouveau, m\u00e9lange de deux individus.<\/p>\n<p>Je consid\u00e8re que notre \u00eatre est double : une partie ressortit de l\u2019individu que chacun de nous sommes ; une autre partie porte le destin de toute la lign\u00e9e, l\u2019esp\u00e8ce, l\u2019incarnation m\u00eame de la vie, qui saute \u00e0 travers les individus p\u00e9rissables pour se maintenir.<\/p>\n<p>C\u2019est cela que je cherche \u00e0 d\u00e9finir comme un dedans qui est \u00e0 la fois un dehors (ou le contraire, ou r\u00e9ciproquement). La reproduction est le cas extr\u00eame, puisqu\u2019il est la man\u0153uvre<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_10');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_10');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_221_1_10\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[10]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_221_1_10\" class=\"footnote_tooltip\">Et quelle man\u0153uvre, mitose, m\u00e9iose !<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_221_1_10').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_221_1_10', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script> de la vie pour \u00e9chapper \u00e0 la mort, au p\u00e9ril des vecteurs que sont les individus. Mais dans le cas de la transformation \u00e9nerg\u00e9tique, c\u2019est la m\u00eame chose : je dois pr\u00e9lever dans le dehors une part qui fera mon dedans.<\/p>\n<p>En v\u00e9rit\u00e9 c\u2019est pour toute chose pareil l\u2019obstination de l\u2019iule qui grimpe sur le mur, en quoi diff\u00e8re-t-elle de cette blessure \u00e0 la main qui, une fois gu\u00e9rie, lui redonnera sa forme, par exemple les lignes qui, temporairement, avaient disparu ? Pourquoi pas un foie ou des cheveux ? Comme mes cellules le savent-elles, cet ordre, cette disposition, ces fonctions ?<\/p>\n<p>Ainsi la vie est tout \u00e0 la fois (un dedans + un dehors) + (un d\u00e9terminisme + une libert\u00e9) : en un sens, la vie est v\u00e9ritablement une alt\u00e9rit\u00e9, un alien dans le monde physico-chimique.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-21.jpg\" alt=\"\" width=\"550\" height=\"\" class=\"alignleft size-full wp-image-1355\" srcset=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-21.jpg 1328w, http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-21-300x156.jpg 300w, http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-21-1024x532.jpg 1024w, http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-21-768x399.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1328px) 100vw, 1328px\" \/><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-22.jpg\" alt=\"\" width=\"440\" height=\"\" class=\"alignleft size-full wp-image-1356\" srcset=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-22.jpg 1260w, http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-22-300x194.jpg 300w, http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-22-1024x662.jpg 1024w, http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-22-768x496.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1260px) 100vw, 1260px\" \/><\/p>\n<p>Pensons \u00e0 ceci : se peut-il qu\u2019il y a ait un interstice du r\u00e9el (de sa dimension spatiale) qui \u00e9chappe \u00e0 la dimension spatiale (dispersion) ? Cela n\u2019est pas possible : aucun espace ne s\u2019affranchit de l\u2019espace : <em>sauf le biote<\/em>. Se peut-il qu\u2019il y ait un interstice du r\u00e9el (de sa dimension temporelle) qui \u00e9chappe \u00e0 la dimension temporelle (rythme) ? Cela n\u2019est pas possible : aucun temps ne s\u2019affranchit du temps : <em>sauf le biote<\/em>. Le biote est \u00e0 la fois ce qui est l\u00e0 et ailleurs, et \u00e0 la fois dans le pass\u00e9 et le futur. Le biote est l\u2019unique exemple qui remettre en cause toute la g\u00e9om\u00e9trie euclidienne + la physique aristot\u00e9licienne. Elle est pr\u00e9cis\u00e9ment, de ce point de vue-l\u00e0 : quantique.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-23.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"\" class=\"alignleft size-full wp-image-1357\" srcset=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-23.jpg 528w, http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-23-125x300.jpg 125w, http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-23-428x1024.jpg 428w\" sizes=\"(max-width: 528px) 100vw, 528px\" \/><\/p>\n<p>C\u2019est qu\u2019en v\u00e9rit\u00e9, l\u2019\u00eatre vivant est une incarnation de l\u2019obstination du chaos (du fractal, du quantique), au sens premier du terme, qui associe la pouss\u00e9e de l\u2019esp\u00e8ce (l\u2019h\u00e9ritage, qui est la part d\u00e9terministe du biote, plus exactement <em>dianome<\/em>) dans la ma\u00eetrise de l\u2019individu (le destin, qui est sa part \u00ab libre \u00bb, ou plus justement, <em>autonome<\/em>).<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-24.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"\" class=\"alignleft size-full wp-image-1358\" srcset=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-24.jpg 574w, http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-24-194x300.jpg 194w\" sizes=\"(max-width: 574px) 100vw, 574px\" \/><\/p>\n<p>Telle est la vie, un repli, une hernie : un au-del\u00e0 (ou un en de\u00e7\u00e0) du r\u00e9el qui \u00e9chappe, de fait, \u00e0 toute formulation axiologique (d\u2019une part) et, dans le cas de l\u2019esp\u00e8ce humaine, ne peut entrer dans la seule sph\u00e8re symbolique ou no\u00e9tique du langage ou de la pens\u00e9e, tout en s\u2019en affranchissant et en la subsumant, de mani\u00e8re contemporaine, et depuis toujours et pour toujours<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_11');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_11');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_221_1_11\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[11]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_221_1_11\" class=\"footnote_tooltip\">C\u2019est la raison pour laquelle on ne voit pas d\u2019autre mani\u00e8re de consid\u00e9rer le r\u00e9el que sous la forme de cette aporie qui en est la cons\u00e9quence, \u00e0 savoir un ensemble continu d\u2019\u00e9l\u00e9ments&nbsp;&#x2026; <span class=\"footnote_tooltip_continue\"  onclick=\"footnote_moveToReference_221_1('footnote_plugin_reference_221_1_11');\">Continue reading<\/span><\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_221_1_11').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_221_1_11', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-25.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"\" class=\"alignleft size-full wp-image-1359\" srcset=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-25.jpg 1082w, http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-25-300x102.jpg 300w, http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-25-1024x348.jpg 1024w, http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-25-768x261.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1082px) 100vw, 1082px\" \/><\/p>\n<p>On me dira qu\u2019il y a l\u00e0 un souci mystique, mais ce n\u2019est pas ce qui m\u2019anime ici : pourquoi pas d\u2019ailleurs, si d\u2019autres pr\u00e9f\u00e8rent appr\u00e9hender cela\u2026 mais ce qui m\u2019importe \u00e0 moi, c\u2019est de bien comprendre qu\u2019en mati\u00e8re de biologie (son \u00e9chec) comme d\u2019\u00e9cologie (sa d\u00e9ception), nous manquons toujours une partie du probl\u00e8me, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019une partie du probl\u00e8me s\u2019affranchit de la r\u00e9alit\u00e9 qui nous sert de cadre rationnel, compos\u00e9 de lois et d\u2019effets cause-cons\u00e9quence. Il y a un au-del\u00e0\/en de\u00e7\u00e0 de ce cadre, et il ne nous est pas donn\u00e9 de le saisir, il est tremblant, \u00e9lectrique, n\u2019existe que lorsqu\u2019on le regarde, autant dire qu\u2019il n\u2019existe pas vraiment, il \u00e9chappe \u00e0 la lettre comme au nombre et demeure \u00e0 tout jamais un myst\u00e8re, le myst\u00e8re de la vie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\"><b>[<em>Cap au seuil<\/em>|Sommaire rapide]<\/b> <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/avant-propos\/\">Avant propos<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/terraque-le-monde-1-dans-lespace\/\">espace<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/la-vie\/\">la vie<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/terraque-le-monde-2-a-la-maison\/\">monde<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/les-deux-ou-trois-ecologies\/\">les \u00e9cologies<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/pour-la-cenologie\/\">c\u00e9nologie<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/sciences-naturelles-sciences-humaines-avec-emmanuel-catteau\/\">sciences naturelles<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/interlude\/\">interlude<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/nagoya-mon-amour\/\">protection de la nature<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/l-arbre-qui-plantait-des-hommes\/\">arbres<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/lanthropocene-contre-lhomme-lecocentrisme-contre-la-nature\/\">anthropoc\u00e8ne<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/lettre-a-ma-maman-sur-leffondrement\/\">catastrophe<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/mon-herbier-mon-coquillier\/\">herbier\/coquillier<\/a> | <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/ouverture-de-la-choreologie\/\">ouverture : r\u00e9gions naturelles<\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/terraque-le-monde-1-dans-lespace\/\">Terraqu\u00e9 le monde (1)<\/a> &lt; <strong>La vie<\/strong> &gt; <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/terraque-le-monde-2-a-la-maison\/\">Terraqu\u00e9 le monde (2)<\/a><\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_221_1();\">References<\/span><span role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_221_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_221_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_221_1\" style=\"\"><table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"><caption class=\"accessibility\">References<\/caption> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_221_1('footnote_plugin_tooltip_221_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_221_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>1<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">C\u2019est le passage d\u2019un \u00e9tat de vie \u00e0 un \u00e9tat de mort qui est aussi impensable qu\u2019inexorable.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_221_1('footnote_plugin_tooltip_221_1_2');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_221_1_2\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>2<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">En toute rigueur, une mani\u00e8re de d\u00e9finir la vie est de passer du c\u00f4t\u00e9 de la physique, mais cela ne pousse qu\u2019\u00e0 accentuer l\u2019aporie. \u00ab\u00a0\u201c\u00ab\u00a0Quel est donc ce pr\u00e9cieux quelque chose, incorpor\u00e9 \u00e0 notre nourriture, qui nous sauve de la mort\u00a0? La r\u00e9ponse est facile. Tout processus ou \u00e9v\u00e9nement, ou d\u00e9veloppement \u2013 appelez-le comme vous voulez \u2013 en un mot tout ce qui se passe dans la nature, signifie un accroissement de l\u2019entropie de la partie du monde o\u00f9 l\u2019\u00e9v\u00e9nement se produit. Ainsi un organisme vivant accro\u00eet constamment son entropie \u2013 ou, pourrait-on dire, cr\u00e9\u00e9 de l\u2019entropie positive \u2013 et ainsi tend \u00e0 se rapprocher de l\u2019\u00e9tat dangereux d\u2019entropie maximale, qui est la mort. Il ne peut s\u2019en maintenir \u00e9loign\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire rester en vie, qu\u2019en soutirant continuellement au milieu environnant de l\u2019entropie n\u00e9gative, ce qui est en r\u00e9alit\u00e9 quelque chose de tr\u00e8s positif [&#8230;] Donc un organisme se \u00ab\u00a0nourrit\u00a0\u00bb d\u2019entropie n\u00e9gative. En d\u2019autres termes, pour nous exprimer moins paradoxalement, la chose essentielle en m\u00e9tabolisme est que l\u2019organisme r\u00e9ussisse \u00e0 se d\u00e9barrasser de toute l\u2019entropie qu\u2019il ne peut s\u2019emp\u00eacher de produire tant qu\u2019il vit.\u00a0\u00bb, Erwin Schr\u00f6dinger, <em>Qu&rsquo;est-ce que la vie ?<\/em>, Le Seuil [1944].<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_221_1('footnote_plugin_tooltip_221_1_3');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_221_1_3\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>3<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">\u00ab\u00a0C\u2019est en \u00e9vitant la d\u00e9composition rapide vers un \u00e9tat inerte \u201cd\u2019\u00e9quilibre\u201d qu\u2019un organisme appara\u00eet si \u00e9nigmatique\u00a0; \u00e0 tel point que depuis les temps les plus lointains de la pens\u00e9e humaines on a pr\u00e9tendu \u2013 et l\u2019on pr\u00e9tend encore de nos jours dans certains milieux \u2013 qu\u2019une force sp\u00e9ciale non-physique, surnaturelle (<em>vis viva<\/em>, ent\u00e9l\u00e9chie) op\u00e9rait sur l&rsquo;organisme.\u00a0\u00bb <em>ibid.<\/em>.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_221_1('footnote_plugin_tooltip_221_1_4');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_221_1_4\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>4<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Et moins vivants, comme les virus.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_221_1('footnote_plugin_tooltip_221_1_5');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_221_1_5\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>5<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Andr\u00e9 Pichot, <em>Histoire de la notion de vie<\/em>, Gallimard, 1994.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_221_1('footnote_plugin_tooltip_221_1_6');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_221_1_6\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>6<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\"><em>Ibid.<\/em>., p.36.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_221_1('footnote_plugin_tooltip_221_1_7');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_221_1_7\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>7<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\"><em>Ibid.<\/em>, p.10. \u00c0 rapprocher de la position des sciences naturelles entres sciences formelles et sciences humaines (voir <a href=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/sciences-naturelles-sciences-humaines-avec-emmanuel-catteau\/\">le chapitre 6<\/a>).<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_221_1('footnote_plugin_tooltip_221_1_8');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_221_1_8\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>8<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Ce n\u2019est pas le lieu ici d\u2019aller dans le d\u00e9tail\u00a0; en un mot, le livre d\u2019Andr\u00e9 Pichot nous r\u00e9v\u00e8le, s\u2019il est encore temps\u00a0: 1. que Claude Bernard n\u2019est pas l\u2019inventeur de la m\u00e9thode exp\u00e9rimentale, mais qu\u2019il l\u2019a g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e\u00a0; de plus il n\u2019est pas un mod\u00e8le d\u2019\u00e9pist\u00e9mologie pour la biologie\u00a0: \u00ab\u00a0une m\u00e9thodologie ne remplace pas une \u00e9pist\u00e9mologie\u00a0\u00bb (Pichot, <em>op.cit.<\/em>, p.761)\u00a0; 2 que Darwin n\u2019\u00e9tait pas darwiniste, au sens o\u00f9 les darwinistes ont r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 \u00e0 leur mani\u00e8re la th\u00e9orie de la s\u00e9lection naturelle\u00a0; 3. de fait que Darwin est meilleur \u00e9cologue que biologiste, qu\u2019il est l\u2019homme d\u2019une id\u00e9e, la s\u00e9lection, et qu\u2019il ne s\u2019attache que tr\u00e8s peu \u00e0 l\u2019\u00e9volution, mot qui n\u2019est pas m\u00eame dans les premi\u00e8res versions de son livre, bible d\u2019une unique id\u00e9e\u00a0; 4. de fait que deux grands penseurs de la biologie, Fran\u00e7ois Jacob et Jacques Monod, \u00e9chouent \u00e0 s\u2019extraire et du finalisme et du m\u00e9canisme.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_221_1('footnote_plugin_tooltip_221_1_9');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_221_1_9\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>9<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Je poursuis ici la citation, qui est la fin du livre\u00a0: \u00ab\u00a0Nous avons expliqu\u00e9 ci-avant que l\u2019\u00eatre vivant ne reste en vie que tant qu\u2019il maintient son \u00e9volution disjointe de celle de l\u2019environnement. Il s\u2019agissait alors essentiellement de l\u2019\u00e9volution individuelle (d\u00e9veloppement et s\u00e9nescence). On ne peut cependant n\u00e9gliger ici le r\u00f4le de l\u2019\u00e9volution des esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>Celle-ci se traduit par le fait qu\u2019\u00e0 sa naissance, le nouvel \u00eatre vivant a un certain \u00e9cart avec son environnement, \u00e9cart qui est fonction de l\u2019esp\u00e8ce \u00e0 laquelle il appartient (et donc de l\u2019histoire de ses anc\u00eatres), mais aussi de l\u2019environnement o\u00f9 il na\u00eet (puisque cet environnement est l\u2019autre \u00ab\u00a0p\u00f4le\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9cart). Une fois n\u00e9, le nouvel \u00eatre vivant va devoir subsister dans l\u2019environnement avec lequel il est en discontinuit\u00e9. Pour cela, il doit adopter une \u00e9volution individuelle disjointe de cet environnement, car il ne peut pas laisser sa discontinuit\u00e9 \u00e9voluer selon sa \u00ab\u00a0pente naturelle\u00a0\u00bb (cette pente est celle de la disparition, et donc de l\u2019indiff\u00e9renciation au sein de l\u2019environnement). D\u2019une certaine mani\u00e8re, la disjonction de l\u2019\u00e9volution individuelle, avec ses deux faces, interne et externe (structurale et comportementale), est la r\u00e9ponse \u00e0 la discontinuit\u00e9 impos\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00eatre vivant, d\u00e8s sa naissance, par la disjonction de l\u2019\u00e9volution des esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>Plus l\u2019\u00eatre est \u00e9volu\u00e9, plus est grand l\u2019\u00e9cart qui, \u00e0 sa naissance, le s\u00e9pare de son environnement. Encore faudrait-il s\u2019entendre sur ce qu\u2019est un \u00eatre plus \u00e9volu\u00e9 qu\u2019un autre (voir dans les chapitres VII et IX les consid\u00e9rations de Lamarck et Darwin \u00e0 ce sujet\u00a0: complexification, diff\u00e9renciation et sp\u00e9cialisation des organes). Si l\u2019on ne prend en consid\u00e9ration que le temps, les \u00eatres actuels sont tous aussi \u00e9volu\u00e9s les uns que les autres (la dur\u00e9e d\u2019\u00e9volution de leurs esp\u00e8ces, depuis l\u2019origine de la vie \u2013 suppos\u00e9e unique et ponctuelle \u2013, est la m\u00eame). Une solution simple \u00e0 ce probl\u00e8me est de consid\u00e9rer que les \u00eatres actuels sont s\u00e9par\u00e9s de leur environnement par un \u00e9cart qui est fonction, non seulement de la dur\u00e9e de leur \u00e9volution, mais aussi du degr\u00e9 de disjonction de celle-ci, de sa \u00ab\u00a0pente\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9volution des esp\u00e8ces est en un effet un processus ramifi\u00e9, et toutes ses branches n\u2019ont pas une disjonction aussi forte (quoique, d\u2019un point de vue th\u00e9orique, la \u00ab\u00a0pente\u00a0\u00bb de cette disjonction doive toujours \u00eatre positive). De sorte que l\u2019\u00e9cart entre les \u00eatres vivants et leur environnement n\u2019est pas le m\u00eame pour tous (voir figure ci-contre).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Cas-20.jpg\" alt=\"\" width=\"272\" height=\"185\" class=\"alignleft size-full wp-image-1674\" \/><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9cart entre un \u00eatre vivant est ainsi fonction de deux param\u00e8tres, la \u00ab\u00a0pente\u00a0\u00bb de la disjonction de son \u00e9volution, et la dur\u00e9e de cette \u00e9volution. \u00c0 pente \u00e9gale, plus un \u00eatre est proche de l\u2019origine de la vie, plus son \u00e9cart est faible. \u00c0 dur\u00e9e \u00e9gale, plus la pente de disjonction d\u2019\u00e9volution est forte, plus l\u2019\u00e9cart est grand. Un \u00eatre actuel, qui a \u00e9volu\u00e9 avec une pente \u00ab\u00a0faible\u00a0\u00bb, un \u00e9cart qui n\u2019est pas beaucoup plus grand que celui d\u2019un \u00eatre fossile dont la pente d\u2019\u00e9volution a \u00e9t\u00e9 plus forte. On peut alors dire de l\u2019un comme de l\u2019autre que ce sont des \u00eatres peu \u00e9volu\u00e9s, l\u2019un parce qu\u2019il vivait il y a tr\u00e8s longtemps, l\u2019autre parce que, bien qu\u2019il vive aujourd\u2019hui, son \u00e9volution n\u2019a pas eu une \u00ab\u00a0pente\u00a0\u00bb tr\u00e8s forte.<\/p>\n<p>Si l\u2019on tient compte de ce que, pour un \u00e9cart donn\u00e9, seul un nombre restreint de formes est sans doute possible, du fait des contraintes inh\u00e9rentes au statut physique tr\u00e8s particulier qui r\u00e9sulte de la disjonction d\u2019\u00e9volution, alors il est tr\u00e8s probable que des \u00eatres actuels et des \u00eatres fossiles ayant des \u00e9carts comparables avec l\u2019environnement auront des formes comparables. De mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, la physique \u00e9tant ce qu\u2019elle est. Il n\u2019y a sans doute qu\u2019un nombre limit\u00e9 de formes capables d\u2019exister en disjonction avec leur environnement, les formes dans lesquelles l\u2019\u00e9cart physique est surmont\u00e9, r\u00e9solu (plut\u00f4t que comme l\u2019expression d\u2019un programme, la morphogen\u00e8se serait \u00e0 comprendre comme la solution \u00e0 la tension inh\u00e9rente \u00e0 cet \u00e9cart physique\u00a0; les voies r\u00e9actionnelles choisies dans cette morphogen\u00e8se seraient les voies \u00ab\u00a0de moindre r\u00e9sistance\u00a0\u00bb plut\u00f4t que des voies d\u00e9termin\u00e9es par une information g\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n<p>Ces formes ne pouvant \u00eatre r\u00e9alis\u00e9es que par un processus historique (elles d\u00e9pendent de l\u2019engagement dans telle ou telle voie \u00e0 tel ou tel moment de l\u2019\u00e9volution), il n\u2019est pas s\u00fbr que toutes les formes possibles aient \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es. Ce qui signifie qu\u2019il y a bien un parall\u00e9lisme entre les formes qui se sont succ\u00e9d\u00e9 dans le temps et les formes actuelles class\u00e9es selon un \u00e9cart croissant, mais que. Du fait des contingences de l\u2019histoire, ce parall\u00e9lisme ne peut \u00eatre qu\u2019approximatif.<\/p>\n<p>Nous ne d\u00e9velopperons pas tout cela ici, car cela nous entra\u00eenerait trop loin. Il s\u2019agissait seulement, pour conclure cet ouvrage, d\u2019indiquer quelques voies possibles pour une biologie qui \u00e9tudierait la vie. Et non simplement la mati\u00e8re des \u00eatres vivants. Il existe maintenant des outils math\u00e9matiques et physiques qui le permettent. Contrairement \u00e0 ce que pourrait laisser penser la stagnation th\u00e9orique de la biologie mol\u00e9culaire (mal masqu\u00e9e par le d\u00e9veloppement d\u2019applications pratiques et les op\u00e9rations \u00e0 grand spectacle du style \u00ab\u00a0g\u00e9nome humain\u00a0\u00bb , l\u2019histoire de la biologie n\u2019est pas finie.\u00a0\u00bb <\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_221_1('footnote_plugin_tooltip_221_1_10');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_221_1_10\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>10<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Et quelle man\u0153uvre, mitose, m\u00e9iose !<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_221_1('footnote_plugin_tooltip_221_1_11');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_221_1_11\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>11<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">C\u2019est la raison pour laquelle on ne voit pas d\u2019autre mani\u00e8re de consid\u00e9rer le r\u00e9el que sous la forme de cette aporie qui en est la cons\u00e9quence, \u00e0 savoir un ensemble continu d\u2019\u00e9l\u00e9ments discontinus. Dit autrement, il y a toujours continuum, entre tout (il n\u2019y a pas de fronti\u00e8res), mais ce tout est pourtant \u00ab\u00a0discr\u00e9tisable\u00a0\u00bb, on peut le d\u00e9couper en \u00e9l\u00e9ments (il y a des fronti\u00e8res). C\u2019est ind\u00e9cidable mentalement.<\/p>\n<p>Je vais plus loin : l&rsquo;inerte (les deux chapitres qui entourent celui que vous lisez) a bogu\u00e9 : la vie est apparue. Cette vie se d\u00e9veloppe de mani\u00e8re incroyable, dans une vari\u00e9t\u00e9 et une diversit\u00e9 infinie, et d&rsquo;ailleurs infiniment (la vie en tant que telle serait-elle immortelle ?)&#8230; nouveau bogue, l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, fruit d&rsquo;une longue s\u00e9rie \u00e9volutive des eucaryotes aux hominid\u00e9s, et le symbole, le monde virtuel appra\u00eet. Il devient la hernie d&rsquo;une hernie.<\/p>\n<p>Je vais encore plus loin : les humains, ayant quitt\u00e9 la Terre gr\u00e2ce \u00e0 leur monde symbolique, ont confi\u00e9 leurs donn\u00e9es aux intelligences artificielles, qui finalement leur survivront : la vie, si elle n&rsquo;avait pas conserv\u00e9 l&rsquo;amibe au m\u00eame titre que l&rsquo;humain, aurait ainsi accompli un cycle, du min\u00e9ral au min\u00e9ral ; la vie est une hackeuse de min\u00e9ral (le min\u00e9ral incroyable et unique qu&rsquo;est l&rsquo;eau est son vecteur).<\/p>\n<p>J\u2019avais trouv\u00e9 un jour ce qui ferait un bon mot, pour finir v\u00e9ritablement, montrant combien le langage lui-m\u00eame h\u00e9site dans ces parages. Soit la proposition\u00a0: <em>je ne vais pas faire long feu<\/em>, \u00ab\u00a0je suis fatigu\u00e9, je vais me coucher, je vais mourir\u00a0\u00bb. N\u2019est-elle pas \u00e9quivalente \u00e0 son contraire\u00a0: <em>faire long feu<\/em>, \u00ab\u00a0finir, mourir\u00a0\u00bb\u00a0? Mais <em>Les fleurs de Tarbes<\/em> font \u00e9tat de ces apories \u00e0 longueur de pages.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_221_1() { jQuery('#footnote_references_container_221_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_221_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_221_1() { jQuery('#footnote_references_container_221_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_221_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_221_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_221_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_221_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_221_1(); } } function footnote_moveToReference_221_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_221_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_221_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_221_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }<\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips4','La <strong>c\u00e9nologie<\/strong>, synonyme partiel d\\'<strong><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>\u00c9cobioc\u00e9notique<\/span>*<\/strong>, est la science qui, au sein de l\\'<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>\u00e9cologie<\/span>* (au sens actuel, flou) s\\'int\u00e9resse particuli\u00e8rement aux groupements <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>\u00e9cologiques<\/span> d\\'esp\u00e8ces ; ces groupements sont \u00e9cologiques, c\\'est-\u00e0-dire qu\\'ils ne sont ni phylog\u00e9n\u00e9tiques (ou familiaux), ni simplement morphologiques, ni strictement fonctionnels. En v\u00e9rit\u00e9 ils sont \u00e9videmment <i>aussi<\/i> ceux-l\u00e0, puisque l\\'\u00e9cologie est une science holistique (Vincent 2021). La description, la d\u00e9nomination et la classification de ces groupements* sont son domaine d\\'intervention. Ceux-ci touchent tous les \u00eatres vivants, les grands \"r\u00e8gnes\" classiques : bact\u00e9ries, plantes (phytoc\u00e9noses > phytoc\u00e9nologie = phytosociologie*) et animaux (zooc\u00e9nologie). La c\u00e9nologie concerne la biosph\u00e8re* ; lorsque le sujet d\\'\u00e9tude touche \u00e9galement \u00e0 la g\u00e9osph\u00e8re*, on parlerait plus volontiers de biog\u00e9ographie* ; lorsqu\\'il touche \u00e9galement aux affaires humaines (terroir, agriculture, paysage, urbanisme), \u00e0 la noosph\u00e8re*, on entre dans un autre domaine encore, que je d\u00e9nomme prop parte ici chor\u00e9ologie* (science du territoire*).'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips6','<strong><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>Ecobioc\u00e9notique<\/span><\/strong> est le terme pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 : science dont l\u2019objet est traditionnellement la relation du monde physico-chimique (inerte) avec les \u00eatres vivants, et des \u00eatres vivants entre eux. | <strong><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips6'>Ecologie<\/span> :<\/strong> litt\u00e9ralement le discours sur l\u2019<em>oikos<\/em> = la maison\u00a0; il y aurait une \u00e9tendue ou un volume, et des fronti\u00e8res\u00a0; c\u2019est l\u2019histoire racont\u00e9e dans ces pages\u00a0: des d\u00e9ambulations dans l\u2019\u00e9tendue ou le volume, ou \u00e0 travers les fronti\u00e8res. C\u2019est le sens du <em>cap au seuil<\/em> | Selon Jean-Antoine Rioux 1958, l\\'<strong>\u00e9cologie<\/strong> poss\u00e8de deux grands domaines : l\\'<strong>\u00e9cologie m\u00e9sologique<\/strong>, la science du milieu* (ou <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'>bio\u00e8ce<\/span><\/span>*\/<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips9'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips9'>biotope<\/span><\/span><\/span><\/span>*) et l\\'<strong>\u00e9cologie \u00e9thologique<\/strong>, qui s\\'int\u00e9resse aux organismes (<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'>bioc\u00e8ne<\/span><\/span><\/span>*\/<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips7'>bioc\u00e9nose<\/span><\/span>). Ces deux sous-domaines formeraient <i>toute<\/i> donc \u00e0 l\\'\u00e9cologie, mais le sens courant et actuel du terme, par le truchement du terme en vogue \"ecosyst\u00e8me*\", met essentiellement l\\'accent sur le premier domaine ; en r\u00e9alit\u00e9 l\\'\u00e9cobioc\u00e9nologie ne peut se passer de l\\'une ni de l\\'autre. Nous sommes donc aujourd\\'hui dans une impasse \u00e9pist\u00e9mologique, ou tout du moins dans un d\u00e9s\u00e9quilibre \u00e9pist\u00e9mologique, chose rare et \u00e9trange. | Selon Roger Molonier et Pierre Vignes 1971, \"L\\'<strong>Ecobioc\u00e9notique<\/strong> r\u00e9sulte de la confluence de deux grands courants scientifiques [...] Elle repr\u00e9sente l\\'aboutissement des sciences naturelles dites \"de terrain\" [...] elle ne saurait \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e un jour par une discinpline plus vaste. Elle constitue une limite vers laquelle tendent asymptotiquement, volontairement ou non, tous les efforts des naturalistes qui se vouent \u00e0 l\\'\u00e9tude du milieu.\" | L\\'\u00e9cologie n\\'est pas une science normale au sens de Kuhn+, mais une science complexe (sensu non-Morin+), qui s\\'adosse \u00e0 d\\'autres domaines du savoir : la g\u00e9ographie et la biologie, la syst\u00e9matique et la taxonomie, mais aussi la physique et la chimie, la climatologie, et bien entendue l\\'anthropologie et la sociologie, ainsi que la politique. | (Tout ce qui concerne le d\u00e9veloppement durable, la biodiversit\u00e9, l\\'\u00e9conomie verte, etc., bref tout ce qui int\u00e9resse de pr\u00e8s ou de loin l\\'\u00e9cologie politique rel\u00e8ve d\\'un autre domaine de l\\'\u00e9cologie comme science : histoire, politique, id\u00e9ologie, anthropomorphisme, \u00e9cocentrisme, anthropoc\u00e9nologie, catastrophologie ; elles ne nous int\u00e9ressent ici qu\\'\u00e0 la marge, ou par d\u00e9faut.)'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips12','Synonyme partiel de biochore, bio\u00e8ce, bioc\u00e8ne, biotope, grand habitat, habitat | Terme polys\u00e9mique | Terme vernaculaire courant qui a deux acceptions non synonymes ; d\\'une part il est synonyme d\\'habitat*, et d\u00e9signe un milieu de vie ; d\\'autre part, \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur d\\'int\u00e9gration (par le biais d\\'un saut quantique, qui fait passer du domaine de la biosph\u00e8re \u00e0 celui de la noosph\u00e8re), et dans la perspective de la m\u00e9diologie sensu Watsuji & Berque, le milieu est un concept philosphique, ontologique, d\u00e9signant l\\'espace de relation entre l\\'homme et la nature : le lieu de leur rencontre (par les sens, la connaissance, l\\'exp\u00e9rience, etc.).'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips12','Synonyme partiel de biochore, bio\u00e8ce, bioc\u00e8ne, biotope, grand habitat, habitat | Terme polys\u00e9mique | Terme vernaculaire courant qui a deux acceptions non synonymes ; d\\'une part il est synonyme d\\'habitat*, et d\u00e9signe un milieu de vie ; d\\'autre part, \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur d\\'int\u00e9gration (par le biais d\\'un saut quantique, qui fait passer du domaine de la biosph\u00e8re \u00e0 celui de la noosph\u00e8re), et dans la perspective de la m\u00e9diologie sensu Watsuji & Berque, le milieu est un concept philosphique, ontologique, d\u00e9signant l\\'espace de relation entre l\\'homme et la nature : le lieu de leur rencontre (par les sens, la connaissance, l\\'exp\u00e9rience, etc.).'); <\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[Cap au seuil|Sommaire rapide] Avant propos | espace | la vie | monde | les \u00e9cologies | c\u00e9nologie | sciences naturelles | interlude | protection de la nature | arbres | anthropoc\u00e8ne | catastrophe | herbier\/coquillier | ouverture : r\u00e9gions naturelles &nbsp; Terraqu\u00e9 le monde (1) &lt; La vie &gt; Terraqu\u00e9 le monde (2) &nbsp; [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18,22,14,15,19],"tags":[],"class_list":["post-221","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cap-au-seuil","category-episteme","category-textes","category-theme","category-theorie"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=221"}],"version-history":[{"count":39,"href":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1828,"href":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221\/revisions\/1828"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=221"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=221"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/amboilati.org\/dehors\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=221"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}