« La première fois que s’est exprimé publiquement ce qui deviendra ce livre… c’est une bêtise, regarde… j’étais allé au spectacle de Kheiron, tu sais l’humoriste qui fait beaucoup participer son public en posant des questions pour souligner, sans doute, la variété de son public et, partant, de notre tissu social… Il y en a une : « c’est quoi votre religion ? », et quand les grands trucs sont passés, il y a toujours une place pour les animistes sou les déiste, ou même les polythéistes ou les jedi. Je n’avais pas spécialement prévu de répondre, et puis j’aurais sans doute dit « athée » plutôt qu’ « antithéiste », mais enfin, voilà que je lève la main et que l’artiste me donne la parole, incroyable déjà, et je réponds, tout de go, sans m’en apercevoir moi-même… je réponds… « graaliste ».
« Hein ? Raciste ? (Qu’est-ce qu’il a dit ?) J’ai pas entendu, t’es quoi ?
— Graaliste, je crois au Graal.
— AU graal ? Mais au graal du roi Arthur ? Chanmé… !
— Oui à la Table ronde, tout ça.
— Mais ça s’exprime comment cette croyance, tu peux nous développer, c’est une croyance ? Tu vas cherche le Graal toi aussi ?
— Heu non mais… »
Et il a ri, les gens ont ri, il a imité le chevalier qui chevauche vers le château, bref, on a bien rigolé.
— Mais donc, quoi ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ensuite ?
— Ah bah, rien, j’avais fait comme une vanne, on est passé à autre chose, et moi-même j’ai oublié… puis quelques jours après c’est revenu. J’avais dit « graaliste ». Alors je me suis dit qu’il fallait que je fasse un truc avec le Graal. Qu’est-ce qui mm’avait poussé à répondre ça ? Pas le graal en tant qu’objet non, mais quoi ? L’esprit de chevalerie, la fin’amor, le festnoz ? Non. L’ednvie d’écrire. Mais pas un roman. Pas encore un roman.
— Et donc tu t’es dit, la bonne idée, je vais écrire un script, un truc d’héroic fantasy, quoi.
— Oui, voilà.
— Pour un film ?
— Ben… une série plutôt… oui, je voyais plutôt ça comme une série.
— Et c’était quand ça ?
— Ben y’a peut-être cinq, six ans… avant en tout cas qu’explose, dans un registre différent, d’un côté Game of thrones, et de l’autre Kaamelott.
— Ata ata, ça m’intéresse… mais même avant ça y’avait eu les Monty Pythons, y’avait eu Rohmer ?
— Oui y’avait eu plein de trucs, on est d’accord, et même Wagner si tu veux et Bresson et Jon Boorman… c’est pas ce qui manque, les adaptations, c’est pas le problème
— Mais bon toi tu te présentes au moment même où les deux séries que tu m’as citées font un carton..
— Ouais. Mauvais timing. Mauvaise pioche.
— Mais attends, mais GoT c’est pas le graal, l’histoire ?
— Non, carrément pas, mais enfin ça se passe dans la même ambiance.
— Et Tolkien ?
— Oui Tolkien, aussi, sans doute, mais sans doute que les films de Peter Jackson ont remis au goût du jour la fantaisie héroïque comme jamais. Jackson ça doit être 2001, Kaamelott ça commence en 2005 et Got, les livres c’est la fin des années quatre-vingt-dix, mais la série c’est 2011 je crois… Et moi je débarque en 2011, je connais ni l’un ni l’autre, je me suis rattrapé, et je démarche des producteurs, via des amis acteurs… je te raconte pas le bide… Les types me font lambiner, et tout, et puis deux ou trois mois ou un an après, je suis devenu spectateur des deux séries. Et je fais en sorte d’oublier toute cette histoire…
— Eh bé… mais alors, tu repars maintenant ?
— Eh bien… j’ai abandonné l’idée du script, j’ai tout arrêté, mais j’ai encore toujours eu plaisir à lire la matière de Bretagne et la légende arthurienne en particulier. Et mon idée est restée, embryon, dans un coin. J’ai jamais lâché le désir, en tout cas…
— Et qu’est-ce qui va se passer ?
— Aucune idée. Je suis reparti sur un script, bizarement, un truc un peu chiadé point de vue découpage, scénographie… mais je garde ça pour moi, de toute manière, je sais que c’est déjà mort. J’ai ressorti mes veiux fichiers rouillés. C’était pas bon. Maintenant, je me demande si un roman…
— Oui ?
— Non… je sais pas. Peut-être tout ça ne sert à rien. Mais j’aurais bien aimé.
— Tu pourrais essayer de cerner ce pour quoi ça te passionne. Qu’est-ce qui, dans le graal, t’attire.
— Peut-être…
— …
— Oui, t’as raison… peut-être… »